CAMPAGNE MALHEUREUSE DE
plomatique auprès du duc de Savoie que Louis XIV aurait bien voulu retirer delà coalition. On offrit en
vain à Vie tor-Amédée la restitution de ses États, l'abandon du Milanais, et le titre de roi de Lombardiey conformémentau projet de Henri IV. L'insatiable Savoyard exigeait l'abandon d'Exilles et de Fenestrelles, la ville de Monaco, et l'introduction d'une garnison suisse dansBriançon et dans Fort-Barraux, comme garantie de l'exécution du traité. Le roi refusa de mettre aux mains des étrangers deux places qui étaient les clçfs de son royaume (1).
Un signe plus inquiétant encore fut le changement subit qui parut s'accomplir en Espagne. La confiance de Philippe V en ses forces, sa résistance aux propositions de Louis XIV, avaient été le grand obstacle à la paix. Durant les conférences de Gertruydenberg, on s'était réjoui à Madrid de la ténacité des Hollandais à continuer la guerre (2), pendant qu'à Versailles on se plaignait des embarras apportés aux négociations par le roi d^Espagne. Tout à coup on eut à craindre de le voir renversé par son compétiteur. Au commencement de l'a nnée, Louis XIV, pour attester la sincérité de ses intentions, avait retiré ses troupes d'Espagne, et n'avait consenti, un peu plus tard, qu'à prêter pour général aux Espagnols le duc de Vendôme, confiné dans une retraite involontaire depuis la campagne de 1708. Avant que Vendôme fut arrivé, la lutte s'en-
(1) Mémoires de Berwick .
(2) Dangeau, 9 avril 1710. Lettre, de Maiatenon à Noailles, 14 mai 1710.
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gagea entre Philippe V et rarchiduc. Le roi d'Espgne, réduit à ses seules forces, s'était résolument mis à la tête de son armée pour achever de reconquérir la Catalogne; il campait sur les bords de la Sègre. La famine, dans un pays aride, le contraignant à s'éloigner, les généraux de l'archiduc, l'Autrichien Stahrenberg et l'Anglais Stanhope, profitèrent de cette retraite pour le poursuivre avec avantage. Dans une première attaque, à Almenara (27 juillet), malgré sa valeur personnelle, ils mirent en désordre son armée. Il parvint à rallier ses troupes, repassa l'Ebre, et atteignit Sarragosse. Là il put constater que les défections partielles pendant la marche l'avaient affaibli de quatre mille hommes ; au contraire les forces de l'archiduc avaient grossi bien au delà de ce nombre. Il accepta cependant une nouvelle bataille devant Saragosse (20 août). Bien servi par sa cavalerie, il vit ses fantassins plier dès la première charge ou combattre si mollement, que l'ennemi les prit pour des complices. Laissant alors au marquis de Bay le soin de réunir les débris de ses troupes, environ neuf mille hommes, il s'empressa de courir à Madrid, pour y aviser aux derniers e£Ports qui seraient encore possibles. La fidélité des Castillans était inébranlable; ils l'accueillirent aux cris Ae vive Phi* lippeVl meurent les traîtres! mais ce n'était pas à Madrid qu'on pouvait sauver l'Espagne. Il déclara legouver* nement transféré à Valladolid, et partit pour cette ville. A sa suite un grand nombre d'habitants, nobles, bourgeois, marchands, émigrèrent sans hésiter; plus demille voitures, plus de trente mille personnes for-
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maieiit son cortège; ceux qui se croyaient contraints de demeurer lui souhaitaient au moins un prochain retour. Mais ce retour serait-il possible? L'archiduc, maître de TA ragon, avançait vers la capitale de l'Espagne. L'Anglais Stanhope Ty conduisait malgré Stahrenberg; et le 28 septembre 1710, il entrait à Madrid.
<c La guerre d^Espagne,dit Torcy, que les Hollanc( dais dépeignaient comme difficile, et dont les Etatsce Généraux et leurs alliés refusaient de s'embarrasser, « et qu'ils demandaient cependant de voir terminer « dans un espace de deux mois, finissait dans un terme «encore plus court; cette monarchie était alors presc(que réduite au pouvoir des ennemis. Le principal c< obstacle était levé, et nulle autre difficulté ne pouvait c< s'opposer à la conclusion de la paix (1).»
Ces lignes du ministre de Louis XIV expriment moins le regret que larésignation, moins l'abattement du malheur que l'espoir de la délivrance. La France en était donc réduite à subir froidement, avec la ruine de Philippe V, la perte de son ascendant en Europe, à acheter le repos du moment par la perte de ses frontières. La décadence semblait irréparable.
(1) Mémoires de Torcy, dernières lignes de la seconde partie.