‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 22 sur 176 · PE EE · texte numérisé non relu

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consul de France (9, ayant fait savoir que le roi d'Abyssinie se proposait d'envoyer les têtes d’Arakel bey et d’Arendrup bey pour être remises à leurs familles, le vice-roi s’opposa à ce qu'on les envoyât au Caire, « Il ya sans doute une église à Massawa, manda-t-il à Nachât bey ; on célébrer: un service funèbre avec toute la pompe voulue et on les inhumera dans l'église ®),» Toute l’activité du Khédive tendait à reprendre une revanche éclatante par les armes. « Bien que ce qui est arrivé en Abyssinie aux troupes égyptiennes, manda Khairi pacha à Alaeddin bey et à Nacht bey le 27 novembre, soit dû à ce que ces troupes, peu nombreuses, se sont aventurées dans un grand pays, sans avoir pris les précautions voulues ni déployé l'énergie nécessaire, S.A. le Khédive tient à tout prix à prendre une revanche. Une armée a été préparée à cet ellet, composée de 16 bataillons d'infanterie, 1 rég'ment de cavalerie, 3 batteries d'artillerie et 6 lance. fusées, et placée sous le commandement général de Rateb pacha W), sirdar de l’armée égyptienne, aidé du général Loring, chef d'état-major, et des généraux Osman Rifki pacha et Rached Rakeb pacha l),» Quatre bataillons

Massawa et de faire son rapport par écrit (A.A., Reg. 45, Dép. Abd, pièces 395 el k16, Khairi pacha au vékil des travaux à Massawa, 23 et 26 novembre 1875). Le 4 mars 1876, Khairi pacha gourmandait encore Nachât bey pour avoir laissé venir au Caire un barbarin émaseulé, qui était au service de Rustum Nagui bey mort à Gundet. « I} donne des nouvelles de ce combat, écrivait Khairi pacha et a dévoilé des choses qu’il n'aurait pas dû dire» (A.A., Reg. 27, Dép. Abd., pièce 443, Kbair pacha à Nachât hey, 4 mars 1876).

&) Désigné pour remplacer ! M. de Sarzec, Carbonnel partit de Suez le à novembre sur le vapeur Afehalla et arriva le 5 à Massawa, où il fut reçu avec honneur par le vékil du gouverneur, le directeur du Service sanitaire et le secrétaire de Mgr. Touvier (A.A., Reg, a5, Dép, Abd., pièce 284, Khairi pacha à Arakel hey, 4 novembre 1875; Fedrigo pacha à Khairi pacha, Massawa, 6 novembre 1875).

@ À,A., Reg. 84, Arr. Abd., pièce a53, Nachât bey à Khairi pacha, 27 novembre 1895;Reg.a5, Dép. Abd, pièce 459, Khairi pacha à Nachât hey, 28 novembre 1875.

&) La désignation du généralissime donna lieu à des discussions au Caire. Nubar pacha soutenait la candidature du général Loring: Ismaïl pacha Saddik et Chérif pacha celle de Rateb pacha. Dans cette lutte d'influence entre le parti du progrès et le parti conservateur étroitement nationaliste, ce fut le second qui l'emporli (CF, Dye, op cit., p. 151 à 154 ; Lomme, op, cit., p, 830).

- (9 A,A., Reg. 25, Dép, Abd., pièces 4238, 494, Khairi pacha à Nachât bey, à Alneddin lp 27 novembre 1875...

d'infanterie de la garde et deux batteries d'artillerie, commandés par Osman Rifki pacha, qui constituaient l'échelon avancé de cette armée, ‘embarquèrent à Suez les 26 et 27 novembre sur les vapeurs Gharbieh, Hahmanteh, Kosséir, Damanhour et arrivèrent à Massawa le 1°" et le a décembre M, | | :

La décision d'envoyer un corps expéditionnaire en Abyssinie avait été ctudiée et prise au cours de plusieurs conseils ©) qui eurent lieu au palais d'Abdine sous la présidence du Khédive et auxquels assistèrent le prince Hussein, ministre de la Guerre, Nubar pacha, Chérif pacha, Rateb pacha, les généraux Stone et Loring, les colonels Field et Dye. « Le Khédive, mpporte Loring, déclara que l'objectif était de punir le roi Jean pour le ul fait à l'expédition Arendrup et pour d’autres outrages. Nubar pacha, ministre d'État, parla de se fortifier‘aux environs d’Adoua... Il insista ivement pour que, dès que l’objet principal de l'expédition, à savoir la punition du roi Jean, serait obtenu, la guerre se terminât et l'expédition revint en Égypte. [lrecommanda d’observerlaloi internationale, Le mot de conquèle ne fut pas prononcé, et j'eus l'impression que ce ministre était opposé à la guerre. H dit que l'Égypte était déjà en deuil à la'suite de la défaite d'Arendrup et que sa famille était dans une profonde détresse ; Arakel bey, son neveu, avait été tué ),» Au cours de ces entretiens, rapporle encore Loring, «le Khédive insista auprès de Rateb pacha pour qu'il eût égard à mes conseils ; en d’autres mots, pour qu'il les suivit. Pour donner plus d'emphase à cette injonction, Ismaïl plaça avec solennité hu main dans celle de Rateb, en témoignage de fraternité et nous chargea de ne former qu’un seul esprit)», Toute l'opération devait être accomplie d'art la saison pluvieuse qui commence généralement en maiff). L'expédition

AA. Reg. a5, Dép. Abd., pièce 469, Khairi pächa à Nacht bey, 28 novembre 1875 ; Reg. 34, Arr, Abd. pièces 365,367, 381,389, 388, Nachät bey à Khairi pacha, 1°" et » décembre 1875.

# Dye précise qu'il y eut trois conseils et que le Khédive n'assista pas au second, + cause de la mort de son frère Moustapha survenue Ja veille (3 décembre) à Constanhuople (ef. Due, op. cit., p. 158). .

Cf. Lonne, op. cit, p. 880...

% CF Lomme, op, cit, p. 831.

“CL, Dye, op. cit. p. 158, fs A

line, du vègne du Khéd, Ismail, & NA, ba

fut préparée par le prince Hussein, de concert avec le général Stone qui dressa également le plan de campagne (1,

Les instructions du Khédive à Ratib pacha, en date du 5 décembre 1875, étaient rédigées comme il suit :

« Je vous ai donné mes instructions verbales et vous ai fait connaître le but que j'ai en vue par l'expédition dont le commandement vous est confié. Je crois actuellement devoir résumer mes idées afin qu’elles soieut toujours présentes à votre esprit.

« Le roi Jean, par sa manière d’agir à notre égard depuis près de quatre ans et dernièrement e:. rassemblant des troupes sur nos frontières, a encouragé l’esprit de rapine qui fait le fond du caractère des Abyssins et la base de leur ordre social. Par les incursions qu’il encourageait ou tolérait sur notre territoire, il jetait le trouble dans nos populations et, peu à peu, faisait perdre à mon gouvernement le prestige qui, en grande partie, le soutient dans ces contrées.

« Arendrup bey avait pour mission d'occuper temporairement le Hamaeène, position stratégique qui aurait mis mesfrontières à l’abri desattaques des Abyssins, de faire sentir au roi Jean la nécessité de vivre dorénavant en paix avec nous, et de ne rentrer sur notre territoire qu'après avoir assuré, par des garanties à stipuler, la tranquillité future de nos frontières,

« Le désastre qui vient d'atteindre Arendrup bey et son avant-garde complique actuellement la situation créée à mon gouvernement du Soudan: par le roi Jean. Avec des populations aussi impressionnables que les nôtres, l'effet de ce désastre, qui, dans un autre milieu, serait réduit à sa justé valeur, prendra des proportions exagérées qui peuvent, à un moment donné, porter une atteinte profonde à l'autorité de mon gouvernement.

(Ya Le général Stone, rapporte Loring, avait reçu une longue communication de l'abbé Duflot, prêtre lazariste, qui avait véeu plus de neuf ans en Abyssinie, Il fournit un tabloau parfait du pays, dessinant ses pistes, ses montagnes, ses rivières, ses défilés et ses passes, Ces renseignements ne laissaient rien à désirer aux militaires chargés de choisir la route convenable pour entrer en Abyssinie, et avant le départ du Caire, le général Stone et moi nous étudiâmes à fond le pays et fixâmes le chemin à suivre, Stone me laissant naturellement le soin de prendre d’autres informations à mon arrivéo dans le pays» (cf. Lomne, op. «it,, p. 335),

« C'est cet état de choses qui a nécessité l'envoi des forces que je mets sous volre commandement. Le but de votre mission est done de rétablir le prestige de nos armes et, par là, celui de mon gouvernement, et, deuxièmement, de poursuivre et d'atteindre le but que je m'étais proposé en envoyant Arendrup bey. Pour assurer ces deux buts, vous devez nécessairement entrer en Abyssinie, Sur les quatre ou cinq routes qui mènent de Massawa sur lés hauts plateaux de l'ennemi, vous aurez à choisir celle qui vous paraîtra la plus convenable, Je laisse ce point entièrement à votre appréciation. Si le roi Jean se présente pour s'opposer à votre mouvement, vos forces sont nombreuses et, dans un seul coup, vous regagnez le preslige que nous pouvons avoir perdu. Le roi Jean une fois battu, son armée dispersée, notre prestige est rétabli et, avec son rétablissement et l'effroi que vous aurez inspiré aux Abyssins, nos frontières seront assurées pour longtemps. Vous retournerez donc à Massawa en détruisant les retranchements ou fortifications provisoires que vous aurez établies.

4 Mais quelque confiance que son dernier succès ait pu donner au roi Jean, je ne puis croire qu’il abandonne la tactique traditionnelle de sa nation [qui est] de se replier, de profiter de tous les accidents d’un pays montagneux pour n'’attaquer l'ennemi qu'avec des masses supérieures et dans des positions avantageuses. Je pense donc que, pour en finir promptement avec lui, vous serez obligé de le suivre, de le chercher. Mais, dans ce eus, ne négligez aucune précaution pour assurer vos derrières, ainsi que vos communications avec Massawa ; n’avancez qu'avec prudence et, sous aucun prétexte, ne dépassez pas Adoua ; Adoua est la limite extrême que j'admets pour votre poursuite de l’ennemi, Une fois sa capitale occupée, c'est le roi Jean qui se trouvera nécessairement dans l'alternative ou de vous attaquer ou de nous faire des ouvertures pour négocier, Gardezvous de repousser ces ouvertures ; provoquez-les au contraire par tous les moyens en votre pouvoir. Tâchez de connaître les dispositions de ses principaux feudataires ; éveillez la vieille rivalité qui existe entre eux et le roi; gagnez-les à notre cause en leur faisant surtout connaître que mon but n’est point un but de conquête, que vous n'attendez que des garanties de paix pour évacuer le pays. Inquiétez le roi Jean par ces mesures ; vous l'amènerez ainsi à la décision de livrer bataille ou de négocier. C'est donc à le forcer à l'une ou l’autre de ces deux alternatives que vous devez

bo.

travailler, Ga mon intention n’est pas que vous restiez indéfiniment ou que vous occupiez d’une manière permanente Ja capitale du Tigré. Si, au bout d'un certain temps dont je laisse la durée à votre appréciation, vous n'avez pu amener le roi Jean ni à une bataille ni à une négociation, frappez Adoua d’une contribution et rentrez avec toutes vos forces dans les lignes que vous aurez établies sur le haut plateau par lequel vous aurez fait votre entrée en Abyssinie, Renvoyez à Massawa la partie de vos troupes qui ne vous paraîtra pas nécessaire à la défense de ces lignes, où vousattendrezmes ovdres et d’où vous ferez connaître au roi Jean mon intention d’occuper le plateau et de dominer 'e pays et derentrer, s'ille faut, l’année prochaine dans sa capitale jusqu'à ce qu’il se soit décidé à nous donner les assurances que nous avons le droit de réclamer pour la tranquillité future de nos frontières,

« Je n'ai qu’une ‘ecommandation à ajouter ou plutôt. à répéter : c’est de ne vous avancer qu'avec des forces suffisantes. Si les forces que vous avez ne vous suffisent pas pour garder d'une manière sûre vos communications lors de votre mouvement sur Adoua, n’hésitez pas un moment à me demander des renforts que je vous enverrai nnmédiatement. N'oubliez pas que je ne veux aucune conquête, que je ne convoite aucune partie du territoire ennemi, que je ne cherche que notre tranquillité future, que des relations commerciales entre les sujets du roi Jean et les miens, et que, conséquemment, vous devez traiter les habitants qui ne se portent pas à des hostilités contre vous, avec toute la modération que les circonstances de la guerre peuvent comporter, Ceux qui viendront chercher, comme l'ont fait précédemment les habitants du Hamacène, protection auprès de vous, doivent trouver cette protection contre les feudataires abyssins qui les tyrannisent, Ayez le plus grand respect pour les églises et pour toutes les places consacrées au culte. Dans les proclamations que vous serez appelé à répandre, faites ressortir le caractère de la guerre que le roi Jean nous a forcés d'entreprendre et que nous n'avons entreprise que pour pouvoir assurer notre tranquillité future,

« Je ne puis trop appeler votre attention sur ces points car ils sont de nature à abréger la guerre. C’est sur ces idées que vous devez régler votre conduite et vos mouvements {),»

(3) AA. Instructions du Khédive'à Rateb pacha, 5 décembre 1895,

RÉACTION DU KHÉDIVE APRÈS LE COMBAT DE GUNDET. 821 Tandis que les préparatifs de l'expédition se poursuivaient fébrilement en Égypte, on apprit au Caire le désastre survenu à l'expédition d'Aoussalt}, Le Khédive edbla aussitôt à Nachât bey pour lui dire d'envoyer par les moyens les plus rapides l'ordi d’Ismaïl Hakki bey à Tadjoura, où Abd el-Kader pacha organisait la défense de la place avec les débris de la culunne expéditionnaire Ÿ), Munzinger ayant disparu, le projet d'accord commercial avec Ménélik tombait à plat ; le Khédive décida alors d'ouvrir des relations avec le Choa par une autre voie, et il envoya Omar Azmi pacha à Zeyla 6), avec une lettre pour Ménélik, qu'Aboubekr, gouverneur de cette ville, reçut l’ordre de faire parvenir en mains sûres (f), Cette lettre, dans laquelle le vice-roi faisait savoir au roi de Ghoa qu’il était prêt à le reconnaître comme négus d’Abyssinie s’il venait au-devant des troupes égyptiennes jusqu’à Adoua, était ainsi conçue :

« Ras Bourrou, votre délégué, est arrivé auprès de nous en vue de resserrer les liens d’amitié qui nous unissent, Il a porté à notre connaissance Lout ce que vous lui avez dit et nous l’avons bien compris. Nous l'avons reçu avec beaucoup d'honneur et dé respect et l'avons renvoyé auprès de vous avec une lettre et des cadeaux à votre adresse. Nous l'avons fait accompagner de Munzinger pacha, afin que tous deux, à leur arrivée auprès de vous, vous fassent part de l’amitié et de l’aflection que nous vous portons, Mais, malheureusement, Munzinger pacha et ras Bourrou furent tuës à la suite de la traîtrise des tribus d’Aoussa qui, après avoir présenté leur soumission, attaquèrent les soldats peu nombreux qui se trouvaient en leur compagnie et tuèrent Les deux personnes ci-dessus mentionnées, en même temps que quelques-uns des soldats. Et quoique le restant des soldats égyptiens, au nombre de 160, ripostèrent à l'attaque de ces

0) La nouvelle en fut connue au Gaire le a8 novembre 1875.

M AA, Reg. 25, Dép. Abd., pièce 467, Khairi pacha à Nachât bey, 28 novembre

(1 AA, Reg. 5, p. 25, ordre à Omar Azmi pacha, 6 décembre 1875,

A.A., Reg. 10, Ordres supérieurs, pièce 64, p. 3a, O.S. à Aboubekr cffendi, 5 décembre 1875.

8 Nous citons cette lettre d'après le texte quise trouve au palais d'Ahdine, l'existe une autre traduction dans les archives du Ministère des Affaires étrangères à Paris, qui présente quelques variantes avec ce texto (ef, A.E., Mémoires et Documents, Abyssinie, t, IE, £, 316 et suiv.).

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tribus, les vainquirent ct en tuèrent 5.000 environ, nous avons pourtant regretté la perte des deux personnes susnommées. Ce regret fut d'autant plus grand qu'il n’a pas été possible de vous faire part des communications dont ils étaient chargés. Avec l'aide de Dieu, les tribus d’Aoussa recevront le châtiment qu’elles méritent pour les actes sauvages accomplis, et nous ne les laisserons pas dans cet état de révolte et de rébellion.

« En outre, nous vous informons que depuis trois ans, le roi Jean d'Abyssinie ne cesse de piller et d'attaquer les sujets de notre gouvernement khédivial qui sont établis sur les frontières séparant l'Égypte de l'Abyssinie, Il incite certains de ses chefs d'armée à voler ces habitants et à s’emparer sans raison de leurs bestiaux et de leurs biens. Nous lui avons adressé plusirurs lettres amicales et l'avons prié de mettre fin à ces actes qui sont en contradiction flagrante avec les droits de voisinage. Mais 1l n’en fut pas convaineu et fit montre d’une hostilité complète. Il se hasarda même à déclarer qu'il était décidé à combattre les troupes égyptiennes et à empêcher le passage des commerçants entre l'Égypte et l’Abyssinie, En effet, il envoya un grand nombre de ses soldats à la région du Hamacène, qui avoisine nos frontières, et il effraya nos habitants par ses attaques incessantes contre eux, au point que l'insécurité régna en maftresse dans ces régions et que les dits habitants furent sur le point de les quitter par crainte des actes sauvages du dit roi et de ses soldats qui ne sont pas conformes aux droits de voisinage. Le devoir de tout gouvernement étant de protéger ses sujets et ses frontières, nous avons été obligés d'envoyer deux bataillons de soldats égyptiens aux fins de protéger nos frontières et de défendre nos sujets contre le pillage et le vol entrepris sans aucune raison les justifiant. Notre but était d'établir des conditions très rigoureuses entre les deux parties afin d'empêcher ces attaques à l'avenir, car, en réalité, nous n'avions nullement l'intention de nous emparer de tout ou partie de l’Abyssinie. En eflet, notre pays et nos sujets sont, grâce à Dieu, assez prospères et nous n'avons aucunement besoin de songer à prendre possession d’une partie de l’Abyssinie. Notre seul but était de maintenir la sécurité parmi les habitants de nos frontières et d'empêcher tout acte contraire aux droits de voisinage. À l’arrivée de nos soldats à la région de Massawa, et lorsque Jean apprit

lu nouvelle de ectte arrivée et quoiqu'il eût déjà fait revenir du Hamacène une partie de ses soldats, il y maintint l’autre partie avec leurs chefs, «t leurs attaques contre nos sujets furent plus fréquentes. Arendrup bey, le commandant de nos troupes, fut alors obligé de s’avancer jusqu'à Addi Huala, avec l’un des deux bataillons sus-mentionnés, et de communiquer avec le roi Jean en vue de prévenir ces attaques, de fixer les conditions appropriées relativement aux frontières et de mettre fin au vol et au pillage. Pourtant, à peine le roi Jean apprit-il que les troupes égyphennes ne se trouvaient pas réunies, mais étaient éloignées les unes des autres, qu'il les attaqua avec ses soldats et, grâce à la force numérique dont il disposait, 1 les anéantit presque en totalité et tua leur commandant et la majorité des officiers. [1 ne se contenta pas de ce qui précède, mais lit passer par les armes ou châtra tout soldat égyptien qui tomba par la suite vivant entre ses mains, Tels sont les actes sauvages accomplis par le dit roi et que réprouve le genre humain.

4 En apprenant ce qui précède, nous avons résolu de nous venger de ce roi pour Les traitements qu'il a infligés à nos soldats et à nos sujets. Nous avons formé sur l'heure une forte armée de 15.000 combattants égyptiens et l'avons envoyée à Massawa avec tous armes, canons et munitions au complet, afin d'attaquer le dit roi et de lui infliger un châtiment exemplaire pour les actes qu’il a accomplis. Ceci aura lieu sans faute, et même s'il est nécessaire de porter le chiffre des combattants à 20,000 ou 25.000, nous enverrons les renforts requis afin de nous venger de cet homme et de « lui retourner la monnaie de sa pièce». Mais une fois que nos soldats auront défait cet homme et qu'ils se seront vengés, il sera alors nécessaire d'établir des conditions très sévères avec l’Abyssinie, car nous n'avons aucunement l'intention de nous emparer de cette région, ainsi qu'il est mentionné plus haut. En conséquence, au cas où vous vous trouveriez ulors à Adoua et que vous vous y établissiez, nous serons très heureux d'établir ces conditions avec vous, car, à nos yeux, vous êtes plus digne el plus apte que d’autres à prendre possession de ce royaume et à conclure un accord avec nous pouvant entraîner l'établissement et le maintien des rapports commerciaux entre les parties, en même temps que la prospérité et la tranquillité des habitants des deux régions et le renforcement de l'amitié et de l'affection qui nous unissent,

« Nous espérons qu'à la réception de cette lettre, vous nous ferez part d'urgence de vos idées à ce sujet et nous mettrez au courant des mouvements que vous entreprendrez ct des résolutions prises. Gette lettre doit nous parvenir d'urgence ct dans le plus bref délai. Que Dieu vous gardet}.»

Cependant les opérations entreprises par le vice-roi contre l’Abyssinie avaient. ému les chancelicries européennes, À Paris, où l’on était surloul renseigné par les dépêches tendancieuses de M. de Sarzee, on trouvait que les actes du gouvernement égyptien, pour étendre son empire colonial, trahissaient «une conception d'ensemble exécutée progressivement et avec méthode». On constatait que l'investissement graduel de l'Éthiopie avait continué «avec une persévérance qui ne s'était pas démentie un seul instant», et que chacune des étapes accomplies par les troupes du Khédive marquait un progrès dans la voie de l’annexion. En fait, l’entreprise actuelle n’avait plus rien de commun avec une simple contestation de frontières et le gouvernement égyptien se trouvait aujourd’hui engagé dans une guerre dont la soumission de l’Abyssinie devait être le prix. «€ IE n’est donc que temps d'intervenir, écrivait le Ministre des Affaires étrangères au marquis d'Harcourt, ambassadeur de France à Londres, si l’on veut sauver des conséquences de la domination musulmane une société chrétienne qu’une propagande toute pacifique pourrait relever de son état actuel d’abaissement et de misère en la rattachant à la civilisation occidentale.» Et le Ministre envisageait de s'associer aux démarches que le gouvernement anglais jugerait sans doute à propos de faire pour «rendre la paix à cette partie du continent africain, en détournant le Khédive d’une voie que les intérêts de l'humanité, aussi bien que le soin de ses finances, lui conseillent d'abandonner» l,

6) A.A., Reg, 10, Ordres supérieurs, pièce 61, p. 80, le Khédive à Ménélik, 6 décembre 1875.

e AE, Égypte 56, le Ministre des Affaires étrangères au marquis d'Harcourt, 7 décembre 1875. Tout en manifestant l'intention de faire pression sur le Khédive conjointement avec l'Angleterre, le gouvernement français n’en était pas moins décidé à s'abstenir de toute intervention dans les affaires d'Abyssinie, M. Carbonnel, successeur de M, de Sarzce à Massawa, avait cru bon d'ouvrix une correspondance personnelle avec Barrot bey, secrétaire parliculier du Khédive, dans l’idée que ses lettres passeraient sous les yeux du vico-roi, et il s’efforçait de démontrer « qu'on ne peut conquérir }'Abyssinic et qu'en continuant la guerre, on y engouffrexait

En Angleterre, l’opinion publique se prononçait très vivement contre ir projet, prêté au Khédive, d’annexer l’Abyssinie (1, La Société antiesclavagiste présenta un mémoire à lord Derby, dans lequel elle rappelait les démarches qu’elle avait faites, en octobre 1873, auprès de lord Gran- : uille sur le même sujet et demandait au gouvernement de s’mterposer avec «toute la puissance que la position et les relations de la Grande- Brelagne avec l'Égypte lui donnent droit d'exercer» (*, Mais lord Derby u'obtempéra pas à ce vœu. € Le gouvernement de Sa Majesté, écrivit-il au général Stanton, n’a aucun désir d'intervenir dans les différends qui ent pu donner lieu à la présente dispute entre l'Égypte et l’Abyssinie: Si l'objectif du Khédive est de tenter la conquête de l’Abÿssinie, le gouvernement de Sa Majesté espère qu'il sera conduit à réfléchir avant de pousser plus loin une entreprise qui épuiserait les finances du pays et qui, tmême couronnée de succès, n'aurait d'autre résultat que d'ajouter à ses possessions une province dont les habitants, différents de race et de religion, seraient très difficiles à gouverner sans susciter des obstacles politiques d’un caractère très sérieux (),» Aux représentations qui lui furent

hommes et argent sans espoir de rien récupérer»; il suggérait en conséquence un arrangement auquel la France, disait-il, pourrait aider par sa médiation, et il agissait de même vis-à-vis du roi d’Abyssinie (cf. A.E., Massawa, t, IE, Carbonnel au Ministre des Affaires étrangères, 3 décembre 1875 et, dans les Archives d'Abdine, les lettres de Carbonnel à Barrot du 28 novembre et du 5 décembre 1875). Carbon nel fut désavoué en Égypte par M. Hadjoute Pellissier, consul général de France {cf A.A., Pellissier à Barrot, 13 décembre 185), et à Paris par le Ministre des Maires étrangères qui lui rappela que son rôle était celui « d’un protecteur zélé bien que discrets des quelques intérêts commerciaux que les Français pouvaient avoir sur la côte, mais ne saurait aller au delà et que, sous le rapport politique, il devait éviter avec le plus grand soin «tout ce qui pourrait engager à son insu le gouvernement dans le conflit actuels. Le ministre regrettait également que Mgr. Touvier se fût trouvé mélé aux incidents qui avaient provoqué l'entrée des troupes lu Khédive en Abyssinie et déclarait qu'il ne saurait intervenir en sa faveur auprès du roi Johannès (A.E., Massawa, t. IT, le Ministres des Affaires étrangères à M. Carbonnel, 15 décembre 1875). DE

(4 AA, télégramme de l'Agence Havas-Reuter en Égypte, émanant de Londres, le 4 décembre 1835. ;

F.0., 84 - 1419, Stanton à lord Derby, 24 décembro 1875.

® F,0., 78 - 2401, lord Derby à Stanton, 17 décembre 1875.

faites, le Khédive avait une réponse toute prête. Il répudiait toute idée de conquête ou d’annexion de l’Abyssinie; ses instructions à Rate pacha en faisaient foi lil, L'expédition qu'il préparait n’avait pour but que de venger l'honneur de ses armes et de restaurer le prestige de son gouvernement dans cette partie de l'Afrique. I estimait qu’elle ne lui coûterait pas plus de 500.000 livres, mais dût-elle coûter un million de livres, il pensait que ses possessions africaines valaient bien cette somme. Lui serait-il possible, en effet, de maintenir sa position dans le Soudan et ailleurs, s’il se soumettait tranquillement à la défaite et à l'humiliation que lui avaient infligées les Abyssins ? Le vice-roi ne désirait qu'une chose : assurer une paix honorable et durable entre son pays et F’Abyssinie, mais comme il ne pouvait faire des avances au roi Jean, et que ce dernier se refusait à faire le premier pas de son côté, il n'avait d’autre moyen, pour l'y obliger, que de faire entrer son armée en Abyssinie. Le Khédive jugeait d’ailleurs la position du roi très dangereuse ; il était entouré d’ennemis ; Ménélik, roi du Ghoa, lui était hostile, ainsi que les chefs du Godjam et de Gondar, etlevice-roine cacha pas à Stanton qu'il était disposé à lesaidercontre Johannès et même à reconnaître l'un d’eux comme roi d’Abyssinie; il ajouta, notamment, qu'il était en très bons termes avec Ménélik®), D'ailleurs, au moment où il fit cetteréponseà l'agent d'Angleterre, ses troupes se trouvaient déjà réunies en grand nombre à Massawa. Les dés étaient jetés et il ne restait plus qu’à voirsile Khédive, commeils’en flattait, gagnerait la partie.

Parti de Suez le 7 décembre 1875, le général en chef Rateb pacha débarqua à Massawa le 11, Son état-major particulier comprenait sept aides de eamp () : Le licutenant-colonel Abd el-Al bey Hilmy (), les binba-

«) Ces instructions furent communiquées au général Stanton,

@ F,0., 78 - 2405, Stanton à lord Derby, a9 décembre 1875.

& Le ao décembre 1875, Hussein bey, ex-maamour du service des pompiers, délégué au Soudan pour achever les travaux de la ligne télégraphique, fut nommé aide de camp de Rateb pacha. I n‘oecupa pas longtemps ce poste, car le 31 décembre, il fut nommé directour de l'hôpital de Massawa (cf. Journal de Ragab Saddik).

WI fut, peu après, envoyé à Senhit pour remplacer Alaeddin. bey pendant son absence motivée par un voyage au Taka,

chis von Thurneyssen (), Khosrew Azmi eflendi, Abd el-Latif eflendi, les moawen Mohamed Fouad effendi, Mohamed Nessim effendi et Ragab saddik effendi t, Quatre secrétaires lui étaient attachés : Mohamed Rifaat bey 6) provenant de Ia Maïa Sanieh, Hassan Fahmi bey, Hassanein Soliman eflendi et Hassan Ahmed effendi ®, L’état-major du corps expéditionnaire était presque entièrement composé d'officiers américains. 1 comprenait le général W.W. Loring }, le colonel Wm. Mc. E. Dyell, le colonel Gharles W. Field l, le lieutenant-colonel Aly beyffl, le lieutenant-colonel Derrick 9, le lieutenant-colonel baron von Môckeln }, le major Loshe (1),

&} De nationalité autrichienne, il était récemment entré au service de l'Égypte.

ti Ragab Saddik est l’auteur d'un journal en turc, conservé aux Archives d’Abdine que nous aurons fréquemment l’occasion de citer.

Auteur d’une brochure sur l'expédition d’Abyssinie, citée p. 813, note 1.

fi Cf, Journal de Ragab Saddik à la date du 6 décembre. Dye (op. cit., p. 167) dunne à cet état-major une composition un peu différente : 2 lieutenants-colonels; . 4 majors, 1 adjudant-major d’artillerie, 1 capitaine d'infanterie et un secrétaire indigène ; il ajoute que le binbachi Khosrew Azmi effendi remplaça le 22 janvier 1895 Aly Raëf à la tête du bataillon de la maamourieh, et que von Thurneyssen fut placé plus tard sons les ordres du. général Loring.

8 Loring était venu en Égypte comme brigadier général au printemps de l'année 1870. Il fut d’abord employé en qualité d’inspecteur, puis envoyé en résidence près d'Alexandrie, avec le général Reynoïds comme chef d'état-major ct un commandement nominal de troupes sur la côte, Peu après il fut promu férik (cf. Dye, op. tit, p. 164).

Grâce à l'appui du général W. T. Sherman, Dye ontra au service de l'Égypte en 1873 ; il fut chef de la 1°° section du bureau de l'état-major (ef. Dve, op. cit. p.164),

“r Ficld arriva en Égypte trois mois seulement avant d'être affecté à l'expédition de Rateb pacha (ef Dre, op. cit., p. 164).

4 Un Jtalien, écrit Dye, qui avait servi assez longlemps en Égypte pour oublier sa famille en Italie» (ef. Dve, op. cit, p. 164). Cet officier est mentionné dans le journal de Ragab Saddik sous le nom de Aly Helmi,

® Derrick avait servi aux États-Unis comme eapitaine dans l'arme du génie, Il entra au servico de l'Égypte quelques mois seulement avant la campagne d'Abyssinie (cf. Dve, op. cit, p. 164).

VW Mückeln avait quitté récemment le service de l'Autriche et était entré au service de l'Égypte quelques jours avant le départ de l'expédition (ef. Dve, op. cit., p. 165).

41) Récemment arrivé en Égypte.

le major Lamson ©, le chirurgien-major Wilson %), le capitaine Porter M, le capitaine Irgens (}, et quinze jeunes officiers égyptiens, dont 4 liuutenants attachés à l'expédition comme ingénieurs, 1 capitaine et 5 lieutcnants comme traducteurs d’amharique, 4 lieutenants pour les signaux ct un lieutenant comme traducteur d'anglais. Îl y avait en outre les deux aides de camp du général Loring : le major Ibrahim Loutfi effendi qui parlait passablement l'anglais, et le lieutenant Raëf (5) qui parlait français. Enfin six officiers qui avaient appartenu à l'expédition Arendrup, les majors Omar Rouchdi, Durhok, Dennison, Aly Raëf (0, le lieutenant Rifaat eflendi et le traducteur Ahmed Fahim effendi furent rattachés par la suite à l'état-major (M,

En raison du court délai qui précéda l'arrivée du corps expéditionnaire, peu de préparatifs avaient pu être faits à Massawa pour faciliter le débarquement des troupes et du matériel 8), « La ville, écrit le colonel Dye, est située sur une île susceptible de contenir à peine plus des 2.000 ou 3.000 habitants qui s'y trouvent. Entre l'tle et la terre se trouve une

( Entré au service de l'Égypte quelques semaines avant le départ de l'expédition, Lamson fut rappelé au Caire le 22 janvier 1876 et envoyé au Darfour, où il mourut, :

& Wilson arriva au Caire juste à temps pour accompagner l'expédition.

@) Fils de l'amiral Porter, de la marine des États-Unis ; il entra au service de l'Égypte quelques semaines seulement avant le départ de lexpédition.

4 Récemment entré au service de l'Égypte,

5) Mentionné par Ragab Saddik sous le nom de Ahmed Raëf effendi.

(9) Défavorablement impressionné par les rapports que lui avait faits Nachât bey sur les binbachis Aly Raëf et Omar Rouchdi, le vice-roi avait prescrit d'examiner leur conduite en vue de les renvoyer de l’armée (A.A., Reg. 5, Dép. Abd., pièce 558, Khairi pacha à Nachât bey, 8 décembre 1895). Les binbachis Dennison et Durbolz se trouvaient épalement en disgrâce ; le premier soin de Loring fut de les en tirer. Aucun grief ne put être retenu contre ces divers officiers (ef. Dvr, op. cit., p. 195).

@} Ragab Saddik cite également les noms des moulazim d'état-major Ahmed Azmi eflendi et Abd el-Rahman Magdi effendi,

6 Sur ces préparatifs, cf. À.A., Reg. 25, Dép. Abd, pièces 4a3 et 424, Khaïri pacha à Nachât bey et à Alaeddin bey, 27 novembre 1875 ; Reg. 34, Arr. Abd. pièce 277, Alaeddin bey à Khairi pacha, 27 novembre 1895 ; Reg. 34, Arr. Abd, pièce 275, Nachât bey à Khairi pacha, a7 novembre 1875. Dans cette dernière lettre, Nachât hey réclame l'envoi de 30 pompes à eau.

autre île}, portant le palais du gouverneur ® à une extrémité 6) et reliée à lu première île et à la terre par une chaussée étroite, longue de quelques centaines de mètres, récemment construite), Entre les deux îles, la chaussée el une pointe de terre juste au nord de la ville et avançant de quelques centaines de mètres dans la mer 6), s'étend un bon port{fl... Les navires déchargent en chalands, car il n'y à aucune jetée du côté de Massawa et la jetée minuscule qui se trouve à la pointe ne permet pas, même aux navires les plus petits, de s’amarrer. Un magasin du gouvernement se trouve sur cette pointe de terre ; on en fit le dépôt. Là furent déposés, au fur et à mesure de leur arrivée, le personnel et le matériel de l’armée, suf les munitions qui, chose étrange, furent, pour plus de sécurité, réparlies chez les habitants (,»

Les troupes arrivèrent dt 6oo hommes destinés à compléter l’effectif des 4 bataillons d'infanterie de la garde envoyés en flèche an début de décembre, firent route avec le général en chef à bord du Dakahlieh, ainsi qu’un bataillon d'infanterie #}, Cette dernière unité fut jointe aux 1° et 2° bataïllons de la garde pour former, sous les ordres de Osman Ghaleb bey, le 1°° régiment de la 1°° brigade, dont le commandement échut au lewa Osman Rifki pacha. Le 14 décembre, arrivèrent à escadrons de cavalerie et le bataïllon du binbachi Mohamed Aly effendi qui, avec

1) L'ile Taouloud.

Ce palais était une belle construction à deux étages, surmontée d’un dôme blane et entourée d’une vérandah soutenue par des colonnes actogonales en pierre le taille. Le toit reposait sur de minces colonnes en bois réunies par une balustrade, Le palais avait été construit par Arakel bey.

1 On y trouvait aussi une maison abritant le harem du gouverneur, le réservoir d'eau de la ville, plusieurs maisons inachevées appartenant au gouvernement et un certain nombre de toukouls.

% On a vu qu'elle avait été construite par Munzinger,

% Il s’agit de la pointe qui termine la presqu'île Gerrar, aussi appelée île Gerrar, parce qu'aux plus hautes marées, la langue de sable qui l'attache à la côte est couverte par les eaux,

# Sa largeur est d’un demi-kilomètre et sa longueur d'un kilomètre environ, Le port est également abrité par la painte Abd cl-Kader,

53 Cf. Dve, op. cit, p. 161, 16,

® Ce bataillon était commandé par le binbachi Khourchid Basmi (cf. Journal do lagab Saddik),

les 3° et 4° bataillons de la garde, forma, sous les ordres de Mohamed Gabr bey, le 1° régiment de la 2° brigade, dont le commandement fut . confié au lewa Rached Rakeb pacha. La 1°° brigade s'établit à Hotumlo ct la 2° à Mkoullo. On installa un appareil élévatoire à Hotumlo, où des puits furent creusés ainsi qu’à Mkoullo. À Hotumlo, l’eau jaillit du sol à la profondeur de 10 à 12 mètres, Quoique potable, elle était un peu saumâtre ; mais le binbachi de cavalerie Moustapha effendi découvrit un puits donnant une eau plus douce et plus abondante ; celle-ei, il est vrai, était chaude et devait être refroidie avant de servir à la consommation l!, Dès son arrivée à M ssawa, Rateb pacha avait rendu visite à Phôpital militaire, accompagné du général Loring et de Nachât bey. Sa première impression fut satisfaisante. Outre les malades ordinaires, l'hôpital abritait les blessés de l'expédition Arendrup qui, par petits paquets, regagnaient Massawa 1}, Tadjoura y envoya également les blessés de la colonne Munzinger (6), Un camp de convalescents fut établi au bord de la mer, à l'ouest de la ville, et pourvu de grandes tentes qui, à l’usage, se révélèrent très confortables. La santé générale des troupes, campées au bon air à Hotumlo et à Mkoullo, était d'ailleurs excellente, Dans les derniers jours de décembre, le docteur Mohamed Aly bey, qui avait offert de se rendre en Abyssinie pour soigner les malades et les blessés @}, arriva à Massawa, en compagnie de plusieurs médecins W; il reçut le grade de médecin

1} Pour tous ces détails, cf, le Journal de Ragab Saddik, passim,

1 Ragab Saddik signale l’arrivée de 3 blessés le 12 décembre, de 3 blessés le 13, de 8 blessés le 14, de 8 blessés le 15. Il explique qu’Arendrup s'étant montré très généreux envers les habitants qui prenaient soin des soldats blessés demeurés dans les villages et les ramenaient ensuite au quartier général, eeux-ei furent entourés de beaucoup d'égards et ramenés au camp de régions distantes parfois de plusieurs jours de marche (cf. Journal de Ragab Saddik, 19 janvier 1876).

&) 14 blessés arrivèrent de Tadjoura à Massawa le 1a décembre 1875. Le navire qui les amenait rapporta également les effets de Munzinger (A.A., Reg. 34, Arr. Abd., pièce 572, Nachât bey à Khairi pacha, 12 décembre 1875).

6) AA, Reg. sans numéro, Dép. Maïa Sanieh, p. 39, le mihradar à Mohamed Aly bey, 6 décembre 1875,

® Le docteur Mohamed effendi Sélim, de passage à Massawa, fut adjoint au médecin-chef de l'hôpital .de cette ville (A.A., Reg. 2906, Dép. Gouvernorat de Massawa, pièce 19, p. 12, Nachât hey au président du Conseil de Santé, 19 décembre 1875).

en chef, Ses eflorts, conjugués à ceux de Mohamed Fawzi eflendi, ne tardèrent pas À améliorer notablement l'état de choses existant + l'entretien de l'hôpital militaire ne laissa bientôt plus rien à désirer D,

Les troupes continuèrent à arriver dans la seconde quinzaine de décmbre ® : 6 compagnies d'infanterie le 19 décembre 6), 3 compagnies du génie le 21%, un troisième escadron de cavalerie le 24, un bataillon d'infanterie le 29 décembre (f, à bataillons d'infanterie le 30 (. Une batterie d'artillerie arriva le 30 décembre ; une autre le » janvier 1876; “tune batterie de canons de montagne le 15 janvier. Le Kosséiret le Minieh amenèrent encore des troupes d'infanterie le 7 et le 12 janvier, tandis que sur le Mahroussa arrivèrent le 12 janvier les 14 compagnies destinées à vompléter le 2° régiment de la 1"° brigade, Le 16 janvier 1876, l'effectif du corps expéditionnaire s'élevait à 4 régiments d'infanterie, forts chacun de 3 bataillons à 910 hommes ; 5 compagnies du génie et de sapeurs, soit 480 hommes ; 3 batteries de canons de montagne, chacune de six pièces ; 2 batteries d'artillerie de campagne ; 3 escadrons de cavalerie,

(3 Cf. Journal de Ragab Saddik, 4, 9, 13 janvier 1876.

® Pour accélérer les transports, le vice-roi chercha à affréter quelques navires étrangers. Le capitaine d’un vapeur de 993 tonnes qui se trouvait à Suez, demanda qu'on lui paie 1600 livres au comptant ; il commencerait le chargement le 29 décembre 1875 et quitterait Suez le 5 janvier 1876 ; la durée du déchargement à Massawa ne devrait pas dépasser 4 jours ; une indemnité de 80 livres lui serait payée par jour de retard à Massawa ou à Suez ; l’aflaire ne fut pas conclue (AA, Keg. 35. Arr, Abd, pièces 206, a 14, Ismaïl bey à Suez à Khairi pacha, a7 décembre 1895), Des pourparlers curent ensuite lieu pour affréter un vapeur de la compagnie Worms (A.A,, Reg, 35, Arr, Abd., pièce 297, Ismaïl bey à Khairi pacha, a janvier 1876),

6) Elles appartenaient au 2° bataillon du a° régiment de la a° brigade, binbachi Hassan Efflatoun eflendi, qui arriva à Massawa avec le kaïmakam Hassan Mazhar bey,

Une compagnie du génie et uno compagnie de sapeurs étaient déjà arrivées à Massawa,

“Ce bataillon était commandé par le binbachi Aly Fahim effendi.

Des bataillons étaient commandés par les binbachis ps effendi Abd dl et Mohamed Amin effendi,

832 IHISTOIRE DU RÈGNE DU KHÉDIVE ISMAIL,

chacun de 176 chevaux (1, Ces troupes étaient organisées et commandées comme 1l suit :

Infanterie :

1"brigade : SE. Osman Rifki pacha, commandant, . Osman Ghaleb bey (), miralaï du 1°" régiment. Khourchid Akef bey, miralaï du 2° régiment (9, 2° brigade : S.E. Rached Rakeb pacha, commandant. Mohamed Gabr bey (, miralaï du 1°* régiment.

Osman Naguib bey, miralaï du 2° régiment.

Avullerse ® :

Ismaïl Sabri cflendi, binbachi des 1°° et 2° batteries, Ahmed Saïd effendi, binbachi commandant la 3° batterie.

Cavalerie :

Rached Hamdi eflendi, hbinbachi du 1°" escadron. Moustapha eflendi, binbachi du 9° escadron.

Mohamed Chaker effendi, binbachi du 3° escadron.

Train des équipages :

Ahmed Orabi bey (%, maamour de 1° expédition.

Intendance :

Mohamed Chaker bey, intendant militaire.

Service de santé :

Hassan Hosni bey, directeur de. l'hôpital militaire. Mohamed Aly bey, inspecteur du service de santé.

@} Journal de Ragab Saddik, 16 janvier 1876. I! y avait en outre à Massawa un bataillon de la maamourich ét plusieurs compagnies séparées, formant un total de 1200 hommes,

(Arrivé à Massawa le 11 décembre 1875 avec Rateb pacha.

6) Ce régiment était entièrement composé de noirs.

#) Arrivé à Massawa Le 11 décembro 1875 avec Rateb pacha.

6) Une batterie de canons Krupp de campagne fut envoyée à Massawa par la suite et envoyée à Goura dans le courant de février 1876.

) Le futur Arabi pacha ; il arriva le 20 décembre 185.4 Massawa,

Le service de la Trésorerie fut confié au lewa Soliman Niazi pacha, qui

arriva à Massawa à la fin de décembre 1895, accompagné de plusieurs moawens, Parmi ceux-ci se trouvait le kaïmakam Mohamed Ismaïl bey, qui fut préposé-à l’achat des animaux de boucherie, Le kaïmakam de ravalerie Mohamed Ghaker bey s’oceupa du transport de l'orge et de la paille avant d'aller remplacer Moustapha bey Kholoussi à l’Intendance (1, Le a9 décembre; arrivèrent quatre officiers parlant l'abyssin etle 1 6 janvier plusieurs officiers spécialisés dans la transmission des signaux optiques, accompagnés de leur matériel. Enfin 14 imams furent attachés à l’expédition ; l’un d’eux fut affecté à l'hôpital, un second au quartier général ; les wutres furent répartis entre les divers bataillons ).

Vers la mi-décembre parvint à Massawa la nouvelle que S.A. is pucha, fils du Khédive, allait rejoindre l’armée. Le prince, qui était lieutenant de hussards dans l’armée allemande, dut au préalable obtenir l'autorisation de l'empereur d'Allemagne pour servir dans les troupes “ypliennes. Le vice-roi précisa que son fils aurait le grade de miralaï et ferait partie de l'état-major placé sous la direction du général Loring ( ; il demanda à Rateb pacha de l'emmener partout avec lui dans les batailles auxquelles 1! assisterait ®), « Le 25 décembre, rapporte le consul général de France, le Khédive, les princes de la famille, les hauts fonctionnaires accompagnèrent Hassan pacha au Caire jusqu’à la gare du chemin de fer, En mettant lui-même son fils en wagon et en donnant le signal du départ le Khédive était vivement ému : « Allez, mon fils, allez, lui a-t-il dit, que + Dieu vous guide,» Le prince Hassan a accueilli les dernières paroles de

®} Journal de Ragab Saddik, g et 15 janvier 1876.

3% On se rendra compte de l'effort considérable qu’imposa à l'Égypte l’organisalion de ce corps expéditionnaire, quand on saura que son effeclif s'élevait le 19 janvier 1876 à 14,700 hommes, chameliers, saïs et domestiques compris, qu’on avait emmagasiné à Massawa des vivres pour nourrir les troupes et les animaux pendant neuf mois, transporté une quantité de munitions assez grande pour remeitre ‘00 cartouches à chaque soldat, et 65 kantars de poudre pour les compagnies du {énie (Journal de Ragab Saddik, 19 janvier 1876),

M AA,, Reg. 25, Dép. Abd., pièce 607, 0. $. à Rateh pacha, 13 décembre

“ A.A., Reg, sans nee pièce 6, p. 78, on 2e à Rateb pacha, 35 décembre 1495, :

Îüt, du règne du Khéd. Eamail, LH, 53

son père en baisant ses mains à plusieurs reprises (,» Le HMahroussa trans. porta le prince à Massawa où il arriva le 30 décembre. Sa suite comprenait Je miralaï Youssef Chohdi bey, aide de camp, Édouard Zobrab, écuyer, et le docteur Badr effendi. Le prince fut reçu à Massawa avec les honneurs dûs à son rang ; les vapeurs Gharbieh, Yanbo et Messir, pavoisèrent ainsi que le Mehalla, monté par Fedrigo pacha, qui rentrait de la côte des Somalis % ; les équipages furent mis à la bande et 9 1 coups de canon tirés par le fort de Massawa 6} et par le vapeur Gharbieh. Rateb pacha et Loring paeha montèrent à bord du Mahroussa pour saluer le prince. À son débarquement, les honneurs Jui furent rendus par un bataillon d'infanterie, Hassan pacha se rendit d’abord'au palais du gouvernement où il reçut l’émir Mohamed, prince des fles Comores lf}, le consul de France, les notables de la ville \nsi que les officiers généraux et supérieurs #5), Puis il alla visiter l'hôpital, où Rateb pacha l’accompagna. Le 1°° janvier, le prince, accompagné du sirdar et des lewas, inspecta les troupes établies À Hotumlo et à Mkoullo (), Huit agents de la sûreté, envoyés du Caire,

s’installèrent à sa suite à Massawa ,

O1 AE, Égypte56,Pellissierau Ministre des Affaires étrangères, 3 : décembre: 875.

@} Le Mehalla arriva à Massawa le 28 décembre (Journal de Ragab Saddik).

(3 Ce fort était armé de +4 canons ; deux du calibre de 1%, huït du calibre 5, quatre canons légers de montagne, et était desservi par une vingtaine d’artilleurs commandés par un youzbachi, À Mkoullo, il y avait 8 canons dont un seul, de pelit calibre, était employé ; les deux autres étaient d’un modèle ancien ; six artilleurs y étaient établis en permanence, À Arkiko, il y avait 4 canons de montagne, muis d’un modèle lourd (Journal de Ragab Saddik, 26 décembre 1875),

() CE. supra, p. 663,

( A.A,, Reg. 35, Arr. Abd,, pièce 288, Nachât bey à Khaïri pacha, 30 décembre 1875. Cf, également Journal de Ragab Saddik, 80 décembre 1875.

#) Journal de Ragab Saddik, 1° janvier 1876. L'auteur ajoute : « Au cours de cette inspection, les troupes qui se trouvaient rangées devant leurs tentes criaient à haute voix : 4 Longue vie à notre Souverain,» À la fin de la visite, le sirdar fl appeler tous les officiers : il leur transmit le salut de $, A. le Khédive et leur annonça la nouvelle de l’arrivée de S,A, Hassan pacha. Les ofliciers acclamèrent S.A. le Khédive et lui souhaïtèrent longue vie. À leur tour, ces officiers firent part de ce qui précède aux soldats sous leurs ordres, »

(1 À.A., Rep. 86, Arr, Abd., pièce 53, Nachât bey à Khairi pacha, 3 janvier 1876: Reg, a7, Dép. Abd, pièce 25, Khairi pacha à Nachât bey, 4 janvier 1876. . ,

Le Khédive ne manifesta pas seulement son intérêt à l’armée en envoyant «on fils partager ses périls, 11 pourvut au confort des troupes, Des flanelles vt des bas de laine furent distribuées aux soldats pour les protéger contre les rigueurs du froid sur les hauts plataux abyssins W), À trois reprises, les +, 10 et 21 janvier, des navires arrivèrent à Massawa avec une quantité de légumes frais et de fruits envoyés par le vice-roi à ses troupes ©), Le buzar de fa ville était médiocrement approvisionné ; on n'y trouvait qu'un seul magasin, où les articles étaient peu nombreux et mis en vente à des prix doubles de ceux du Caire 8}, Les commerçants se plaignaient d'aileurs de ce qu’on refusât à Suez de recevoir leurs marchandises à bord des navires en partance pour Massawa (M, Beaucoup de gens de la banlieue, pris de crainte, étaient venus se réfugier dans la ville, et la vie matérielle y était devenue fort chère, malgré les efforts du gouvernement pour entraver la hausse des prix. Le pays ne produisait aucune céréale, alors que les besoins de l’armée en grains étaient très considérables. Par contre, il abondait en viande de boucherie ; on acheta pour le ravitillement de l'armée un très grand nombre de bœufs qui furent commis à la garde de houviers engagés au mois 5), Les habitants tirèrent également grand-profit de la vente qu'ils firent aux soldats de lait, de miel, de fromage et autres denrées comestibles , Aucun incident ne troubla l’harmonie entre la troupe et la population (),

Pendant leur séjour dans les camps de Hotumlo, de Mkoullo et d'Arkiko, les troupes furent soumises à un entraînement militaire régulier ; on les exerça au service en campagne ; elles firent des patrouilles et des reconnuissances ; elles furent également exercées au tir sur des cibles placées à 200: mètres et à {oo mètres, Ges exercices accupaient environ deux heures par jour ; ils se répétaient parfois l'après-midi. Un tiers des troupes

(1 Journal de Ragab Saddik, 14 janvier 1876.

(Journal de Ragab Saddik, a, 10, 91 janvier 1876.

M AA, Reg. 35, Arr. Abd., pièce 170, Nachât bey à Khaïri pacha, a4 décembre

AA, Reg. 36, Arr. Abd., pièce 78, Nachât bey à Khairi pacha, 4 janvier 1876, #} Journal de Ragab Saddik, 19 janvier 1896,

“ Journal de Ragab Saddik, 19 janvier 1876.

% Journal de Ragab Saddik, 21 janvier 1876.

était d’ailleurs constamment employé au service de garde, si bien que l’année était entourée de factionnaires très rapprochés les uns desautrestt}, À Mkoullo, Rached Rakeb pacha fit exécuter un vaste retranchement avec des paniers remplis de sable où de terre, Le vendredi 7 janvier 1876, les troupes passèrent la journée à laver leurs vêtements et à astiquer leurs armes, en vue de la fête du Courban Beïram qui tombait le lendemain, Neuf coups de canon furent tirés en signe de réjouissance le vendredi après-midi, ainsi que le samedi. L'armée envoya à cette occasion ses vœux au Khédive #. Le 9 janvier fu£ encore un jour de repos pour les troupes. Entre le quartier général et les camps de Hotumlo, Mkoulla et Avkiko, les nouvelles passèrent très vite lorsque les équipes de signaux, débarquées à Massawa le 16 janvier, eurent installé leurs appareils optiques (). |

Des mesures disciphnaires durent être prises à l'égard de trois youzhachis. L'un d’eux, Mohamed Mahmoud'effendi, s’était pris de querelle avec un -binbachi ; un autre, nommé Osman Chawkat eflendi, fit vendre du sucre au camp par l'entremise des soldats ; le troisième, Hawash Mountasser eflendi, fut accusé de s’adonner aux stupéfiants. Le sirdar décida de renvoyer ces trois officiers au Caire, pour que leur disgrâce servit de leçon aux autres officiers ),

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