‹ Histoire du règne du Khédive IsmaïlChapitre 26 sur 176 · RENSEIGNEMENTS SUR LE PAYS · texte numérisé non relu

RENSEIGNEMENTS SUR LE PAYS

Un des premiers devoirs qui s’imposaient à l’état-major était d'étudier les routes que l’armée pourrait emprunter pour gagner le plateau abyssin. Lus prêtres lazaristes, qui connaissaient parfaitement le pays s’empressérent de fournir à ce sujet toutes les indications désirables (9), La route

un CE IIT, 2° partie, passim.

1 L'année 1287 s'étend d'avril 1870 à mars 1874.

AA. Reg. 36, Arr. Abd., pièce 853, Nachât bey à Khairi pacha, 21 janvier 1876,

W AA, Rog, a7, Dép. Abd., pièces 208, 209, Khairi pacha à Nachât bey, au gouverneur de Souakin, 23 janvier 1876.

% Les lettres incriminées devaient être traduites par les soins do l'état-major delatch pacha, mais leur contenu ne fut jamais transmis au Caire (A.A., Reg. 31, Dép. dbd., pièce 420, Khairi pacha à Rateh pacha, a novembre 1896; Reg. 43, der. Abd., pièce 147, Ratcb pacha à Khairi pacha, 5 novembre 1876).

“ Iexiste dans les Archives d'Abdine deux questionnaires rédigés en français, l'un du 14 décembre, l’autre du 23 décembre 1875, qui enregistrent, semble-t-il, leurs déclarations,

de Ghinda et Asmara, suivie par Arendrup, fut écartée en raison des diflieultés qu'elle présentait, Des trois autres routes donnant accès au plateau abyssin à travers la province d’Okulé-Kouzaye, l’une passait par Sénafé, l'autre par Taranta, la troisième par Kayakhor ; l’état-major choisit la dernière en raison des facilités qu’elle offrait pour les transports. Pour se rendre de Massawa à Kayakhor, deux routes, d’ailleurs, étaient possibles : celle de l’Aligudi et celle de Demès, qui se rejoignent à Adiraso ; bien que les chameliers préférassent la première, c’est la seconde qui fut choisie, car elle parut plus accessible à la cavalerie et à l'infanterie ; elle était aussi plus courte et présentait des points d’eau plus rapprochés 1). Le choix de l’état-major corroborait les conclusions auxquelles le général Stone avait abouti au Caire.

Des renseignements furent également fournis à l'état-major sur le roi Jean et la manière de combattre des Abyssins. L’armée abyssinienne marche sans ordre ; elle ne comprend ni avant-garde, ni arrière-garde, ni «ile droite, ni aile gauche. Fantassins et cavaliers marchent confondus. Les soldats portent avec eux toutes leurs munitions. Il n y a pas de service d’intendance ; l’armée pille les villages où elle passe pour se nourrir. Le roi vise avant tout à éviter la bataille rangée ; il ne combat pas en plaine; il cherche à surprendre les détachements isolés, les retardataires, les convois et les avant-postes, et se dérobe devant le gros de l’armée pour pas ensuite devant les corps séparés et les harceler. Sa tactique vise à attirer les troupes dans les défilés et les endroits difficiles. Intelligent, rusé et habitué à la guerre, il en connaît tous les artifices. Il sait simuler une fausse attaque, faire semblant de fuir pour entraîner les soldats à sa poursuite dans les fourrés, les buissons, les rochers, où les Abyasins grimpent avec une agilité extraordinaire, et se cachent pour tirer à bout portant sur l'ennemi. Il n ‘ignore pas que les Égyptiens ont des armes à jongue portée et que leurs soldats sont disciplinés, aussi cherchera-t-il À paralyser ces avantages par sa a LEE la lutte corps à corps, l'élan et le nombre l),

Les relations de l'état-major avec les prêtres catholiques n "étaient pas

3 .A.A,, Deuxième questionnaire, 28 décembre 1875. ® A.A., Premier questionnaire, 14 décembre 1876.

sues d'un bon œil par les Égyptiens. « Bien que les prêtres français nous montrent de la sympathie, mandait le Khédive à Rateb pacha, et qu'ils soient en correspondance avec nous, on ne doit pas avoir une grande confiance en eux, ni compter sur leur amitié. Soyez gentils avec eux, trailez-les bien, mais méfiez-vous d'eux (l,» Le sirdar ne manqua pas d'attirer l'attention du général Loring sur ce point ), [l préférait, pour « part, se fier au naïb Mohamed qui, écrit Ragab Saddik, « recrute des interprètes, fait fonction de drogman quand on procède à l’interrogatoire des espions et autres, indique les routes et les passages que traverscra l'armée el reconnaît, à leur aspect, les chrétiens des musulmans. C’est un guide de confiance pour le commandement général. I! lit et écrit par- Fr la langue arabe. Âgé de 5o ans environ, il semble être un homme sincère et de bonne conduite »},

Bien qu'à la suite de sa victoire sur Arendrup, le roi Jean eût renoncé à marcher sur Massawa, il se préparait fiévreusement à la guerre. Il déclara à ses ras que le combat récemment livré à Gundet était sans importance à côlé de celui qui se préparait. Un grand nombre de troupes égyptiennes allaient arriver du Caire et le prochain combat serait acharné. Il les encouragea à déployer tous leurs efforts en vue de cette lutte et leur dit qu'il combattait, non pas pour sa satisfaction, mais pour défendre leur pays et leur religion (), Il interdit aux habitants de pleurer leurs morts, afin de ne pas affaiblir leur moral, et leur ordonna de s’employer à rentrer le reste de la récolte ©, Les fusils qu'il avait saisis aux Égyptiens avaient

(AA, Reg. 27, Dép. Abd., pièce 169, O.S. à Raleb pacha, 17 janvier 1876.

“A. je Reg. 36, Arr, Abd., pièce 296, Rateb pacha à Khairi pacha, 17 janvicr

% Journal de Ragab Saddik, 13} janvier 1876.

AA, Reg, 34, Arr. Abd., pièce ha a, Aladdin bey à Khaïri pacha, 4 décombre

5 AA, Rep. 34, Arr. Abd., pièce 473, Nacht bey à Khairi pacha, 6 décembre 1875,

élé placés en lieu sûr, et l’on s’elforçait de faire des cartouches à leur usage M. Parlout l’ordre était donné de fabriquer de la poudre ct des balles. Parmi les prisonniers faits à Gundet, le roi Jean avait gardé les noirs ; il les avait incorporés dans sa compagnie de tirailleurs commandée par Choulga Aloula et les traitait bien dans l'espoir de se les attacher. Appuyé sur le clergé, il s’efforçait de susciter la ferveur religieuse des Abyssins, en faisant dire partout que les Égyptiens venaient s'attaquer à leurs croyances ), : |

Aussi Rateb pacha jugea-t-1l nécessaire, peu de jours après son arrivée à Massawa, de foire connaître ses intentions aux Abyssins ®. Le 15 décembre, il adressa aux ulémas, aux émirs et aux notables d’Abyssinie la proclamation suivante :

& Par ordre de notre bienfaiteur le grand Khédive, nous pénétrerons sous peu dans votre pays. Nous n'avons pas pour but de le conquérir, de discuter ses droits ou de nous opposer aux lois qui y sont établies, mais

O1 AA, Reg. 34, Arr. Abd., pièce 540, Nacht bey à Khairi pacha, 10 décembre 1879. d |

& A.A,, Premier questionnaire, 14 décembre 1876. Lorsque le naïb Mohamed Abd el-Rahim revint de captivité, il rapporta que la présence d'un grand nombre d'hommes auprès du roi Jean était due à l'initiative de l’évêque d’Abyssinie qui avait préché la croisade. Il excitait les habitants à la lutte et les excommuniait au cas où ils se refuseraient à y prendre part, Il leur disait même que leurs femmes, leurs enfants, leurs maisons, nourriture et boisson ne leur appartiendraient plus s'ils ne prenaient pas part à la lutte, L'évêque envoya des proclamations dans toutes les contrées du pays et dans tous les marchés, disant que les Turcs étaient venus chez eux dans le seul but de leur faire abandonner leur religion (A.A., Reg. 39, Arr. Abd, pièce 49e, le sirdar à Khairi pacha, 9 mai 1876). |

6) Le colonel Dye rapporte que Ahmed Nacht bey voulut dovancer le sirdar dans cette voie, Noveu du Ministre des Finances Saddik paclia, écrit-il, Nachât bey était un jeune homme de 2 a ans environ, fort bien élevé et parlant parfaitement le français, mais fort présomplueux comme il sied à la jeunesse. Il rédigea une proclamation, contraire aux vœux du Khédive, dans laquelle, loin de répudier tout désir d’accroissement territorial aux dépens de l'Abyssinie, il parlait de subjuguer ce pays. Arrêté dans sa tentative, 1 revint à la charge auprès de Loring, et essaya de lui faire signer une lettre destinée à un Abyssin influent, dans laquelle il promettait à ce peuple argent, protection, liberté et suggérait de remplacer le roi d'Abyssinie par le gouvernement égyptien (ef. Dye, op, cit., p. 198 ct 200),

RAPPORTS AVEG LES ABYSSINS. 843 ne ————————————————"“û" —————————

d'obliger le roi Johannès à demeurer dans ses régions; à du les frontières de l'Égypte et des autres pays qui l’avoisinent, à s'engager à avenir non seulement à maintenir la paix, mais à renoncer au pillage des liens des Égyptiens et autres et au meurtre des hommes, des femmes et des enfants innocents, à autoriser les habitants à s'adonner au commerce avec Les Égyptiens et à protéger leurs biens.

+ Nous portons à la connaissance des chefs des provinces que cette puerre est dirigée contre L'oppresseur qui a occasionné toutes ces difficultés et qui tyrannise le genre humain. Nous sommes disposés à conclure des traités d'amitié et de bonne entente avec eux. Avec l’aide de Dieu, je m'engage, moi et mon armée que je commande par ordre de notre bienfaiteur le grand Khédive, à vous accorder toute protection contre leunemi et le rebelle sauvage qui a châtré ses prisonniers de juvrre,

« Je vous annonce, à Émirs, que tous les habitants, hommes, femmes et enfants, seront assurés de notre protection et que tout ce dont nos soldats auront besoin leur sera payé un bon prix.

+ Sachez enfin, à Emirs, que nous vivons actuellement dans une ère le progrès et de civilisation, et que j'ai ordre de mon bienfaiteur le grand Khédive de respecter les temples, les églises, les autels et tous autres radroits affectés au culte, à quelque religion qu'ils appartiennent, sans qu'il y ait de différence entre eux (},»

Ainsi, dans cette proclamation, Rateb pacha annonçait aux Abyssins qu'il ne venait nullement leur faire la guerre, mais seulement châtier leur souverain, Îl invitait les ras et les gouverneurs de province à se débarrasser de leur suzerain et à négocier séparément des traités d'amitié avec l'Égypte, qui les conviait à reprendre l'existence politique indépendante dont ils jouissaient avant que Théodoros n’eût unifié l’Abyssinie. L’arjument était habile lorsqu'on songe aux profondes rivalités qui divisaient les grands feudataires de l’empire, dressés les uns contre les autres par l'orgueil et l'ambition, et la proclamation de Rateb pacha aurait pout- Mre atteint son but si elle avait &t6 comprise des habitants, mais sa traduction en langue amharique était, paraît-il, si fautive qu’au dire du

"1 CF, Journal de Ragab Saddik,

général Loring même les personnes les plus instruites du pays ne iront en saisir Le sens (1),

À son arrivée à Massawa, Rateb pacha avait trouvé un certain cheikh Aly, de la région de Gondar, qui avait naguère servi d’intermédiaire entre Arakel et le chef abyssin Wagchoum Kabdi. Envoyé par l'imam Ahmed, gouverneur du Yedjou, auprès des autorités égyptiennes, le cheikh dé. clara à Rateb que son maitre était las au plus haut point de l'autorité du roi Jean et qu'il désirait s’allier aux Égyptiens pour s'affranchir. En cours de roule, il s'était également entretenu avec les gouverneurs de Sokota ® et de Gondar l}, et il avait compris de leur conversation qu'ils désiraient eux aussi s allier aux Égyptiens ; la prudence, toutefois, n'avait pas permis à ces derniers de lui confier des lettres. Rateb pacha répondit à ces ouvertures ; i! assura au cheikh que si ces gouverneurs tenaient leur parole et aidaient les Égyptiens, ils seraient délivrés du joug du roi Jean et recevraient des gratifications (), et, comme le cheikh Aly devait retourner au Yedjou, il Lui confia pour chacun des trois gouverneurs fa lettre suivante :

«Je vous envoie, Ô Émir, mes meilleures et chaleureuses salutations,

Apprenez que le roi Jean, qui a l'habitude de traiter ses sujets avec tyran-

nie et despotisme et de leur infliger toutes sortes de souffrances, a voulu pénétrer dans les frontières égyptiennes limitrophes des siennes, et s'esl mis à piller les habitants des frontières en répandant l'effroi et la crainte. Quand S.A. le Khédive, notre grand bienfaiteur, a appris cela, il a envoyé un détachement de soldats pour garder les frontières et ramener la sécurité parmi les habitants, tant pour leur vie que pour leurs biens. Sur ce, le roi Jean, ne tenant plus compte des droits de voisinage, a concentré un grand nombre de ses armées, ouvert la voie à la guerre et attaqué. Vu cet état de choses, notre grand bienfaiteur a été obligé d'envoyer une

0) Gf. Lomne, op, cit, p, 385.

. ® Ville située dans la province de Wag. Le gouverneur de nd n’est donc autre que Wagchoum Kabdi.

&) Le ras Woronya.

M} AA, Rog. 84, Arr, Abd,, pièce 596, le sirdar à Khairi pacha, 14 Hope

imée formidable, placée sous notre commandement, pour punir ce tyran A se venger de lui, Il nous a ordonné de ne pas nous éloigner de nos frontières et de ne pas occuper l'Abyssinie ni une partie de ce pays. Notre mission se limite. à donner une leçon au roi pour [le punir de] toutes ws attaques, et cela uniquement dans Je but de rétablir la paix parmi ls habitants de nos frontières. .…, d’écarter toute agression du dit tyran «t de rétablir le commerce entre les Abyssins et les Égyptiens. .… Nous avons appris qu'après vous être rendu compte des actes de ce tyran, vous désirez vous rallier à nous et nous prêter votre concours pour accomplir notre mission. Nous avons soumis votre désir à Son Altesse notre grand bienfaiteur qui s’en est réjoui et a témoigné sa satisfaction. Il vous promet hberlé entière et vous demande d’être tranquille en ce qui concerne le sort de votre royaume. D'autre part, il vous accordera des récompenses qui vous feront grandement plaisir. Ceci au cas où vous tiendrez parole “t exécuterez vos promesses. J'ai expliqué au porteur de la présente ce que j'ai à vous dire et il vous le fera savoir (f),» Rateb pacha se flattait de l'espoir que l'accord avec ces trois chefs serait conclu dans l’espace d'un mois. : .

Après le combat dè Gundet, le roi Jean, mécontent de ie Gabrou, jouverneur du Hamacène, l'avait remplacé par Walad Mikaïl @, Le nou- ‘vaut gouverneur commença tout d’abord par témoigner sa loyauté à son souverain en lui envoyant des soldats fugitifs du corps d’Arendrup qu’il ramassa sur sa route. On lui prêtait même l’intention d'attaquer Senhit, \neldin bey, qui ne disposait que de 727 soldats dont 72 artilleurs, 18 musiciens et 30 malades, demanda aussitôt à Rateb pacha de lui envoyer un bataillon. Ce renfort lui permettrait de renvoyer à Amideb 6) les deux compagnies appartenant au bataillon de cette place qui n'était défendue que par 396 hommes !), Mis au courant de la situation, le

1) A.A., Reg. 35, Arr. bi pièce 83, le sirdar à Khairi pacha, reçu le 17 décembre 1895,

3 Aussi appelé dans les documents de J’époque : Woled Donkel, Walda Mikail, Wal denkal.

® On comptait trois jours de marche de Senhit à Amideb, .

% Dont 6 artilleurs et Go mouhafñizines du Taka (A.A., Reg, 35, Arr, Abd pièce a8, Alaeddin bey à Khairi pacha, 15 décembre 1875),

sirdar refusa de distraire aucune troupe pour renforcer Senhit. 11 se retrancha d’abord derrière les instructions de la Maïa Sanieh qui lui interdisaient de disperser ses forces (}, puis il fournit une explication quelque peu surprenante de la part d’un commandant en chef. «En envoyant d'ici quelques soldats, écrivit-il au Caire, il est possible qu'ils supposent que l’armée tout entière est en mouvement et qu'ils se préparent à la guerre. Puis, lorsqu'ils verront qu’il ne s'agit pas d’un mouvement militaire, ils se livreront à des actes de pillage et de terrorisme sur les frontières, ce qui pourrait nuire à la réputation des troupes P),» On peut à tout le moins inférer de ces paroles que le sirdar n'avait pas une grande confiance dans la discipline de ses troupes. Cependant, en même temps qu'il laissait répandre le bruit d’une prochaine attaque sur Senhit, Walad Mikaïl, par l'entremise d’un certain Takdäye Har, faisait savoir à Alaeddin bey que son attitude était feinte; retenu pendant trois ans en prison par le roi Jean, disait-il, il s’était, pour se libérer, engagé vis-à-vis de lui à venir au Hamacène recruler des soldats pamni les habitants afin d'attaquer les villages et le poste de Senhit, alors qu’en réalité, il aïmait le gouvernement égyptien et était prêt à s'entendre avec lui M), Alaeddin bey n'accepta ces assurances que sous bénéfice d'inventaire et continua ses préparatifs de défense Kl. L’attitude de Walad Mikaïl ne laissait pas, en effet, d’être fort suspecte, Les nouvelles venues du Hamacène le montraient oceupé à ramasser des troupes 6); il ordonnait aux habitants d’Asmara de construire des retranchements pour défendre l'accès de l’akaba qui conduit au plateau

(AA, Reg. 35, Arr, Abd., pièce 89, le sirdar à Khaïri pacha, 19 décembra 1895,

( A.A., Reg, 85, Arr, Abd., pièce 166, le sirdar à Khairi pacha, 23 décembre

(5) AA, Reg. 35, Arr, Abd., pièce 29, Alaeddin bey à Khairi pacha, : 5 décembre 1875, |

t) Le 16 décembre, Alacddin bey demande au Gaire la permission de lever 150 bachi-bouzouks parmi les Chaïghié, les mouwallidine (métis) et les Turcs, pour achever l'exécution des travaux en cours à Senhit (A.A., Reg. 35, Arr, Abd., pièce 44, Alaeddin bey à Khaïri pacha, 36 décembre 1875),

6 À A.,Reg.35, Arr, Abd, pièee 4 6, Nachât bey à Khairi pacha, 1 7décembre: 875.

. RAPPONTS AVEC LES ABYSSINS. 847 sbyssin (0 ; il interdisait aux habitants de se rendre à Massawa sous peine de se voir confisquer tous leurs biens d'abord et couper le poing ensuite @), Son intention était de lever de force les impôts (#). I} avait avec hui 60 funlassins armés de fusils et 5oo soldats armés d’épées et de lances, et il ineitail les habitants à se joindre à Ini pour s'opposer à l'avance des Égyptiens (.

Cependant le. gouverneur du Hamacène ne pouvait se faire d'illusions : la population de cette province montrait, par son attitude, qu’elle se détachait du roi Jean. Les habitants ne voulaient ni payer l’impôt ni s'enrôler. « Si vous avez une force, disaient-ils à Walad Mikaïl, vous n'avez qu'à nous protéger. Quant à nous, nous demeurerons dans notre pays 6.» De fait, les habitants du Hamacène et de l'Okulé-Kouzaye, provinces limitrophes du territoire de Massawa, tournaient leurs yeux vers les Égyptiens ; il en était de même de ceux du Sarawé, province qu'avaient traversée les troupes d’Arendrup. Dès le 15 décembre, le cheikh d’Addi Huula faisait savoir à Massawa qu'il sollicitait l’aide du gouvernement égyptien 9. Abd el-Haï, cheikh de Debaroa, suivit son exemple (1, Le 24

M AA, Reg. 35, Arr, Abd., pièce 2938, Nachât bey à Khaïri pacha, 26 décembre 1375. Un soldat soudanais, qui avait combattu à Gundet et qui arriva à Massaiwa le 31 décembre, déclara avoir vu à Asmara 1.500 soldats abyssins occupés à construire des retranchements sur deux monticules se faisant vis-à-vis et distants de oo mètres environ (A.A., Reg. 36, Arr. Abd., pièce 2e, le sirdar à Khairi pacha,

“ janvier 1876).

GA A., Reg, 35, Arr. Abd., pièce 249, Nachât bey à Khañr pacha, 28 décembre 1875. L' Gris semble avoir émané du roi Jean, car le 4 janvier 1876 Nachât bey télégraphiait à Khaïri pacha que le roi d’Abyssinie avait défendu à ses commerçants de venir à Massawa (A.A., Rep. 36, Arr. Abd. pièce 87).

A .A., Reg. 35, Arr. Abd., pièces 227, 286, Abd el-Al bey à Khairi pacha, 17, 30 décembre 1875.

% AA, Reg, 85, Arr. Abd., pièce a3, le sirdar à Khairi pacha, 5° janvier 1870,

% AA, Reg. 36, 4rr, Ab, pièce : 20h, Abd el-AI bey à Khairi pacha, 1 1 janvier 1896,

“AA. Reg, 35, Arr, Abd., pièce 23, Nachât bey à Khairi pacha, 15 décembre 1479,

. A.A., Reg. 35, Arr. Abd., pièce a5, Nacht bey à Khairi pacha, 15 décembre 1873,

décembre, Walad Aloula el-Agfari, ex-vékil du dedjaz Gabrou, arrivait aver sa famille à Senhit pour se placer sous la protection des Égyptiens 0. Le 25 décembre parut à Massawa Bahr Nagasch ©), cheikh de la ville de Sahr, dépendant de la moudirieh du Hamacène ; il amenait avee lui des habitants appartenant à une dizaine de villages placés sous sa dépendance et déclara qu'il désirait jouir de la protection du gouvernement khédivial, Rateb pacha lui fit bon accueil, lui donna 10 tallaris, un vêtement de coton, lui recommanda de retourner dans son village, d'y rester, paistblement jusqu’à l’arrivée des soldats égyptiens au Hamacène, de faire de la propagande parmi les soldats des villages voisins et de lui envoyer de temps à autre des nouvelles d'Abyssinie 6), À tous les Abyssins qui lui demandaient quelle conduite ils devaient tenir et s’ils devaient rester soumis au roi Jean or: se révolter, le sirdar eonseilla de rester tranquilles, car une révolte prématurée ne pourrait que leur causer préjudice ; quand l’armée égyptienne arriverait sur leurs frontières, les habitants recevraienl de nouvelles instructions l‘, Le 29 décembre, arriva à Massawa Kentibaï ls Sabahtou, cheikh de Baderheb, dépendant de ja moudirieh du Hamacène, accompagné de son frère et de douze de ses proches, pour demander là protection khédiviale. Le sirdar ayant appris que ce cheikh avait tué une autre personne et pris la fuite parce que le gouvernement abyssin réelamait le prix du sang, ne l’agréa que provisoirement (%. Le même jour, se pri-

4} A.A., Reg. 35, Arr. Abd, pièce 79, Alaeddin bey à Khairi pacha; 18 décembre 1895 ; pièce 1,76, Abd el-AT bey à Khairi pacha, 24 décembre 1875. Walad Aloula expliqua que son père, pour avoir accompagné les troupes égyptiennes, avait été jeté en prison par le roi Jean ; sur sa demande, il fut envoyé à Massawa (A.A4,, Rey. 35, drr, Abd., pièce 253, le sirdar à Khairi pacha, 29 décembre 1875).

@ Dans une lettre à Khairi pacha, Rateb pacha l'appelle Bahr Nagasch Hin el-Tin Walad Walad Gabr (A.A., Carton 5a, pièce 366, 25 décembre 1876).

@) AA, Reg. 85, Arr, Abd., pièce 198, Rateb pacha à Khairi pacha, 25 décembre 1895 ; pièce aao Nachât bey à Khairi pacha, 26 décembre 1875. Nachât bey, de son côté précise que Bahr Nagasch a jadis renvoyé à Massawa un youzbachi d’artillerie et 7 soldats et qu’il est venu en aide aux traînards égyptiens.

W ÀA.A., Reg. 35, Arr. Abd. pièce 46, Nachât bey à Khairi pacha,+ 7décembre:87à,

&) Nom ou titre donné au fonctionnaire local.

1 AA, Reg. 35, Arr. Abd, pièce 258, le sirdar à Khairi pacha, 29 décembre 1895,-Nachât bey dit que Sabahton était gouverricur dé Karesti et rapporte que ee dernier, ayant été desservi auprès du roi Jean par deux individus nommés Tohmai

na au sirdar un nommé Petros Walad Tohma, de la localité de Kounso, dépendant de la province d'Okulé-Kouzaye ; il déclara que ses parents et sa fuuille, au nombre de Goo personnes réparties en neuf endroits différents, avaient résolu de se soustraire à la tyrannie du roi Jean et de se soumettre au gouvernement égyptien ; il avait lui-même aidé l'expédition Arendrup “t passé auparavant trois ans au Caire ; Rateb pacha le reçut chaleureusement {, D'autres Abyssins, comme Halka Walad Guirgnis, avaient été jrtés en prison en raison des sympathies qu ils nourrissaient pour l Égy pte

în présence de la désaffection de la population dé Hamacène et de son désh de passer sous la domination khédiviale ou d'aller s'installer à l'intérieur des frontières égyptiennes %, Walad Mikaïl prit son parti ; il écrivit à Rateb pacha pour lui dire qu’il voulait faire sa soumission au Khédive Ismaïl qu'il.considérait comme son souverain, et il ajouta qu'il “tait prêt à aider les troupes égyptiennes . Le sirdar lui RépoRen en lwrmes convenables et lui promit une récompense. au cas où ses actes «eraient conformes à ses déclarations 19. Ainsi mis en confiance, Walad

Walad Kaflai et Miraï Walad Hoguim et condamné à payer 1.000 tallaris d'amende, avait demandé protection à Arakel par l'entremise de son neveu, Après le combat de lundet, le roi Jean jeta ce neveu en prison et envoya les deux individus précités avec des exprès pour arrêter le kentibaï. Ce dernier tua Miraï et s'enfuit à Massawa avec sa famille, Walad Mikaïl pilla alors tous ses biens (A.A., Reg. 35, Arr. Abd. pièce 25a, Nachât bey à Khairi pacha, a9 décembre 1875).

1 AA, Reg. 35, Arr. Abd., pièce 259, le sirdar à Khairi pacha, 99 décembro 1475,

AA., Reg. 36, Arr. Abd., pièce 23, le sirdar à Khairi pacha, 1° janvier 1876.

# (est ainsi que le 19 janvier 1876, deux cheïkhs venant de Samahiga arrivèrent à Senhit et dirent à Abd el-Al bey qu'ils désiraient placer les habitants de cette lucalité sous la protection du gouvernement égyptien et venir s'établir à Senhit, Le kaïmakam fit observer au Caire que, si on les acceptait, la majeure partie des habitants du Hamacène solliciterait le même traitement. Khairi pacha lui preserivit alors de les rassurer et de les renvoyer chez eux (AA, Reg, 36, Arr. Abd,, pièce 341, Abd el-AÏ bey à Khairi pacha, 19 janvier 1876 ; Reg. a7, Dép. Abd., pièces 304, 205, Khairi pacha à Rateb pacha et à Abd el-AI bey, 28 janvier 1876).

® La lettre de Walad Mikaïl fut reçue à Massawa le 9 janvier 1876.

S A.A., Dossier 5/1, pièce 9, rapport journalier sur Jes événements survenus du 7 au 10 janvier 1876.

Hu, du règne du Khéd, Temaël, & HE, 54

Mikail se découvrit, Il envoya à Massawa un délégué ( qui déclara au sirdar que son maître avait rompu toutes relations avec Île roi d’Abyssinie, qu'il se considérait comme sujet du gouvernement égyptien et servirait ce dernier avec sincérité ; en retour, il désirait que le gouvernement khédivial lui garantit son poste de gouverneur du Hamacène et assurât sa domination sur son pays d’origine qui comprenait toute l'étendue de territoire comprise entre le Mareb et le Hamacène ll ; le délégué ajouta que Lout ce que son maitre avait fait jusque-là avait eu uniquement pour but de ne pas s'opposer ouvertement au roi). Il était clair que Walad Mikaïl était un ambitieux, dénué de scrupules, qui, en changeant d’allégeance, ne visait qu’à étendre son pouvoir et à assurer sa domination sur une population résalcitrante. Rateb pacha répondit à ses ouvertures en des termes qui étaient de nature à le tranquilliser, mais il resta sur la réserve : « Nous nous méfions de lui, manda-t-il au Caire, car nous avons appris qu'il est trompeur et séducteur.»

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