LE RATTACHEMENT DE GALLABAT AU SOUDAN ORIENTAL
En avril 1874, le Khédive, on l’a vu, décida de rattacher la région de Gallabat au Soudan oriental. « Bien que la région de Gallabat dépende wluellement du gouvernorat du Soudan, écrivit-il à Munzinger le 24 avi 1874, comme elle est proche du Taka qui relève de votre direction el qu'il est nécessaire d’y entreprendre des travaux, d'adopter les mesures requises en vue du progrès de la région et de la tranquillité des
PA, A, Reg. 10, Ordres supérieurs, pièce 25, p. 18, 0, S, à Moustpha bey el-Tosselli, 18 août 1875.
FA, À,, Reg, 10, Ordres supérieurs, pièce 81, p, 36 ct pièce 89, p. 37, 0, S. à Daranalli Ahmed pacha et à Moustapha bey el-Tosselli, a janvier 1876,
FI A. À,, Reg. sans numéro, Dép. Maïa Sanieh, p. 61, la Maïa à Ahmed bey Nachaat, a7 février 1896.
® A. A., Reg. 38, Arr. Abd., pièce 289, Alacddin bey à Khairi dl 30 mars 1876; Rec: 28, Dép. Abd., pièces 174, 1795, O. $. au gouverneur de Souakin et à Macddin bey, 1° avril 1876. Au mois de mai 1876, nous trouvons un certain Moustapha bey exerçant les fonctions de moulahiz des travaux du Taka,
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habitants. .…., nous avons décidé de déférer cette région à votre direction et avons adressé à à celle date un ordre dans ce sens au gouverneur du Soudan (1), Vous devez donc procéder à la nomination d’une personne capable pour diriger cette région. Comme vous le savez, notre seul but est d'accorder la sécurité à tout le monde, d'assurer la paix aux habitants et de développer le commerce. Nous espérons done, à la suite du rattachement de cette région sous vos ordres et eu égard à vos qualités connues de bon administrateur, que la paix et la sécurité la pus complète seront assurées aux habitants et aux commerçants, afin qu’on dise que eettx période est meilleure que les précédentes et que cette déclaration soit le fruit de vos efforts Î),» Les deux hataillons d’infanterie et les sept canons qui se trouvaient à Gallabat, devaient également passer sous les ordres de Munzinger ),
En homme positif qu'il était, Munzinger vit tout de suite les inconvénients qui allaient découler pour lui de cette mesure. Les recettes du markaz de Gallabat s’élevaient à 192.688 piastres, dont 100.000 représentaient les revenus de la douane et 92.688 les impôts établis annuellement sur les Takarir. En regard de ces recettes, les dépenses annuelles du 1** régiment d'infanterie soudanaise () et des employés en service à Gallabat s'élevaient à 1.882.574 piastres et 37 paras, excédant ainsi les recettes de 3.379 bourses 386 piastres et 37 paras. Comment Munzinger pourrait-il faire face À ce déficit, alors que les Arabes Dabaïné, Hamran et Choukrié qui fournissaient en grains et en argent des sommes susceptibles de le couvrir, continuaient à dépendre du gouvernorat de Khartoum? De plus, le territoire de Gallabat était très éloigné du Taka, ln distance qui les sépare étant à peu près égale à celle de Massawa au Tak,
13 L'ordre détachant le territoire do Gaïlabat du Soudan fut adressé à la hokoume daria le a4 avril 1874 et confirmé le 4 mai 1874.
® À, AÀ., Reg. 1948, Ordres supérieurs, pièce 14, p. 64, 0,8, à Munzinger, a4 avril 1874,
F) À, À, Reg. 4, drr, Abd., pièce 369, Ismaïl Ayoub pacha à Khairi pacha, ae mai 1874; Reg, 18, Dép. Abd., pièce 149, Khaïri pacha à Ayoub pacha, aû mai 1874.
On a vu qu'un des frois bataillons de ce régiment fut envoyé à Zobéir a au début ‘e 1874,
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Enfin il existait, entre Gallabat et Le Taka, des régions et des tribus qui dépendaient des moudiriehs de Khartoum et de Sennar, bien que quelques-unes d’entre elles fussent plus proches du Taka que Gallabat même. Ces objections n'étaient pas sans valeur, et peut-être le Khédive les eût-il prises en considération s'il n'avait pas eu, pour opérer le rattachement de {allabat an Soudan oriental, une autre raison qu’il garda secrète vis-à-vis de Munzinger. Un grand mouvement d'esclaves continuait À se faire par Gallabat. De ce commerce, un prêtre anglais (} qui voyageait au Soudan avait été témoin, et la nouvelle s’en était répandue dans les journaux d'Europe. Soucieux de mettre fin à la traite, le Khédive pensa que le nom de Munzinger suffirait à détourner les soupçons qu'on pouvait encore entretenir sur la sincérité de ses intentions, et ce fut là, selon sa propre expression, « la véritable raisons du rattachement des régions de Gallabat au Soudan Oriental @l, Quoi qu’il en soit, Munzinger, à qui l'approche de la saison des pluies ne permettait pas de se rendre à Gallabat, décida de maintenir provisoirement le maamour et les soldats à leur poste jusqu’à la fin du kharif et de ne faire, d'ici là, aucune modification à l'administration, à la perception ni à la comptabilité de cette région W), Pendant la période transitoire qui suivit (#), la tranquillité du markaz de Gallabat fut troublée par uae incursion de brigands qui, au nombre de 400 environ et conduits par leur chef Desta, fondirent à l'improviste sur la localité de Gadabhi, la pillèrent, enlevèrent le cheikh et sa famille et s'emparèrent des fonds de l'État qui étaient en sa possession, Le kaïmakam, qui commandait les troupes à Gallabat, fit aussitôt partir un binbachi à la tête de quatre compagnies et un canon de montagne, pour rétablir l'ordre, libérer le cheikh et récupérer les biens de L'État (f, À l'arrivée
5° Sans doute M. Flad,
PI AA. Rog. 18, Dép. Abd., pièce a 31, Khaïri pacha à Ayoub pacha, 1 4 juin 1874,
6) A, À., Reg, 1875, Arr. Maïa Sanieh, pièce 61, p. 119, Munzinger à la Maïa, 11 août 1874,
5 TI semble que, pendant cette période, on ait considéré à Khartoum que le markaz de Gallabat continuait à dépendre de la hokoumdarir ; une certaine confusion s'ensuivit dans l'administration de cette région.
BA, A., Reg. a7, drr, Abd. pièee 4e, lo vékil des travaux du Soudan à Khairi patha, a octobre 1874,
des troupes gouvernementales, Les brigands prirent la fuite. Line fois rentrés chez eux, ils renvoyèrent le cheikh mais gardérent ses enfants vu otages, afin d’obliger les habitants à leur payer la dîme qu'ils prétendaient leur être due tous les ans. Le cheikh de Gallabat se rendit alors à Gadabhi et s'y installa pour défendre ses habitants contre toute attaque (1. fe . Khédive prit une vue très sérieuse de la situation. « La région de Gallabat dépendant du gouvernement -khédivial, manda-t-1l à Munzinger, seul l'État peut obliger ses habitants à payer un impôt quelconque. Aucune personne ne peut se substituer à lui pour la perception des impôts. C'est pourquoi il faut prendre Loules les mesures pour prévenir désormais de pareilles agressions el sauvegarder les intérêts des habitants et les droits de l'État. Nous avons donc jugé nécessaire de vous charger de reprendre. les enfants du dit cheikh retenus en otage, ainsi que tous les fonds vols appartenant à l'E État et aux habitants. Nous tenons à ce que vous proniez des mesures énergiques et en Fappout avec la dignité de l État et à ve que vous donniez des instructions très fermes au kaïmakam pour que la plus grande surveillance soit exercée sur la frontière et pour éviter le retour de pareilles agressions Pl,» Ces instructions n'étaient pas superflues, car le cheikh de Gallabat, qui s'était rendu à Gadabhi pour protéger la population, eut maille à partir avec les gens du chef Desta qui attaquèrent ses gens à Jui et en tuèrent quelques-uns (1,
Ce n'est qu'en février 1875 que la période transitoire prit fin, Le kharif était terminé depuis quelque temps et Munzinger ne se pressail nullement de rattacher au Soudan oriental le territoire de Gallabat, Sur insistance de Khairi pacha (), il se décida et, le 9 1 février 1875, l’administration de ée markaz fat enfin transférée, avec ses arriérés, à la moudirieh du “Taka (), Toutefois, Munzinger ne partit pas sur-le-champ pour
MY À, AÀ., Reg, a7, Arr, Abd., pièce 463, le vékil des travaux à Khartoum à Khairi pacha, 5 écinbée 1874.
. ® A, AÀ,, Reg. 20, Dép. Ald,, pièce 895, o. S. à Manage, 10 octobre 1874.
WA, À, Rog. 28, dr, Abd., pièce 95, le vékil des travaux à Khartoum au Cabinet du Khédive, 9 novembre 1874.
(A, À,, Reg. a1, Dép. Abd, pièce 53a, Khaïri pacha à. er 28 jan. vier 1875,
# À, À, Reg. 99, À Abd., pièce biz, Munzinger au Cabinet du Khédive,