‹ Histoire du RoussillonChapitre 141 sur 241 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

pour chef Guillaume de Carmsiîog, seigneur de Venés et lieutenant du Gouverneur, ne négligea rien pour faire échouer cette négociation. Le 4 juin 149S, de Venés écrivit k la sœur du Roi , et lui fit écrire par les Consuls de Perpignan , dévoués k la France ou intimidés par ses menaces, pour représenter k cette princesse, combien cette restitution serait nuisible au Royaume, peu agréable aux Roussillonnais, et la supplier, en conséquence, d'user de toute son influence pour en détourner le Roi. Carmaing, craignant apparemment que les Consuls , dont l'élection devait avoir lieu le 24 juin, ne fussent disposés k contrarier ses vues, employa tous les moyens possibles, même les plus violents, pour l'empêcher; et, y ayant réussi, il fit lui-même la nomination. Cependant, les boui^eois en portèrent au Roi des plaintes, appuyées par un Chevalier nommé Joubert, qui avait été Député de la Province aux États de Tours, et obtinrent la révocation des Consuls nommés par de Yenés. Les commissaires français se transportèrent de Narbonne k Perpignan , pour y protéger la liberté de la nouvelle élection , et examiner la conduite de Carmaing. Après avoir, le 6 septembre, installé les magistrats élus suivant les formes ordinaires, ils condamnèrent le lendemain de Yenés, en présence de Jean de Narbonne, gouverneur d'Elne, k une amende de cinquante marcs d'or, en punition de ses violences, et désignèrent un jour pour l'élection des autres membres du corps municipal. Ce jour arrivé, Carmaing, escorté de ses satellites, se présente dans le lieu où se fait l'élection , en chasse les Consuls nouvellement nommés , ainsi que le chevalier Joubert, et les troupes qui doivent maintenir l'ordre. Les commissaires n'étant pas les plus forts, se retirent k Narbonne , et le vainqueur installe les Consuls créés par lui. Mais, le 28 septembre, Jean d'Ax, seigneur

de la Serpent et viguier de Carcassonne, entre dans Perpignan, k la tête d'un corps de troupes, chargé de prêter main forte k un juge de Carcassonne, a qui les commissaires avaient confié l'exécution de leur arrêt. Des ordre» du Roi , adressés a tous les capitaines, leur enjoignaient, sous peine de mort, de protéger les opérations du magistrat. En conséquence , celui-ci installa , dès le 20 octobre, les yéritables Consuls. Le 4, on procéda a l'élection des autres membres du corps municipal, et Guillaume de Venés fut renvoyé par devant le Roi pour lui rendre compte de sa conduite. Les plénipotentiaires des deux nations avaient repris leurs conférences ; et conclurent , 4495. en janvier 1495, le traité définitif, qui fut juré en même temps par le Roi de France , k Tours , et par celui d^Aragon , k Rarcelone. L'article principal prononçait la restitution des deux Comtés. Cette stipulation était vue de très mauvais œil en France ; mais, quoique la remise du pays dût être faite dans quinze jours , Charles tint beaucoup k ce qu'elle eût lieu de suite, soit pour satisfaire sa conscience, soit pour s'assurer au moins la neutralité de Ferdinand durant l'expédition de Naples. Cependant, pour laisser aux esprits le temps de se calmer, l'ordre positif du Roi de France de remettre les places aux agents de Ferdinand, ne fut délivré que le 7 juillet suivant. Dans cet intervalle, l'Ëvêque d'Âlbi, commissaire de Charles et Colomna, secrétaire et commissaire de Ferdinand, se tenaient k Claira, où l'Espagnol ne cessait d'ourdir des trames avec ses partisans dans les diverses places, pour en hâter la remise. Aucune de ces manœuvres ne réussit; et même, après l'ordre donné le 7 juillet, la garnison du château de Perpignan se refusait k obéir, sous prétexte qu'elle n'était pas payée. Dans une sédition, l'Évéque d'Albi aurait couru des risques, si les

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