CAMPAGNE DB 1702 EN FLANDRE
pour convenir avec les États d'un nouveau plan d*opérations; les Hollandais n'hésitèrent pas à lui confier le commandement de leurs troupes comme il avait celui des Anglais^ et donnèrent par là aux forces de la ligue l'unité et la supériorité de direction. Pendant que l'ennemi resserrait ses forces, Louis XIV fut contraint de démembrer les siennes. Le mauvais état des affaires en Alsace lui faisait un devoir d'affaiblir l'armée du duc de Bourgogne pour fortifier Catinat. Ce dérangement fdisaiil'il lui-même, réduisait l'armée des Pays-Bas d renoncer d toute entreprisey et d se tenir s\ir me défensivepeu assurée (1). Mariborough en profita pour entreprendre avec plus de confiance ; il passa la Meuse à Grave, dans le dessein d'éloigner les Français du duché de Clèves et de la Gueldre. Dès ses premiers mouvements, l'armée du duc de Bourgogne recula jusqu'au Brabant espagnol. Arrivé dans l'évêché de Liège, Mariborough expédia plusieurs détachement dans la Gueldre pour assiéger les villes de Venloo, Stewensverth , Ruremonde, se réservant d'assiéger Liège avec ses forces principales. Ce plan réussit de toute part. Les villes de la Gueldre étaient faibles de garnison et de moyens de défense; Venloo n'avait qu'un chemin couvert avec un fossé, et son enceinte n'était revêtue quedu côté de la Meuse; les deux autres étaient encore en plus triste état. Bien plus, quand le duede Boui^ogne parla de secourir Venloo, le conseil
(1) Général Pelet, tome II : lettre de Louis XIV à Boufflers, 30 juin 1702.
LOUIS XIV. — T. VI. Il
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des officiers généraux allégua contre celte témérité la difficulté des chemins, le manque inévitable de subsistances dans un pays trop bien gardé par les alliés. La pensée dominante de Boufflers était aussi qu'il imporUit bien plus de garder le Brabant, voisin de la France, que la Gueldre, qui en était si éloignée (1). Ce sentiment, qu'on ne prit pas même la peine de cacher, oe fit qu'accroître la confiance de l'ennemi : Venloo succomba le 25 septembre, Stewensverth le 20 octobre, Ruremonde cinq jours après. Au moins il étail raisonnable de soutenir Liège, plus rapprochée de la France que le Brabant, une ville d'ailleurs qui appartenait à l'électeur de Cologne, et dont la perte pourrait contraindre ce prince à se réconcilier avec l'Empereur. Louis XIV ordonna à Boufflers de s'avancer vers Liège, de se retrancher dans le voisinage de cette place. Boufflers discuta, prouva qu'il ne pouvait quitter le Brabant sans danger pour cette province, ni risquer par des mouvements de troupes une rencontre avec des ennemis supérieurs en nombre, qu'il suffisait de renforcer la garnison de Liège, et de faire une diversion du côté du Rhin pour attirer l'ennemi de ce côté. Liège reçut en eflèt quelques bataillons de renfort, etTallard fut chargé de la diversion. Mais Marlborough investit Liège le 13 octobre, et pendant que Tallard s'acquittait vaillamment de sa mission sur le Rhin et la Moselle, prenait Trêves, Trarbach, et mct-
[l, Général Pelet, lome il : lettres de Boufflers des 31 août « 4 septembre 1702.
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tait à contributions les électorats de Trêves^ de Mayence^ et le Palatinat^ Mariborough entrait dans Liège le 31 octobre. Il avait laissé à Tallard Téclat d'une expédition toute française par l'activité ^ de quelques coups de main heureux sans résultats durables^ et il s'était assuré à lui-même une position avantageuse pour l'avenir^ en resserrant le théâtre de la guerre par l'occupation presque entière de la Gueldre^ et par celle de Liège qui dominait le cours de la Meuse. Telle fut la première campagne de Mariborough. Les Anglais l'exaltèrent non sans raison; on proclama dans la Chambre des communes que Mariborough avait réparé F honneur anglais, ce qui voulait dire sans doute que Guillaume III l'avait laissé compromettre^ et on lui assigna une pension decinq mille livres sterling. C'était aussi la première campagne du due de Bourgogne. Ses amis auraient bien voulu lui en faire une gloire éclatante; déjà Pénelon^ par tendresse de précepteur aimé^ parlait de ces merveilleux commencements (1); mais en dehors de sa bravoure personnelle^ il était raisonnable de se rabattre, comme Saint-Simon^ à beaucoup (T application et (Fa/fabi* lité (2). C'est justice d'ailleurs de reconnaître que^ tenu en brassière par Boufflerset les lieutenants généraux^ il n'était responsable ni de ce qui s'était fait sans lui^ ni de ce qu'il n'avait pas pu empêcher.
Heureusement l'Italie dédommagea les deux cou-
(1) Féneloo : lettre à Chevreuse, 24 juillet 1702. •2^ Saint-Simon, Mémoires^ tome 11, chapitre xxxi.
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fonnes de ces pertes el de ces affronts. Vendôme el Philippe V en eurent le mérife. Vendôme, le conquérant de Barcelone, substitué à Villeroi prisonnier, avait pour mission de conserver le Milanais et le Grémonais, de débloquer Mantoue, de rendre au duc de Mantoue ses villes occupées par Tennemi, et de préserver le duc de Parme de l'invasion autrichienne. Il exécuta ce plan dans toutes ses parties. Un caprice singulier des événements le mettait en face du prince Eugène, son cousin germain (1); il semble que la parenté, loin de gêner les opérations, n'ait servi qu'à leur imprimer plus de vigueur ; les deux cousins échangèrent plus d'une fois des procédés ou des paroles qui sentaient la haine de famille (2). Le voyage de Philippe V en Italie avait pour but de confirmer Naples elle Milanais dans son obéissance, et de le recommander luimême à l'estime publique en mettant en vue sa valeur et ses qualités royales. Cet objet fut également atteint. L'entreprise n'était pas sans danger. Ses amis crai*
(1) Vendôme était fils de Laare Mancini ; Eugène» fils d*01ympe Mancini.
(2) Eugène essaya une fois de faire enlever Vendôme dans sa maison. Vendôme affecta de craindre un attentat d'Eugène contre la vie de Philippe V et fit redoubler la garde du roi d'Espagne. Un» lettre qui parlait de ce danger tomba aux mains d'Eugène ; il li renvoya à Vendôme avec ce commentaire : a On fait savoir à M. le duc de Vendôme que le prince Eugène n'a jamais été un assassin : il est môme connu dans le monde sur le pied de ne servir que poor l'honneur et la gloire, outre qu'il sert un maître qui ne s*est jamais servi de pareilles voies et qui est incapable de les commander. Ainsi* s'il n'y a pas d'autre raison qui ait fait redoubler les gardes, on les peut, sur ma parole, laisser dans le premier état, o Voir Mémoins de Noailles.