CHAPITRE QUINZIÈME
fonniit à cet habile Ministre les moyens de pousser avec pins d'énergie la guerre extérieure : il renonça k la Catalogne, où il comptait peu de partisans, et ne songea qu'à s'établir solidement en RoussUlon, dont la possession était alors de la plus haute importance. On envoya le Prince de Conti dans cette province , avec une armée. Sa première opération fut le siège de Villefranche en Gonflent : cette place se défendit vingt jours, et soutint plusieurs assauts; emportée le 25 juillet 1654, partie de la garnison fut ^654. passée au fil de l'épée. Après cette conquête, les Français marchèrent sur Puycerda ; mais les démonstrations de l'armée espagnole, donnant des craintes pour Roses, le Prince de Conti fit faire un mouvement rétrograde à ses troupes, pour se porter dans l'Ampourdan. Il éprouva quelques pertes en repassant les montagnes , harcelé par D. Th<Hnas de Banyuls, k la tête d'un détachement de la garnison de Puycerda, et d'environ cinq cents paysans. Ce petit échec n'empêcha pas les Français de continuer leur marche sur Roses, où ils surprirent et mirent en déroute un corps espagnol qui se gardait fort mal. Le Prince reprit alors ses projets sur Puycerda, dont il conmiença le siège le 30 septembre. La garnison se défendit d'abord avec courage; mais le Gouverneur ayant été tué d'un coup de canon , la discorde se mit parmi les chefs, qui ne surent pas s'entendre pour le commandement. A ce malheur, s'en joignit bientôt un autre : la foudre réduisit en cendres le magasin des vivres. Cet événement entraîna la capitulation de la ville, effectuée le 22 octobre; elle fut suivie de la reddition de la Seu-d'Urgel et de Campredon. Le Roussillon étant entièrement soumis, on porta la guerre en Catalogne pendant les années 1655, 56, 57 et 58. Elle fut une ^uite non interrompue de prises et reprises de villes, de combats sans résultats, dont il serait superflu de donner le
détail, tous ces faits, assez peu importants par enx-mémes, n'ayant aucun rapport direct avec l'histoire de cette province. Les deux puissances, fatiguées d'une lutte qui les épuisait par sa longue durée, songèrent, enfin, à se rapprocher : il y eut entr'elles une suspension d'armes dès le
4659. mois de mai 1659, qui fut suivie de la paix des Pyrénées, signée le 7 novembre, et ratifiée le mois suivant. Par l'article 42 de ce traité, qui en contient 124, il Ait convenu : que les Pyrénées sépareraient désormais les deux Royaumes , comme elles avaient séparé , autrefois , l'Espagne et les Gaules ; que tout le Roussillon et le Gonflent appartiendraient à la France , et toute la Gatalogne et la Gerdagne k l'Espagne, de manière, cependant, que si quelques parties du Gonflent se trouvaient sur le revers méridional des Pyrénées, ou quelques portions de la Gerdagne sur le revers septentrional , les premières seraient adjugées k l'Espagne, les secondes kla France. On nomma de part et d'autre des commissaires pour procéder à la fixation des Hmites, d'après l'esprit de cet article 42, et vérification faite, sur les lieux, des points sujets a contestation. M. de Marca, Archevêque de Toulouse, et l'Évéque d'Orange, furent les commissaires nommés par le Roi de France; Michel Salba de Yalgomera, Ghevalier de Saint-
, Jacques, Lieutenant du Maitre rational d'Aragon, et Joseph
Ferrer, Gonseiller de la Royale Audience de Gatalogne, furent ceux du Roi d'Espagne. Ges commissaires s'assemblèrent k Géret, au mois de mars 1660. Les conférences durèrent jusqu'k la fin d'avril ; on envoya aux Ministres des deux Gours les procès- verbaux de ces conférences, contenant les avis des commissaires concernant les divers points sur lesquels ils n'avaient pu se mettre d'accord. Gette discussion , reprise k Llivia , ne fut terminée que le 12 novembre, en l'absence de M. de Marca, et avec