CHAPITRE TROISIÈME
font mention, comme Strabon et Mêla, que de quelques points remarquables situés sur cette route ou dans son voisinage, tels que Ruscino, Illibérîs, le Templum-Veneris, les emboucbures du Tech et de la Tet. L'an 530 de notre ère, l'empereur Constant, surpris à Autun par la révolte de Magnence, fuyait vers l'Espagne, où il espérait trouver des troupes fidèles ; il fut atteint et massacré à Elne par les émissaires du tyran. Mais ce prince ne pouvait fuir avec rapidité qu'en suivant la voie militaire , sur laquelle seule se trouvaient les moyens de faire une grande diligence : Elne devait donc alors être située sur cette voie. Vers la fin du même siècle , saint Paulin écrit à Sévère pour l'engager k venir le voir à Barcelone. Pour l'y déterminer, il cherche à lui persuader que la route était sûre ; que le passage des Pyrénées n'avait rien d'eflrayant, ni même de difficile. S'il y avait eu deux routes à travers ces montagnes, il est fort probable que le saint n'aurait pas manqué d'indiquer à son ami celle qu'il lui convenait mieux de suivre. Julien de Tolède, écrivain contemporain et témoin oculaire , nous a laissé le récit de l'expédition du roi Yamba contre le comte Paul. Il nous y apprend qu'après la défaite du rebelle, le roi, rentrant en Espagne, s'arrêta deux jours k Elne; et que pour faciliter le passage des Pyrénées à son armée, il la divisa en trois colonnes, voulant que la première passât par Livia, la seconde k travers le pays d'Âusone ( de Yich ) , et la troisième , par la voie publique , le long de la côte * . Il résulte de ce passage remarquable, qu'a la fin du septième siècle, il existait une grande route qui , passant par Elne, conduisait de France en Espagne sans s'écarter de la cdte,
i Itàui (dit-îl) una pan ad Castrum Lybiœ, quod eti Ceretanue eaptU perUnderet; seeunda, per Autonentem dvitaUm Pyretuei média peterct; tertia, per viampuèlicam jvTtà oram maritimam graderetur.
et que, comme il n'est point dit que les deux premières colonnes de cette armée aient effectué leur retraite par une grande route, il est très vraisemblable que celle qui longeait le bord de la mer était le seul chemin de ce genre traversant le Rousstllon. On voit encore dans la . même direction et sur plusieurs points, des vestige^ d'une Yoie romaine, appelée Carrera de Carlos Magno, sans doute parce que ce prince l'avait fait réparer ^
A tous ces faits indiquant une route unique, passant par Ruscino, Illibéris, et suivant la côte pour pénétrer en Espagne, nous ajouterons une considération qui ne laisse point d'avoir quelque poids. On sait que les Romains étaient dans l'usage de placer à portée des grandes rou* tes, certains petits temples , des monuments funéraires , et, en général , tous les édifices que la superstition , l'orgueil, la reconnaissance ou l'adulation, élevaient en l'honneur des dieux, de princes, de magistrats ou de particuliers opulents. Ces monuments étaient ordinairement accompagnés d'une inscription indiquant le motif de leur érection. Nous avons vu plus haut que le temple de Vénus et les trophées de Pompée, avaient été construits a peu près sur la direction que tous les faits historiques attribuent à la route conduisant des Gaules en Espagne. C'est aussi dans des endroits peu éloignés de ce chemin (Théza, Saint-André, la montagne de la tour de Madeloth, Saint-Hippolyte) qu'on a trouvé cinq des six inscriptions romaines qui existent dans le département; et elles se rapportent toutes a des objets que les Romains plaçaient le long des voies publiques.
1 Dans des actes de 1559', une vigne au territoire de Saint-André-de-Sorède.et un champ à PaloI, sont dits confinés, d'orient, à la route de Carlos Magno. De nos jours, on dte cellr route dans les confhintations d'un champ situé au terrKoire de Saint-Naiaire. On ponrrnil faire d'antres citations. En Roussillon , on attribue à Charlemapne tons los chemins où l'on aperçoit quelqin»s vcptij^es de voie romaine.