‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 24 sur 176 · ORGANISATION DE L'ÉTAT-MAJOR · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE L'ÉTAT-MAJOR

rousidérer son chef d'état-major comme un conseiller pur et simple, dont les pouvoirs ne devaient en rien empiéter sur les coutumes, les privilèges et les traditions légués à l'Égypte principalement par les Turcs (}, Loring avait naturellement d'autres vues ; il voulait organiser un véritable étatmajor, sans toutefois heurter d’une manière trop abrupte les errements des ofliciers égyptiens. L'armée une fois débarquée, il revint à la charge auprès du commandant en chef; il lui montra que l'état-major pouvait l'aider dans l’organisation de l’armée et la conduite des opérations. lateb, désireux de maintenir l’harmonie, céda partiellement à ses sollicilations, et l’on aboutit à l’organisation suivante : le colonel Dye fut chef de la 1°° section, avec lemajor Lamson comme assistant ; le colonel Field fut inspecteur général, avec le lieutenant-colonel von Mückeln comme second, poste dans lequel le remplaça le capitaine comte Sormani, arrivé quelques jours plus tard ; Môckeln prit alors temporairement le servico des renseignements. Le lieutenant-colonel Graves, qui provenait de la Marine des États-Unis, dirigea la base navale. Le lieutenant-colonel Derrick fut nommé chef de l'arme du génie, avec, sous ses ordres, les majors Dennison et Durholz, le capitaine lrgens et deux lieutenants égyptiens. Le major Loshe fut l’intendant et le commissaire de l'étatmajor et le major Wilson son chirurgien ; leurs fonctions à tous deux ne s'élendaient pas au delà de l'état-major, car Rateb pacha n'avait que des notions très sommaires sur le département de l'Intendance et, pour lui, la lroupe — que ce fût un bataillon, une compagnie ou un simple détachement — devait porter, quand c'était possible, tout son approvision- : nement avec elle, chaque unité constituant un petit magasin et un dépôt. Aly béy, qui avait été nommé chef de l'artillerie, montra une telle insuffsance qu'il dut être remplacé par le major Sabri eflendi ; on le chargen lors de construire la ligne télégraphique. « Gest tont ce que nous pümes vbtenir en fait d'organisation, ajoute Dye. Le système fonctionna mal, Le lieutenant-colonel Derrick avait-il besoin d'outils pour l’armée, il en remettait une liste au chef d'état-major ; ce dernier avait beaucoup de diflicultés et employait des journées à obtenir du commandant en chef l'autorisation de télégraphier. Les Égyptiens, soupçonneux, croyaient à

(CF, Dys, op. dit., p. 171.

l'existence d’un chiffre secret entre les généraux Loring et Stone. Rateh envoyait la dépêche dans son langage confus, qu'il fallait ensuite corriger par des télégrammes répétés, d’où des délais 1,1 La diversité des langues employées eréait également un obstacle à la prompte expédition des affaives®) ; on ne parlait pas moins de quatre langues dans l’armée : le turc, l'arabe, l'anglais et le français. Rateb pacha, qui possédait très bien le français ), ne comprenait pas l'anglais, alors que Loring ne parlait que très peu le français. L'état-major du sirdar d’un côté, l'état-major européen de l’autre avaient tendance à travailler chacun à part et constituaient en réalité deux organismes juxtaposés (), au lieu d’être fondus en un seul (fl, La présence à l’armée du prince Hassan accrut encore les difficultés (6),

Le Khédive prescrivit d'établir une stricte censure sur toutes les correspondances. Toutes les lettres devaient être envoyées ouvertes au quartier général de l’armée, qui les acheminait ensuite au Ministère de la Guerre chargé de leur distribution ; il fut interdit à la poste de Massawa d'accepter

aucune correspondance particulière (7, La: mesure provoqua un vif mécontentement parmi les officiers européens qui se crurent l’objet de la méfiance et du soupçon. Sur instructions venues du Caire, il fut décidé que ces derniers enverraient directement leurs lettres ouvertes au chef d’étatmajor, le général Stone, qui se chargeraït de les faire parvenir à destinationt!,

(1 CT. Dve, op. cit, p. 169 à 175. |

@) Journal de Ragab Saddik, 18 janvier 1876. |

8) TT avait été envoyé par Mohamed Saïd pacha à Paris pour s’instruire, , |

% Journal de Ragab Saddik, 17 janvier 1876.

& Cf, sur ce point De Suzana, op, cit, p, 644, | |

® Cf, sur ce point Dve, p. 186, 187. « Rateb pacha, écrit-il, se regarda comme personnellement responsable de la sûreté du prince, Si bien qu'il devint très vite apparent que Son Altesse jouerait le rôle d’un prince du sang et non pas, comme Loring s’en était flatté, le rôle d'un soldat.»

4) Journal do Ragab Saddik, 19 janvier 1876.

® Dve, op. cit, p. 190, 191 ; Lomme, op. cit, p. 341. La censuro fut également appliquée aux correspondances commerciales (A.A., Reg. 148, Dép. Maïa Santeh, pièce 137, p. 39, le mihradar au sirdar, 13 janvier 1876). Sux la demande de Soliman Niazi pacha, la censure fut levée le 31 août 1876 (A.A., Reg, 41, Arr, Abd, pièces 300, 351, 4a5, Niazi pacha à Khairi pacha, 13,21, 28 août 1876; Reg. 31, Dép, Abd., pièces 49, 125, Khairi pacha à Niazi pacha, 19, 31 août 1876).

Page 1