‹ Histoire du règne de Philippe IIChapitre 76 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

appartenu à son père, même les objets les plas insignifiants, à Texception du cheval donné au majordome. Charles pos-^ sédait un chat angora et un perroquet parlant avec une facilité merveilleuse; ces animaux, dont sa sœur, Catherine de Portugal, lui avait fait présent, Tamusaient souvent pendant âes heures entières , lorsqu'il était inoccupé; ils furent mis dans une litière et conduits, sous escorte, à Yalladolid. En un mot, tout ce qui avait été dans la maison de Tempereur paraissait avoir une grande valeur aux yeux de Jeanne, comme souvenir.

Quixada et Gaztelu , ayant enfin accompli leur pénible tâche, firent en décembre leurs derniers adieux à ces solitudes qui leur avaient toujours été odieuses et dont la vue évoquait maintenant dans leur esprit les pensées les plus mélancoliques. Le majordome ramena sa famille à Yillagarci^, d'où il Tavait tout récemment conduite à Cuacos. Là, dona Magdalena^ et lui continuèrent de surveiller, avec une extrême sollicitude , l'éducation de leur royal pupille. Peu de temps après, Philippe, se conformant aux désirs de son père défunt, reconnut don Juan comme son frère, et ouvrit ainsi une carrière glorieuse à l'ambition de ce jeune prince, qui, après une vie courte mais remplie d'événements, laissa un nom impérissable.

La mort de Charles-Quint causa dans toute la chrétienté une profonde sensation, presque comparable à celle qui s'était produite, lors de son abdication. Cet événement fut même ressenti plus vivement par les anciens sujets de ce QaK>narqtie ; leur perte était plus grande. L'empereur, ainsi qu'on l'a vu, avait continué, dans sa retraite, d'exercer une influence considérable sur la marche des affaires publiques, mais maintenant il avait disparu pour toujours, et ses sages

conseils ne devaient plus guider, au milieu de ses embarras, son successeur, jeune et inexpérimenté.

Les obsèques de l'illustre défunt furent célébrées avec grande pompe par sa âlle, à Yalladolid. Son ami, François Borja , se fit entendre en cette occasion ; il avait pfis pour texte de son sermon ces paroles de circonstance : « Je voulais m'égarer au loin et rester dans le désert. » Le prédicateur émailla son discours d^anecdotes et de traits relatifs à Fempereur, qu'il regardait comme un modèle de perfectiou chrétienne; entre autres faits, il rapporta que Charles lai avait dit, dans une conversation, que, depuis Tâge de vingt et un ans, il n'avait pas laissé passer un jour sans consacrer quelques heures à une méditation pieuse.

Des services funèbres furent également célébrés, en 1 honneur du défunt, dans plusieurs autres villes d'Espagne, telles que Tolède, Tarragone, Séville; à Rome, où ce spectacle fut entouré d'une plus grande pompe ; à Naples, à Lisbonne, à Vienne; enfin, à Bruxelles, la capitale des Pays-Bas, où les cérémonies furent conduites avec une splendeur extraordinaire, en présence de Philippe et de sa cour.

Aussitôt que le roi apprit la nouvelle de la mort de son père , il donna Tordre de sonner les cloches de toutes les églises et de tous les couvents du pays , trois fois par jour durant quatre mois, et défendit qu'il y eût, de tout ce temps, des fêtes ou des réjouissances publiques. Le 28 décembre avait été fixé pour la célébration des obsèques dans la grande cité flamande. Une procession fut formée par les grands ofiiciers de la couronne, en costume de cérémonie, les membres du haut clergé, les nobles de distinction et les chevaliers de la Toison d'or, reconnaissables aux magnifiques insignes de leur ordre. On remarquait, au milieu du cortège,

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