CHAPITRE QUINZIÈME
pendant, les vivres étaient fort rares ï Perpignan : on avait conunencé , le Z septembre , à ne donner aux soldats que quatre onces de biscuit, autant de lard et du riz. On diminua bientôt cette ration ; on finit même, le 21 décembre, par ne plus faire des distributions régulières. Le pays étant complètement ruiné autour de la ville, les partis envoyés pour faire des vivres devaient aller plus loin, et les courses devenaient plus hasardeuses et moins productives. Aussi, toutes les personnes un peu aisées avaient abandonné la place, que la famine aurait obligé de se rendre, si la flotte espagnole n'avait débarqué à CoUioure, le 15 novembre, des troupes, des vivres et des munitions. Le commandant se contenta, d'abord, de communiquer avec Perpignan par Sainte-Marie , où la garnison envoyait de temps en temps de forts partis ; mais , cette communication étant très difficile, il se décida à attaquer, le 21 décembre, les Français et les Catalans postés à Argelès : il fut repoussé après trois jours de combat. La famine devint alors extrême: vers le 1^^ janvier 1642, on mangeait les cuirs, les parche- ^1642.. mins, les chardons, les mauves, les orties. Un témoin digne de foi assure avoir vu deux soldats, arracher, dans le cimetière Saint-Jacques, des herbes, et les man|[er crues avec avidité. Salses avait fourni, le 19 décembre, vingt-trois chariots de biscuit, et ne pouvait plus en livrer : les Gouverneurs de Collioure et de Perpignan concertèrent une attaque combinée sur Argelès, afin d'enlever ce poste, qui mettait obstacle au passage des vivres. L'attaque commença le 4 janvier; et, après trois jours de combats acharnés, on réussit k s'en rendre maitre , ainsi que de sa garnison , composée de huit cents Français ou Catalans : le 8 janvier, un convoi de cent sept charges de blé entra dans Perpignan. Cette ressource était bien faible , encore futelle gaspillée : les][soldats , mourant de faim , se jetaient
sur le blé k peine réduit en farine, et le mangeaient ainsi , sans attendre qu'on fit cuire du pain. Le 29 janvier, la garnison de Collioure marcha sur Perpignan, ayant toujours les ennemis sur les bras jusqu'à Saint-Nazaire. Cette suite de combats fit périr environ mille hommes, de part ou d'autre. Le 51, les deux garnisons réunies, après avoir passé une revue, partirent pour Sainte-Marie; surprirent ce poste, occupé par quelques soldats firançais ou catalans, et le fortifièrent, afin qu'il servit d'entrepôt aux convois venus par mer de Collioure, et qu'on se hâtait d'expédier par terre k Perpignan. Le corps employé k cette opération pendant quelques jours, rentra le 6 février dans la place, où l'encombrement fut extrême : les maisons, les couvents, les égliges ne suffisaient point pour loger tant de troupes ; on ne pouvait même pas moudre le grain nécessaire k leur subsistance, et le soldat, obligé de broyer entre deux pierres celui qu'il recevait, ne prenait qu'une nourriture insuffisante et malsaine. Cet état ne dura pas long-temps : le 10 février, les troupes venues de Collioure y retournèrent, et s'embarquèrent pour l'Espagne. La garnison de Perpignan avait été ravitaillée; mais les habitants n'en souffraient pas moins de la disette. Aussi, le 18 février, trois cents personnes , poussées par la faim , profitèrent d'une sortie qui eut lieu par la porte Saint-Martin , pour s'échapper de la ville et se répandre dans les villages environnants.
Le sort du Roussillon dépendait des événements dont la Catalogne allait être le thé&tre : ils furent entièrement défavorables aux Espagnols. Don Pedro de Aragon et de Cardone , commandant leur armée , avant été battu dans le Vallès, se retirait surTarragone, lorsque, poursuivi dans sa ^«',2. retraite, il fut obligé, le 30 mars 1642, de se rendre, avec toutes les troupes sous ses oitlrcs. Cependant, Louis Xlll