AVERTISSEMENT PRÉLIMINAIRE
Une circonstance , aussi douloureuse que fatale , est venue se rattacher à la publication de cet intéressant volume. Celui qui, de concert avec l'héritière de M. de Gazanyola, s'était fait un devoir sacré d'exécuter les intentions du savant écrivain , l'éditeur de cette œuvre , le Baron Guiraud de Saint- Marsal , frappé d'une maladie organique , a été rapidement enlevé du milieu de nous , le 3 août dernier, presque k la veille du jour où ce livre allait être mis en vente.
Cet ouvrage se présente donc devant les Roussillonnais, en quelque sorte comme un orphelin, privé k la fois du patronage de son auteur et de celui de son éditeur, qui , depuis long-temps, consacrait tous ses soins à cette importante publication , objet de sa plus grande sollicitude.
Heureusement, cette Histoire se recommande assez par elle-même, pour aller prendre sa place parmi les
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monuments scientifiques et littéraires , sans avoir besoin d'aucun appui. Le nom vénéré de son auteur, dont l'immense savoir est parfaitement connu , suffit pour l'accréditer auprès de nos concitoyens comme ailleurs ; et une production aussi remarquable qu'elle était impatiemment attendue, ne peut manquer d'être universellement accueiOie avec tout l'intérêt qu'elle mérite.
Ce volume , ainsi que l'annonce son titre , a été augmenté de quelques nouveaux documents historiques par le Baron Guiraud de Saint-Marsal , qui a fait précéder l'ouvrage d'une Notice sur M. Jean de Gazanyola.
Nous allons, à notre tour, dire en peu de mots ce qu'a été ce digne éditeur , qui , après avoir parcouru luimême une des plus belles carrières, a laissé dans notre pays , depuis plus de quarante ans devenu le sien , de si nobles et de si profondes empreintes.
Le Baron Raymond-Marc-Antoine Guiraud de Saint- Marsal, naquit à Limoux le 20 janvier 1780. Après avoir fait de brillantes études , d'abord au collège des Doctrinaires , dans sa ville natale , et puis à celui de Sorèze , il fut reçu, en 1798, à l'École Polytechnique d'où il sortit deux ans après, pour entrer dans celle du génie.
Dès 1802, il débuta h la campagne de Hanovre; fit successivement toutes celles de l'Empire, jusques et \ comprises celles de Fleurus et de Waterloo, en 1815, et
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4;'est sur les champs de bataille , où plusieurs fois il versa son sangs qu'il conquit à peu près tous ses grades et ses distinctions.
Lieutenant du génie en 1802, capitaine en 1805, chef de bataillon de la garde en 1811, le baron Guiraud fut nommé le 26 mars 1816 lieutenant-colonél du génie, directeur des fortifications à Perpignan , où il continua sans interruption son service actif jusqu'au jour où il prit sa retraite, après avoir été promu, en 1824, au grade de colonel dans la même arme.
Décoré de l'ordre de la Légion-d'Honneur en 1807, après le siège de Dantzick où il commandait une attaque , U reçut le titre d'Officier, en 1812, après la bataille de la Moscowa où il fut grièvement blessé k la tête.
Le 12 octobre 1814, il joignit au titre d'Officier de la Légion-d'Honneur, celui de Chevalier de Saint-Louis.
Les cours de France et d'Espagne lui donnèrent à la fois des témoignages éclatants de leur satisfaction pour la manière si habile et si honorable dont il n'avait cessé de remplir, au milieu de nous, les fonctions non moins difficiles que délicates, de directeur des fortifications. Par lettres-patentes du 29 mai 1825, le Roi de France lui conféra le titre de Baron, avec adjonction du nom de Saint-Marsal , qui était celui de la famille de sa femme ; et, le 12 mars 1829, le Roi d'Espagne le nomma Ghe-
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valier de deuxième classe de l'ordre de Saint-Ferdinand. Enfin, le 30 avril 1835, le Baron Guiraud fut élevé au grade de Commandeur de la Légion-d'IIonneur.
M. Guiraud de Saint-Marsal se retira du service en 1840. A partir de ce moment s'ouvrit devant lui une seconde carrière. La vie civile d'un officier de ce mérite, qui réunissait tant de qualités intellectuelles et morales , devait être digne de sa brillante vie militaire. Après avoir , été soldat aussi brave qu'instruit , il devait être tour-àtour magistrat éclairé et citoyen plein de zèle pour le bien de son pays.
Le 14 février 1841 , il fut nommé Maire de Perpignan. Doué de facultés éminentes, il ne tarda pas k en faire connaître et apprécier l'étendue dans l'exercice de ses nouvelles attributions. Alliant l'amour du travail a une imagination des plus vives et à la solidité du jugement, il concevait et traitait parfaitement les affaires administratives, et se consacrait tout entier aux intérêts confiés à sa sollicitude.
Les fonctions de Maire, aussi bien que celles de Président de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales , révélèrent bientôt , par les nombreux discours qu'il eut à prononcer dans une foule de circonstances diverses, tout ce qu'il y avait dans son esprit ardent de talent littéraire et oratoire.
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A peine eut-il cessé, en septembre 1846, d^étre à la léte de l'administration de la ville, qu'il fiit immédiatement porté par le suffrage unanime de ses concitoyens au Conseil Municipal, où il a siégé jusqu'à ses derniers jours. Membre de la plupart des Commissions, c'était toujours lui qui se chargeait de la rédaction des rapports; et dans ces écrits se montraient, en même temps, la dialectique de son esprit , sa merveilleuse facilité et les ressources de son intelligence. Nul ne savait exposer les faits avec plus de clarté et de logique, et discuter le fond de la question avec plus de méthode et de sagacité.
Plusieurs administrations et établissements , tels que les hospices, le collège, la ferme- école, etc., avaient simultanément utilisé , à leur profit , la haute capacité de M. Guiraud de Saint-Marsal ; les uns et les autres recevaient à la fois le tribut de son zèle et da ses lumières.
Ni la multiplicité des travaux auxquels il devait se livrer, ni Taridité des questions qu'il avait si souvent à élucider, rien ne pouvait ralentir son infatigable ardeur. Il apportait dans l'accomplissement de tous ses devoirs un courage, une persévérance et une aptitude qui décelaient en même temps en lui l'homme supérieur et le citoyen entièrement dévoué au bien public.
Une si noble et si précieuse existence s'est éteinte malheureusement trop tôt. La mort de M. Guiraud de