‹ Histoire du RoussillonChapitre 152 sur 241 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

n'étaient point faits, elles furent, au. moins en partie, entretenues aux dépens du pays. Lorsqu'on liquida ces fournitures, en mai 15S6, le Gouyemement se trouva devoir, à des communes ou à des particuliers , plus de 14.000 ducats, qu'on solda en bons payables sur les premiers fonds qu'accorderaient les Certes de Catalog^ne. Si les Français avaient songé k entrer en Roussillon, l'arrivée de ces Allemands les fit changer de projet. Dans le mois de novembre 1524, ils pénétrèrent en Aragon par la vallée d'Aran; mais ils furent obligés de rentrer en France, n'étant pas assez forts pour se maintenir au-delk des Pyrénées. Les habitants de la frontière étaient singulièrement inquiétés par les coureurs français. Un acte du 18 juillet 1524 nous apprend, qu'k raison de ces incursions, le village de Réglelle fut abandonné par sa population^ qui se retira à Ille. La paix conclue peu d'années après, entre François l^^ et Charles-Quint, vint mettre un terme k ce fâcheux état de choses : mais elle fut de courte durée; car nous voyons, par des actes de 1537, qu'à cette époque, on ne trouvait pas de fermiers k Millas, dont le territoire était fort exposé au pillage des habitants du pays de Feuouillet, qui, soutenus par quelques soldats français, poussaient leurs excursions jusque dans le Confient. Louis de Beaumont, capitaine-général des Comtés, ayant reçu l'ordre de châtier ces maraudeurs, assembla un corps de huit k neuf mille hommes, formé de vingt-quatre enseignes d'infanterie espagnole ou roussillonnaise, de deux cents hommes d'armes et huit pièces de canon, auxquels s'étaient joints cinquante-cinq gentilshommes k cheval du pays, deux cent cinquante hommes de milice bourgeoise de Perpignan, commandés par le troisième Consul, qui, pendant cette expédition, portait pour marque distinctive un petit chaperon écarlate. Arrivés a

Estagel, de Beaumont y établit son camp, et envoie plusieurs détachements faire du dégât dans le pays ennemi , et brûler Soumia , Saint-Paul, Paziols et Tuehan : ils ne trouvèrent de résistance nulle part. Cette expédition, commencée le 17 septembre 1537, ne dura que dix jours; et là se bornèrent les exploits d'un corps qu'on aurait pu employer d'une manière moins barbare et plus utile. Le 6 novembre suivant, on convint d'une trêve de trois mois, et d'envoyer des plénipotentiaires k Leucate pour travailler k la paix. Ils s'assemblèrent aux cabanes de Fitou ; mais il ne résulta de leurs conférences qu'une prolongation de trêve jusqu'au 15 juin 1538.

Pendant cette trêve, Charles-Quint vint k Perpignan. 4S38. Arrivé dans cette ville le 17 février 1538 , il visita plusieurs fois les travaux de fortification qu'on exécutait alors auprès de la porte de Canet et vers le Castillet ; il alla inspecter les forteresses de Salses et d'Elne , et repartit le 24 du même mois pour aller coucher k Palalda. Les Perpignanais crurent devoir faire k l'Empereur nfke réception plus solennelle qu'aux Rois ses prédécesseurs : le Clergé alla au devant de lui en procession k la porte Saint-Martin, pour le conduire k Saint-Jean; il se rendit de Ik au chftteau, où il logea. Il y eut de grandes réjouissances dans la ville pendant son séjour : la Noblesse donna , en son honneur, sur la place du Puy, des joutes auxquelles l'Empereur voulut bien assister. Si nous pouvions compter sur l'exactitude d'un manuscrit tombé par hasard dans nos mains, les bastions de Saint-François et de Saint-Martin étaient déjk construits lors de la visite de Charles-Quint; d'où l'on devrait conclure qu'on adopta, pour Perpignan , le système de fortification inventé, en 1523, par San- Mûcheli , peu d'années après qu'il l'eut appliqué pour la première fois k Vérone.

Page 1