‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 74 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

venait, à chaque instant, contempler ces traits bien-aimés. Pendant une de sesabsences, les hiéronymites, comme nous le tenons de l'un d'entre eux, qui était de garde, éprouvé^ rent la curiosité bien naturelle de voir l'empereur, qui était caché par les rideaux du lit; un sentiment dé respect pour le défunt et la crainte de déplaire à Quixada, les retinrent quelque temps, mais à la fin la curiosité l'emporta et, tirant les rideaux, ils regardèrent avec terreur ces formes privées dévie. Les traits du grand prince, au lieu d'avoir la lividité cadavérique, étaient encore animés d'un reste de rougeur; la physionomie, qui avait la fixité du marbre, était empreinte de cette sérénité qui succède à la lutte. La tête était couverte d'un bonnet richement brodé, et le corps, dont le haut se dissimulait sous une couverture de soie noire, était enveloppé dans une robe ample. Sur la poitrine, près c|u cœur, reposait le crucifix d'argent que l'impératrice mourante avait étreint de ses mains défaillantes, et qui devait passer plus tard dans celles de son fils. Au dessus du chevet, était suspendue une image de la Vierge, une des reliques réservées pour ce moment par l'empereur. Pendant cette contem{ilation^ les hiéronymites entendirent le pas du majordome qui approchait, et, craignant d'être surpris, ils se hâtèrent de fermer les rideaux.

Les restes du monarque défunt furent déposés dans un cercueil de plomb, renfermé dans un autre en bois de châtaignier, puis on les descendit dans la chapelle, par la fenêtre de la chambre. On plaça le cercueil sur un catafalque, couvert d'un drap noir, aux armes impériales, et dressé au centre de l'église, également tendue de noir; miHe cierges allumés éclairaient cette triste scène. Une foule immense de personnes de tout rang, accourues des environs.

se pressait dans Fenceinte consacrée; on y remarquait les moines de Cuacos et des religieux venus des différents couvents du voisinage. Les anciens serviteurs de Charles portaient tous le deuil; on voyait parmi eux Quixada, enveloppé dans un manteau de couleur sombre, avec lequel il cachait sa figure, et près de lui son royal pupille, don Juan d'Autriche, également en grand deuil. Les événements de ce jour étaient bien faits pour laisser une profonde impression sur Tesprit du jeune héros qui, après une courte mais brillante carrière, réclama, comme la meilleure récompense de ses services, la faveur de reposer à côté de son père dans le fastueux mausolée élevé par Philippe et destiné aux princes de la maison d'Autriche.

Les obsèques, sous la direction de l'archevêque de Tolède, durèrent trois jours. Les hiéronymites de Yuste, les cordeliers de Jarandilla, les dominicains de Sainte -Catherine chantèrent les chants funèbres. Un sermon fut prononcé chaque jour; le premier le fut par Villalva, le prédicateur favori de Charles-Quint. A la demande de Quixada, celui-ci avait pris note de ce qui s'était passé dans la chambre du moribond, et il avait habilement introduit ces détails dans son discours, empreint d'une éloquence douce et passionnée qui émut tout l'auditoire.

Pendant le service, on avait placé une chaise dans le chœur pour un haut personnage, que ses infirmités empêchaient de rester si longtemps debout. Mais Quixada, malgré les représentations du grand-maitre d'Alcantara, ami de ce seigneur, fit ôter la chaise, en disant que nul n'eût osé s'asseoir en présence du monarque vivant et que l'on ne devait pas témoigner moins de respect à l'empereur mort. Ce sentiment de délicatesse fut partagé par tous les assis-

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