‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 3 sur 136 · DIMINUTION DES CHARGES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

DIMINUTION DES CHARGES PUBLIQUES

ne serait plus payée que pendant les trois premiers mois de Tannée suivante; et elle cessa en effet au 1" avril 1698, conformément à la promesse qu'il avait donnée en l'établissant. Les provinces qui avaient le plus souffert méritaient un^soin de faveur; l'Alsace entre autres avait payé chaque année 1 ,400,000 livres en argent, et plus de deux millions par les fourrages. Ces contributions furent sensiblement réduites; l'impôt de la province rabaissé pour l'avenir à 100,000 livres, et la ville de Strasbourg dispensée de tout droit sur les entrées et sorties de marchandises (1). Le roi demanda, il est vrai, aux officiers de finances un sacrifice personnel; une taxe assez élevée qui trompait leurs calculs, etdont Racine en particulier conçut un grand chagrin, sans toutefois y succomber en victime d'un caprice royal, comme on le répète depuis près de deux siècles (2). Mais cette exigence pouvait s'expliquer par les profits que ces officiers réalisaient en

(i) Dangeau, Journal, 16 juin 1698.

(2) On s'est complu à faire de Racine une victime de son dévouement au bien public et d'une disgrâce capricieuse du roi. Selon cette tradition, Racine avait rédigé un mémoire éloquent sur les souffrances du peuple, et Louis XÏV, mécontent que le poëte prétendît se faire homme d'État, Taurait pour toujours écarté de sa vue. Ni Tune ni l'autre assertion n'est vraie ;

1^ Le prétendu mémoire pour le peuple était une réclamation personnelle, et, si Ton veut, quelque peu égoïste. Racine était trésorier de France à Moulins, beaucoup moins pour en remplir les fonctions que pour en toucher le revenu ; tous les ans môme, par la faveur du prince de Gondé, il recevait quittance de la Paulette sans payer ce droit. Après la paix de Ryswick, il fut compris, dans une mesure commune à tous les officiers de finances, qui leur demandait un sacrifice pour le service du roi, et taxé à 10,000 livres selon les uns, à 4,000

certains cas, et ce qu'ils rendaient dans cette circonstance dégrevait d'autant les contribuables. Dans une pensée analogue, le roi retira aux officiers de finances et de justice plusieurs avantages qui retombaient en surcharge sur les contribuables. Pendant la guerre, en retour de leurs dons d'argent, il leur avait accordé des augmentations de gages et diverses exemptions. Après la paix ils'attacha à les rembourser pour n'avoir plus à leur continuer ces faveurs. Dans Tespace de moins de deux ans, si l'on en croit Dangeau, il rem-

selon les autres. Cette taxe dérangeant fort ses petites affaires, comme il récrivait à M'^Q de Maintenon (4 mars 1698), il rédigea un mémoire qu'il confia au maréchal de Noailles, et que celui-ci fil remettre au roi par Tarchevôque de Paris, son frère. Au bout de quelques jours, impatienté de ne pas avoir encore de réponse, il fit agir la comtesse de Grarnmonl auprès de M^^^de Maintenon, dans Tespérance que celle-ci agirait auprès du roi ; c'est encore lui qui la raconte. C'était beaucoup d'insistance et au moins assez pour indisposer Louis XIV. Un grief encore plus sérieux vint s'y joindre. Quelques-uns de ces officieux qui fourmillent dans les cours lui "rendirent le mauvais service de l'accuser de jansénisme el d'attachement à Port-Royal. Or, « dans « ridée du roi, dit-il lui-môme, un janséniste était tout ensemble un a homme de cabale et un homme rebelle à l'Église; » l'accusation était faite pour émouvoir le prince qui se tenait toujours en garde contre une maison et une doctrine suspectes. De là un refroidissement qui, pendant quelques jours, priva Racine de voir le roi et môme M'"" de iMaintenon. Il dépeint lui-môme, dans la lettre déjà citée, le chagrin qu'il en ressentit ; mais l'épreuve ne dura pas, comme on va le voir.

2" Dans cette lettre du 4 mars 1698, il se justifie du soupçon de jansénisme ; il atteste sa soumission d'enfant pour tout ce que l'Église croit et ordonne. Il explique, par des raisons de parenté et de charité, ses relations avec la maison de Port-Royal, et il invoque avec une confiance entière le témoignage du Père de la Chaise, confesseur du roi. Il paraît que celte justification fut suffisante et prompte, car, dès le mois suivant, on voit, par ses lettres à son fils, qu'il était à Marly, c'est-à-dire d'un de ces voyages dont le roi faisait toujours une faveur.

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