‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 131 sur 135 · DERNIERS ACTES D'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

DERNIERS ACTES D'ADMINISTRATION

de ces valeurs, les porteurs actuels n'avaient pas payé le quart du capital ; et il paya, non en argent comptant (les dettes contractées par la guerre et Taliénation d'une partie de ses revenus ne le permettint pas), mais en Contrats de renies remboursables d'année en année (1). Il en était réduit, dans les derniers mois de son règne, à tirer du clergé douze millions que le clergé empruntait facilement sur son grand crédit, à tirer neuf millions des fermiers généraux, soit en leur donnant des successeurs moyennant finance, soit en taxant à 100,000 livres ceux qu'il laissait en place (2); enfin à créer deux millions de rentes au denier vingt pour acquitter les dettes de l'Etat. Ce dernier é^it, d'août 1715, termine le recueil des actes de son règne.

A cette impuissance qui, quoi qu'on en dise, était bien faite pour assombrir ses derniers jours, s'ajoutaient les tribulations domestiques, personnelles, auxquelles ses ennemis mêmes consentent à reconnaître qu'il n'était pas insensible. Depuis qu'il avait perdu le duc de Bourgogne par la mort, et le duc d'Anjou par la renonciation, son plus proche enfant était le duc de Berry^ celui auquel il avait dit, à la mort de son aîné : «Je n'ai donc plus que vous. » Il l'avait marié en 1710 avec la fille du duc d'Orléans son neveu, qui était aussi fille d'une de ses bâtardes, par son système entêté de confondre en une même

(1) Isambort, tome XX, page 646.

(2) Dangeau, 13 et 27 juin 1715.

famille^ s'il était possible^ ses bâtards avec ses descendants légitimes. Ce mariage n'avait pas été heureux. La duchesse de Berry, altière, violente, débauchée, impie, effrayait la cour par ses emportements d'orgueil et l'audace de sa corruption. Elle méprisait en sa mère une bâtarde, en sa grand'mère une Allemande qui ne savait pas parler français, en son mari un idiot tremblant et dévot. A table elle s'enivrait; elle affichait des galanteries impudentes; elle avait un jour rêvé comme une aventure digne d'elle, d'être enlevée, au milieu de la cour, par un écuyer de son mari ; ce qui était plus monstrueux encore, on parlait de ses particuliers journaliers et sans fin avec le duc d'Orléans, son propre j^ère (1). Elle attendait avec impatience le moment prochain où la mort du roi livrerait la régence à son mari, ou peut-être la royauté même si le petit Dauphin mourait avant le roi. Tous ces projets s'évanouirent en quatre jours. Le duc de Berry, atteint de fièvre et de crachement de sang à la suite d'une chute dont l'histoire n'est pas très-claire, mourut le 4 mai 1714 sans postérité. L'importance scandaleuse de sa femme cessait ainsi, mais une nouvelle perplexité commençait pour le roi.

Le degré de parenté, l'usage constant de la monarchie, appelait dès lors à la régence le duc d'Orléans. Or, qu'était-ce que le duc d'Orléans? On ne nous reprochera pas de parti pris contre ce prince ; nous

(1) Saint-Simon, lomo VII, page 54.

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