‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 40 sur 90 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Tempereur voulut qu'on n'en négligeât aucune. En conséquence, le 3 février, une grand'messe fut célébrée dans la chapelle, les frères formèrent une procession, chantèrent le Te Deum, et un sermon fut prononcé par le prédicateur favori du monarque, qui développa cette pensée « qu'il y avait bien plus de gloire à se faire le serviteur du Christ, si humble et si obscure que pût paraître cette condition, qu'à être le maître du monde. » Au service religieux succéda une scène d'un caractère plus joyeux , comme il était d'usage à l'admission d'un membre nouveau dans la communauté. On avait dressé dans le réfectoire une table, somptueusement garnie aux frais de l'empereur, et chargée de gibier ainsi que d'autres comestibles friands, apportés des villages environnants. Les Flamands de Guacos, avec leurs femmes, en habits de dimanches, étaient venus prendre leur part du festin avec les hiéronymites, et, ie banquet fini, ces derniers, qui depuis longtemps n'avaient plus franchi l'enceinte du monastère, purent sortir et errer, le reste de la journée, dans les forêts qui ombrageaient les flancs de la montagne. Ce fut un beau jour pour les moines de Yuste, que celui où ils reçurent parmi eux le grand empereur. 1} ne parait pas qu'ils eussent le moindre doute sur la sincérité des vœux prononcés par celui-ci ; ils le montrèrent du moins en ouvrant un nouveau registre, portant les noms des profès et, en tête, celui de Charles-Quint, écrit de sa propre main. < Que ce fût en manière de plaisanterie ou de passe-temps spirituel, de quelque façon qu'on prenne la chose, elle était ainsi, » dit le chroniqueur de l'ordre. Sous l'autographe royal se lisaient ces mots : « Dédié à l'éternelle mémoire de cet illustre et puissant monarque, afin que les futurs membres de cette maison se glorifient en voyant leurs noms

SM yiE DE GHARLES-OUINT A TUSTE.

inscrits sous celui de ce grand prince. > Ce précieux registre fut conservé avec un soin pieux par la conomunauté jusqu'au commencement de ce siècle, où, en 1809, le couvent de Yuste fut saccagé par les Français, qui en brûlèrent ks archives avec tout ce qu'il renfermait dans ses murs.

Charles était assez affable envers les hiëronymites; il les connaissait tous par leurs noms et s'entretenait quelquefeK avec eux ; il leur témoignait même une certaine affection et un respect, incompréhensible pour ses serviteurs, surtout pour les Flamands , qui ne paraissaient pas aimer beaucoup les moines. Il fit un jour k ceux-ci une libéralité , qui lui attira des représentations de la part des visiteurs du couvent, lors de leur inspection annuelle. « L'ordre , d dirent-ils, « fournissait aux frères tout ce qui leur était nécessaire pour l'accomplissement de leurs devoirs. Les largesses de sa majesté ne serviraient qu'à les rendre négligents et paresseux, aimant à manger et à dormir; Dieu veuille que le mal n'aille même pas plus loin ! » L'empereur reconnut la sagesse de ces observations et promit de se corriger à l'avenir de c^tte générosité intempestive.

Charles-Quint daigna un jour diner avec les frères dans le réfectoire ; il fut servi à part et Yan Maie remplit auprès de son maître les fonctions d'écuyer tranchant. Mais le royal gourmand était depuis trop longtemps habitué aux mets savoureux qu'on lui préparait , pour pouvoir se plaire à la nourriture frugale des religieux^ avant le milieu même du diner, il se leva brusquement de table et se retira ; toutefois, pour ne pas mortifier ses hôtes, il leur dit, en partant, de mettre de côté pour lui les plats dont il n'avait pas goûté, ajoutant « qu'il ne les tenait pas quittes. » Mais il ne parta^ gea plus jamais leurs repas et ne leur rendit même pas leur

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