‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 129 sur 135 · CHAPITRE XLm ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLm ET DERNIER

La fin de Louis XIV. Sa vieillesse. Ses derniers travaax d'administration. Son testament. Sa mort. -^ Conclusion.

Nous approchons du terme. En vain les courtisans se glorifiaient de la belle santé du roi. En vain Dangeau répétait, à chaque anniversaire de son avènement : « Le roi date aujourd'hui de notre règne le soixante- « neuvième ou soixante-onzième^ ce qui ne s'est vu ce d'aucun souverain. » La vieillesse, aidée de l'application au travail, des émotions de la politique^ des chagrins du cœur, triomphait de toutes les apparences favorables, et minait intérieurement une vie si régulièrement, si laborieusement occupée ou tourmentée depuis cinquante ans. Au dehors, il se contraignait pour représenter toujours, pour ne faillir ni à ses devoirs ni à sa dignité ; mais une fois rentré dans son intérieur le plus intime, loin des regards curieux ou malveillants et des chercheurs de nouvelles, il désarmait pour ainsi dire, s'abandonnait aux faiblesses de la nature, et se laissait voir tel que l'avaient fait le temps et ce long exercice de la royauté. M"* de Maintenon nous en fait la confidence. <k Quand

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c< le roi est revenu de lâchasse, dil-elle, il vient chez « moi; on ferme la porte et personne n'entre plus. « Me voilà donc seule avec lui. Il faut essuver ses « chagrins, son silence, ses tristesses, ses vapeurs; il « lui prend quelquefois des pleurs dont il n'est pas le « maître, ou bien il se trouve incommodé : il n'a c< point de conversation (1). » Il avait fallu inventer pour lui des distractions, surtout depuis la mort de la duchesse de Bourgogne qui ouvre cette période d'infirmité morale. M"'^ de Mainlenon l'avait réconcilié avec Villeroi, disgracié après Ramillies, pour lui rendre un ami, un compagnon d'enfance, plulôlagréable conteur que général habile, toujours prêt à causer de chasse, de musique elde souvenirs déjeunasse. Elle y joignit chez elle le soir, et ce devint une habitude presque quotidienne, des musiques grandes ou petites ; comme il s'y connaissait parfaitement, il s'y amusait beaucoup (2). A la musique s'entremêlait souvent, et jusqu'à trois fois par semaine, la comédie jouée par les musiciens du roi. Tout le répertoire divertissant de la belle époque le suivait à Marly, à Fontainebleau, comme à Versailles, et il en témoignait quelquefois sa satisfaction par des remercimenls aux acteurs. N*eiit-on pas dit que l'époque était toute à la joie et aux plaisirs ? Ce n'était pourtant qu'une de ces ruses de famille par lesquelles on ranime un malade en affectant devant lui une gaieté qu'on n'a pas.

^l) Lettres de Main tenon, édition La vallée. i2) Dangeau, 17 août 1713.

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