CHAPITRE DEUXIËUE. ât
qu'il célébra a Narbonne avec toutes les cérémonies usitées chez les Romains; les discours qu'il tint publiquement, et ses liaisons avec les principaux citoyens, firent espérer qu'il deviendrait le soutien de l'Empire. Il avait même abandonné Narbonne à Honorius pour s'établir en • Espagne; mais il fut assassiné à Barcelone en 415. Wallia, ^ISson beau-frère, obtint des Romains le pays compris entre l'Océan et Toulouse. Il fixa sa résidence dans cette ville en 419. On ignore si les Goths conservèrent quelquesuns de leurs établissements au-delà des Pyrénées ; mais la Narbonnaise fut l'objet constant de leur ambition. Aussi, dès que les circonstances leur paraissaient favorables, ils ne manquaient point de faire quelque entreprise sur cette province : c'est ainsi que deux fois, l'une en 425, l'autre en 429 ou 430, leur roi Théodoric avait poussé jusqu'à Arles et assiégé cette ville, mais toujours inutilement. L'an 456, les Visigoths assiégèrent Narbonne. La ville était réduite aux dernières extrémités, lorsque le général romain Littorius parvint à introduire dans la place un secours d'hommes et de vivres, qui fit lever le siège. La paix eut lieu en 458 , après une bataille livrée près de Toulouse, où Littorius fut battu et pris, mais qui coûta si cher aux vainqueurs, que la paix leur était aussi nécessaire qu'aux vaincus. Enfin, l'an 462, le comte Agripin, lieutenant de Sévère, céda Narbonne et les pays circonvoisins au roi Théodoric II, pour l'attacher au parti de son maître contre le comte Gillon, et c'est alors que le Roussillon fut incorporé à la monarchie des Goths.
Sous la domination romaine, ce petit pays fit toujours partie de la Gaule-Narbonnaise, gouvernée par un Pro^consul, depuis Auguste jusqu'à Gratien. Ses principaux citoyens, admis dès le temps de la République dans le Sénat de Rome, y étaient nombreux sous le irgue de
22 HISTOIRE DU ROLSSILLON.
Claude. Cet empereur leur accorda le droit d'aller, sans en demander la permission , visiter leurs domaines dans cette province, qui se trouva, sous ce rapport, assimilée 407. à ritalie et a la Sicile. En 407 , après la destruction de Trêves par les Vandales, le préfet des Gaules, qui y avait résidé jusqu'alors, vint s'établir à Arles. Le Proconsulat de la Narbonnaise disparut pour toujours ; et cette contrée, qu'une lettre du tyran Maxime, en 388, et le Concile de Turin , en 404 , nous apprennent avoir été divisée en cinq provinces, fut soumise k la préfecture des Gaules. Pétronius, l'un de ses préfets, lui incorpora quelques pays voisins, et la divisa en sept parties : la Viennoise « les Alpes Maritimes , les deux Aquitaines , la Novem-Populanie et les deux Narbonnaises. Les députés de ces sept provinces et les principaux magistrats s'assemblaient à Arles pendant un mois, tous les ans, pour y traiter des affaires publiques et régler les contributions.
La Narbonnaise était parvenue à un si haut degré de civilisation , qu'elle ressemblait bien plutôt à l'Italie qu'à une province (Pl., liv. 3, c. 3). Les arts, les sciences, les opinions de la capitale s'y communiquaient avec une grande rapidité ; il est donc probable que la religion chrétienne, qui déjà l'an 64 comptait de nombreux prosélytes à Rome, ne tarda pas a s'introduire dans cette contrée. Si l'on en croit certains auteurs, saint Paul, premier évêque de Narbonne, serait le Proconsul Sergius Paulus, converti à la foi par l'Apôtre des Gentils. Mais Grégoire de Tours , qui écrivait dans un siècle plus rapproché de l'origine du christianisme, ne place qu'au m© siècle l'érection du siège de cette ville. Quoi qu'il en soit, il parait que les sectateurs de la nouvelle religion étaient nombreux et puissants dans les Gaules lorsque Constance- Chlore, chargé du gouvernement de ce pays, en qualité