CHAPITRE SIXIÈME
affaires peu importantes étaient décidées par des magis* trats qu'ils choisissaient eux-mêmes. Le nouvel Empereur leur permit de distribuer à d'autres les terres nommées adprisiones * qu'on leur concédait, ou de les faire cultiver par leurs esclaves. Il leur permit encore de se rendre vassaux des Comtes pour les terres qu'ils en recevaient. Il fit faire trois copies de ce privilège : la première pour être remise à TÉvéque; la seconde, au Comte; les réfugiés gardaient la troisième. Toutes ces faveurs accordées aux Goths déjà établis dans la province, devaient l'être à ceux qui , fuyant les pays dont les Sarrasins étaient les maîtres, viendraient s'y établir. Les Chrétiens, attirés par ces avantages , s'empressèrent d'arriver et repeuplèrent le Roussillon. La protection de Louis ne mit pas ses nouveaux sujets k l'abri de la fiscalité des agents du Gouvernement. Ceux-<^i, considérant sans doute les adprisiones comme des bénéfices, prétendaient pouvoir les retirer aux donataires suivant leur bon plaisir : ils attendaient pour le faire que les terres eussent été mises en culture. Les nouveaux colons, menacés de perdre le firuit de leurs travaux, se plaignirent k l'Empereur, qui, sentant que leur réclamation était juste et la conduite des agents du fisc dure et impolitique, ordonna, en 816, que les concessions nommées adprisiones, faites d'abord pour trente ans, seraient héréditaires. Oa dressa sept copies de ce nouveau privilège, qu'on déposa aux archives de chacune des villes de Narbonne, Carcassonne, Béziers, Rociliona, Âmpurias, Girone et Barcelone. C'était apparemment dans les districts dépendants de ces villes que s'étaient réfugiés les Goths , qu'on désignait sous le nom A'Hostolmses. Nous voyons par cette charte que sur les ruines de
i Terres concédées sans autre charf^ que les obtigatioBS communes à tout honne libre.
HISTOIRE Dt ROL'S^ILLO.X. .
l'antique Ruscino s'était élevée une ville nouvelle , qui en avait pris, en l'altérant un peu, le nom qu'elle communiqua k tout le pays : elle ne parait pas avoir subsisté long-temps. Le nom de RoscellefUium Episœpus, que prend Audesînde au Concile de Thusi en 860, l'épithète de RosciUianefisis donnée k l'Église d'Elne dans des chartes de 898 et 899, ainsi que dans une bulle de 900, viennent plutôt du nom du pays que de celui de la cité épiscopale. M. de Marca croit que cette ville , bâtie sur l'emplacement de Ruscino, fut détruite dans une invasion des Sarrasins, qui eut lieu vers l'an 827 ou 828. Les historiens arabes n'en parient point; mais la conduite qu'ils font tenir à leurs compatriotes dans une incursion faite quelques années après, rend l'opinion de Marca très vraisemblable. « Les Musulmans , disent-ils , enlevaient tout ce qu'ils pouvaient emporter, emmenaient en captivité les hommes, les femmes, les enfants, qui n'avaient pas eu le temps de se sauver dans les montagnes; et quant aux villes abandonnées par les habitants, ou dont ils venaient à bout de s'emparer, ils les ruinaient ou les incendiaient. » Aux dévastations des Maures succédèrent celle des Normands. Ces pirates ayant pillé les côtes d'Espagne, en 859. 859, descendirent sur celles du Roussillon, prirent et saccagèrent Elne ; puis , s'avançant dans les terres , ils livrèrent pendant trois jours le monastère d'Arles au pillage, et l'incendièrent en se retirant, comme on peut le voir dans une lettre de l'abbé Hilpéric à Charles-le- Chauve.
Peu d'années après, l'an 864, suivant les écrivains occidentaux, car les Arabes n'en disent rien, ce prince conclut un traité avec Mohamed I^'', roi de Cordoue. Les principales conditions furent que Charles ne donnerait aucun secours aux Chrétiens d'Espagne; que Mohamed, de son côté, re-