CHAPITRE QUATORZIÈME
passèrent cet article sous silence, se contentant de relcTcr la grandeur des services rendus, en déliyrant la Reine et le Prince enfermés dans Girone; la difficulté de l'entre^ prise, la nécessité où avaient été les Français de prendre quelques places du Roussillon qui auraient dû être remises par le roi Jean ; les embarras qu'ils avaient éprouvés à raison des dispositions hostiles des peuples à leur égard, et, enfin , les pertes qu'ils avaient faites en hommes et ien chevaux durant cette guerre. Les Ambassadeurs répondaient aisément à toutes ces récriminations, en disant que toutes ces difficultés, ces embarras, ces travaux et ces pertes, étaient la conséquence inévitable de la guerre que Louis s'était engagé à faire aux rebelles ; que les trois cent mille écus et les revenus des Comtés en étaient le prix convenu. Pour pouvoir sortir de Paris, ils durent consentir k ne pas remettre la note qui contenait leur réplique ; mais , plus libres après être sortis de la ville , ils firent devant Thomas Thaqui, ambassadeur de Naples, une protestation contre le refus qu'on avait fait de recevoir une seconde note, et contre la conduite tenue à leur égard. Arrivés à Saint-Esprit, on les fit rétrograder jusqu'à Lyon, où on les retint avec leur suite, composée de cent cinquante Gentilshommes. Cependant, cinq cent cinquante lances firançaises, avec beaucoup d'infanterie et d'artillerie, s'acheminaient vers le Roussillon. Jean, de son côté, voyant la guerre inévitable^ avait donné ordre de détruire, k Perpignan, l'église de Sainte-Marie (Notre-Dame-du-Pont) et un couvent d'Augustins, situé entre le faubourg et la porte de la ville , parce que ces deux édifices en gênaient beaucoup la défense de ce côté; il faisait, aussi, entrer des Napolitains k Ëlne, dont il ordonnait de réparer les fortifications. Le 14 juin, l'armée française se porta entre le Vernet el Perpignan , où commandaient Pierre d'Ortaffa
et le Bâtard de Cardone. La garnison italienne d'Elne, croyant n'en pouvoir défendre la ville basse, l'avait abandonnée et commençait à en démolir les maisons. Le gou-vemeur Don Bernard d'Oms, n'approuvant pas ce projet, se rendit à Perpignan , dans l'espoir d'en tirer quelques troupes pour renforcer sa garnison et la mettre en état de défendre ce quartier. On le reconnut impossible ; et il revint le soir même à Elne , profitant du moment où la communication entre les deux places était encore libre. 'a9iâ. Le 17 juin 1474^ l'armée française, ayant mis garnison à Argelès, abandonné par les Aragonais, et. occupé Maurelias et Céret, pour fermer les passages aux secours, vint camper k une lieue d'EIne , dans un endroit appelé tos Casalès de San Cypria. Elle était forte de cinq cents lances et quatre mille quatre cents francs-archers. En attendant un renfort de deux cents lances et de quelques compagnies d'infanterie, amenées par le Comte de Caudale, elle se mit à faire du dégât, brûlant les blés, coupant les arbres et les vignes. Cependant, les Ambassadeurs, toujours retenus à Lyon, y restèrent jusqu'au 10 juillet, jour où on leur permit de partir pour Montpellier, d'où ils ne purent sortir qu'après la conquête du Roussillon. Le Roi d'Aragon , pour être à même de veiller plus attentivement à la défense de cette province, s'était établi à Castello de Ampurias.
Enfin, dans les premiers jours de novembre, l'armée française, composée de neuf cents lances, dix mille francsarchers, et munie d'un train considérable d'artillerie, entreprit le siège d'EIne , dont la prise devait ôter aux Espagnols tout espoir de secourir Perpignan. La place, mal pourvue des objets nécessaires à sa défense ; manquant d'infanterie et surtout d'archers, ne pouvait tenir long-temps contre une armée aussi formidable. Les Ara-