‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 26 sur 90 · CHAPITRE PREMIER. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. S

ranges devant le château, ceux-ci jetèrent leurs piques à terre, déclarant ainsi qu'ils avaient fini de servir. On traversa la vallée et Ton gravit lentement le flanc de la montagne, couvert d'arbres que Tbiver avait depuis longtemps dépouillés de Icbr feuillage. Comme on approchait de Yuste, on entendit au delà du bois le son joyeux des cloches du couvent. Les moines étaient réunis dans Téglise, pompeusement décorée, comme aux jours de fête; la chapelle était éclairée à profusion par des cierges, dont Téclat dissipait les ténèbres croissantes de la nuit. Quand le cortège arriva à la grande porte du monastère, les religieux, conduits par le prieur élevant un crucifix dans ses mains, s'avancèrent en procession, chantant le Te Deum^ pour recevoir leur auguste visiteur dans sa nouvelle demeure. Charles descendit de sa litière et, toujours accompagné du comte d'Oropesa et de Quixada, fut porté à bras dans un fauteuil, au pied du maitre-autel. Il resta là, absorbé dans ses prières, jusqu'à ce que le service fût fini et que l'orgue eût cessé de se faire entendre. Il reçut alors gracieusement les moines qui se pressaient autour de lui, ayant une parole aimable pour chacun, à mesure qu'ils venaient lui baiser la main. Le prieur, un peu embarrassé en présence de l'empereur, le complimenta et, dans son trouble, l'appela « paternidadj j> mais il se reprit aussitôt, un des frères lui ayant soufflé le mot de <ic magesiad. »

La cérémonie finie, Charles eut encore assez de force pour visiter le monastère, ainsi que sa propre maison; il examina les logements préparés pour sa suite et se fit enfin porter dans un fauteuil jusqu'au petit hermitagede Bethléem, dans les bois, à la distance de deux portées d'arbalète. Il était en bonne santé et se déclara enchanté de tout ce qu'il voyait; c'est dans ces excellentes dispositions qu'il entra

dans la modeste demeure ob il devait passer le reste de sa vie, destinée à n'être plus longue. Les moines, de leur côté, étaient au comble de leurs vœux. « Plaise à Dieu, » écrivait le secrétaire Gaztelu , « que sa majesté puisse continuer à les supporter aussi patiemment qu'il le fait maintenant ; cela ne sera pas facile. Ce sont des hôtes fâcheux, désagréables en proportion de leur ignorance, et il ne manque pas d'ignorants parmi les religieux de Yuste. »

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