CHAPITRE IV
et qui devait toucher une pension égale à son traitement, en attendant que Philippe Teût placé dans la position qu'il méritait.
Mais ce qu'il y avait de plus remarquable dans ce document, c'était l'esprit d'intolérance qui se manifestait dans tous les passages où il était question de religion. La monotone et triste vie de couvent avait marqué son empreinte sur les sentiments de l'empereur et pénétré son caractère d'une espèce d'austérité ; il en avait donné, quelque temps auparavant, une singulière preuve, en demandant aux visiteurs du couvent et en faisant proclamer au son de la trompette une ordonnance, menaçant de cent coups de fouet toute femme qui approcherait du monastère à la distance de deux portées d'arbalète! Sous l'influence mauvaise de ses habitudes ascétiques et de son état maladif, la bigoterie naturelle à Charles-Quint s'était peu à peu transformée en un fanatisme plus ardent et plus funeste. C'est ainsi que, par ses lettres, il poussa énergiquement dans la voie des persécutions ceux qui étaient placés à la tète du gouvernement en Espagne et dans les Pays-Bas; on l'entendit même exprimer le regret d'avoir respecté le sauf-conduit de Luther, lorsque le grand réformateur se présenta devant la diète, à Worms. Heureusement pour la réputation de ce prince, son bon ange l'empêcha de commettre un crime qui eût couvert son nom d'infamie, comme ceux des assassins de HussI Dans son codicille, Charles enjoignit à son fils de faire rechercher et punir, sans exception, sans grâce ni pitié pour aucun, tous les hérétiques que renfermaient ses États. Il conjurait Philippe d'aimer la sainte-inquisition comme le meilleur instrument mis à sa disposition pour accomplir cette œuvre pieuse : < Ainsi faisant, » disait-il, < tous
T. V. Sî
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aurez ma bénédiction et le Seigneur protégera toutes vos entreprises. » Telles furent les dernières paroles de Tempe^ reur mourant à son fils; elles ne tombèrent pas dans une oreille indocile et aiguisèrent le glaive de la persécution , que Philippe avait déjà tiré du fourreau.
Charles fit dans son codicille des recommandations relativement à son enterrement. Quelques jours auparavant , il avait eu une longue conversation à ce sujet avec Quixada. Il avait d'abord exprimé le désir d'être enterré dans la bdie cathédrale de Grenade, à côté de l'impératrice, sa femme; c'est là aussi que reposaient ses parents, Jeanne et Philippe, et ses aïeuls , de glorieuse mémoire , Ferdinand et Isabelle. Mais le monarque avait changé d'avis et parut désirer alors de rester, après sa mort, dans le lieu où s'étaient écoulés ses derniers jours. Il voulait qu'on l'inhumât dans la chapelle de Yuste, auprès de l'impératrice qui eût dû être transférée de Ghrenade ; mais il renonça à ce projet, sur les représentations du majordome, qui objecta que Yuste était un endroit trop obscur et trop délaissé pour servir de mausolée à de grands princes. L'empereur se borna donc à demander d'y être provisoirement déposé, en attendant que Philippe eût choisi pour lui une sépulture définitive; il tenait seulement à n'être pas séparé de son épouse bien-aimée. Charles , s'étant fait lire le codicille, le signa le même jour; il parut dès ce moment avoir réglé toutes ses afi*aires terrestres et avoir rompu tous les liens qui le rattachaient à ce monde. U ne devint pas toutefois complètement indifférent à celui-ci, car il apprit avec plaisir , par Garcilasso de la Yega , que sa sœur, la reine de Hongrie , avait enfin consenti à retourner dans les Pays-Bas, pour aider de ses conseils le roi , son neveu, dans le gouvernement de ces provinces.