RENONCIATION DE PHILIPPE V
lippe V avait fait adopter par ses sujets une nouvelle règle de succession qui paraissait capable de prévenir la réunion des deux couronnes. Ce règlement établissait que, contrairement à rancienne succession castiU lane, Théritier du trône d'Espagne serait toujours le prince le plus rapproché du roi défunt, et que les femmes, quel que fût leur degré de proximité, ne succéderaient qu'en cas d'extinction de tous les mâles de la descendance de Philippe V. Par cette mesure, il devenait difficile qu'u ne princesse espagnole portât désormais à un prince français des droits au trône d'Espagne. Mais elle n^empêchait pas Philippe V lui-même (le devenir au premier moment le plus proche héritier (lu trône de France. Les Anglais réclamaient une autre sûreté ; ils insistaient sur la renonciation explicite demandée par eux. Pour hâter la conclusion, ils proposèrent tout à coup un accommodement qui la retarda. lIsofFiaientâ PiiilippeV cette alternative, de conserver l'Espagne et les Indes en renonçant à ses droits sur lu France, ou d'abandonner au duc de Savoie l'Espa- :;ne et les Indes en recevant en échange Naples, les États de Savoie et le Montferrat, qui pourraient être un jour réunis à la France, si lui-même ou un de ses descendants élaitappelé à cetlecouronne. Louis XIV se laissa éblouir un moment par cette perspective d'un agrandissementéventueldeson royaume, et il négocia auprès (le Philippe V pour lui faire accepter l'échange. Il invoquait à la fois, pour l'y décider, les sentiments de famille et l'intérêt français : (c Vous (c continueriez de régner, lui écrivait-il; et je pourrais
« toujours VOUS regarder comme mon successeur; si le <* Dauphiu vit, je laisserais en votre personne un ré- « gent accoutumé à commander... et si cet enfant « meurt, comme sa faible complexion ne donne que « lro|) de sujet de le croire, vous recueilleriez ma suc- « cession, et j'aurais la consolation de laisser à mes « peuples un roi vertueux qui réunirait h sa couronne « des Etats aussi considérables que la Savoie, le Pièce montetleMontferrat. Jesuis si flatté de cette idée, (( mais particulièrement de la douceur de passer avec <( vous et avec la reine une partie de ma vie, que je « n'imagine ri^n de comparable au plaisir que vous me (( ferez si vousacceptez ce nouveau projet (1). »
Ces instances prolongeaient rincerlilude. Quoique Philippe Veut déjà averti son grand-père qu'il ne sacrifierait jamais TEspagne à la France, il ne pouvait rejeter sans ménagements une proposition nouvelle aj)puyée sur tant de considérations affectueuses. Enfin, dans les derniers jours de mai, il se décida. Il motiva à son tour son refus sur l'intérêt français aussi bien que sur ses devoirs envers les Espagnols. Il ne lui était pas [>ermis de renoncer à ses sujets^ ajirès avoir tant profité de leur attachement et de leur zèle à maintenir la couronne sur sa tête, et il croyait plus avantageux à la France de lui conserver une alliée dans l'Espagne, par le règne d'une dynastie française, que de livrer cette monarchie à une famille hostile^ toujours prête à se liguer avec les autres contre les in-
(1) Voir cette lettre dans les Mémoires de Torcy, IV* partie.