AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR
Habitué de bonne heure a faire des extraits des livres classiques, je continuai, plus tard, a noter tout ce que les ouvrages scientifiques et littéraires présentaient de plus saillant. J'eus, surtout, un goût prononcé pour les études historiques, et je m'attachai à rechercher dans les auteurs anciens et modernes, ce qui pouvait jeter du jour sur l'histoire du Roussillon ; d'autant plus qu'il n'existait rien de spécial concernant une petite province, qui , située entre des États puissants , eut toujours une importance telle , que sa possession fut un sujet constant de discorde et d'envie, ce que prouvent suffisamment les douze changements de domination qu'elle a éprouvés dans l'espace de vingt-deux siècles. Les documents tirés des auteurs qui avaient écrit sur cette contrée , formèrent un recueil, qui s'accrut de jour en jour. Lorsqu'après douze ans d'exil , je revis cette France , loin de laquelle m'avait entraîné la tempête révolutionnaire , je repris mes
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études sur l'histoire de mon pays, et mis en ordre toutes mes notes, de manière à composer un tableau chronologique et raisonné des événements concernant le Roussillon, qui, depuis l'époque la plus reculée à laquelle les œuvres des anciens nous permettent de remonter, ont laissé dans les annales du monde une trace authentique. Plusieurs de nos compatriotes, distingués par leur instruction et l'amour du travail (MM. Puiggari, Jacques et Jean-Baptiste de Saint-Malo) faisaient aussi avec zèle des recherches archéologiques, et publiaient les résultats de leurs laborieuses investigations. En 1855, M Henry, bibliothécaire de la ville, imprimait son histoire du Roussillon, et par une singulière coïncidence, de l'autre côté des Pyrénées, le savant auteur catalan, D. Prosper de BofaruU , indiquait de nombreuses corrections à opérer dans les chroniques d'Espagne, et particulièrement dans la série des Comtes héréditaires du Roussillon. Je m'empressai de joindre à mes documents ceux que m'offraient les écrits d'hommes de ce mérite. Non seulement ils m'ont beaucoup appris; mais ils m'ont mis dans l'obligation de faire de nouvelles études, au moyen des ouvrages imprimés et des manuscrits qui m'étaient inconnus, ou que j'avais négligé de consulter. Pendant que je m'occupais de cet objet, M. Jean-Baptiste de Saint-Malo, s'attachîiit, avec une admirable persévérance, a exhumer des
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débris poudreux de nos archives , malheureusement très maltraitées par le vandalisme de 1795, tout ce qui pouvait intéresser Thistoire, les mœurs, les usages, les arts, le commerce et les manufactures du pays dans les xiiF, xrv«, xv® et xvio siècles. J'ai puisé largement dans cet important recueil , et je me plais à donner a* ce savant un témoignage de ma profonde reconnaissance, pour l'extrême bienveillance avec laquelle il m'a communiqué son précieux travail. On doit \ivement regretter qu'on n'ait rien eiïectué de semblable , soit en Catalogne , soit à Majorque ; mais une opération , qui , sans aucun doute, aurait de grands résultats pour compléter l'histoire du Roussillon, serait l'exploration sérieuse du sol, sur une foule de points, où des indications positives donnent plus que la probabilité d'importantes découvertes. Ne prévoyant pas que ces deux objets puissent s'exécuter de nos jours, je me suis efforcé de perfectionner mon œuvre, en y employant le grand nombre de nouveaux matériaux que j'ai eus k ma disposition, et je pense avoir réussi k rendre sa publication utile.
On s'étonnera, peut-être, que je produise un travail sur le même sujet récemment traité par M. Henry. J'ai long-temps hésité; mais cet estimable auteur n'a pu, comme moi , puiser dans des manuscrits ignorés lorsquMl a écrit. Ces manuscrits, inappréciables par l'authenticité
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des faits qu'ils révèlent, fournissent des moyens incontestables de rectifier ceux qu'ont dénaturé les préjugés nationaux, et de réfuter un grand nombre d'erreurs, transmises par tradition et des écrits, où souvent les présomptions tiennent lieu de réalités. J'ajouterai que nous ne voyons pas toujours les choses de la même manière. Si on désire bien connaître une histoire, on ne saurait que gagner à trouver certains objets importants présentés sous des aspects divers. M. Henry eut, d'ailleurs, principalement en vue, la liaison de l'histoire de France à celle d'Aragon : mon but est moins élevé. Je ne m'occuperai que de l'ancien RoussiHon, accru des territoires formant ensemble le département des Pyrénées-Orientales.
Resserré dans le cadre dont je tiens de poser les limites, mon livre diminuera, sans doute, d'importance; mais je n'ai pas l'ambition de prétendre élever le modeste rôle qu'a joué notre pavs, au niveau de celui des grands Etats limitrophes. Je me borne k établir, d'abord, clairement, la série des Princes qui ont gouverné le RoussiHon; k narrer exactement, ou k rectifier les faits qui ont illustré leur règne; k exposer les progrès de la civilisation, des sciences et des arts dans cette contrée, qui changea si souvent de maître et d'intérêts; k bien faire connaître, enfin, une province, dont le sol, la culture, les ressources et les produits, sont loin d'être appréciés comme ils