CHAPITRE DIXIÈME
du Roi d'Aragon. Les galères du Roussillon et de Majorque y servirent avec distinction ; on en perdit une qui , s'approchant trop de la côte, au moment du débarquement, toucha le fond et s'entrouvrit. Alphonse, peu reconnaissant des services rendus par l'escadre majorcaine, s'empara de l'argent envoyé par Sancho pour la payer. A cette nouvelle, les équipages se soulevèrent, menaçant d'abandonner un prince aussi injuste k leur égard. Ce ne Ait qu'avec la plus grande peine qu'il parvint k les calmer et les retenir. Sancho n'assista point en personne k cette expédition, qui, commencée en 1323, n'était pas ter- 4525. minée en 1324. Le 5 des calendes de mai de cette année, ce Roi posa la première pierre de la cathédrale actuelle de Saint-Jean de Perpignan. Il mourut le 4 septembre suivant k Formiguères, dans le Capcir, où il avait passé l'été pour se soustraire aux chaleurs extraordinaires qui régnèrent. Il ne laissa point d'enfants de Marie, fille de Charles II , roi de Naples, qu'il avait épousée k Collioure en 1304. Nous avons vu que son frère Ferdinand avait eu deux fils, Jacques et Ferdinand : le premier, de son mariage avec Isabelle d'Adria; le second, de la nièce du Roi de Chypre. Sancho fit héritier de tous ses États son neveu Jacques , lui substituant Ferdinand , et k celui-ci le Roi d'Aragon. Il donna pour tuteur k ses neveux le plus jeune de ses frères, Philippe, chanoine et trésorier de Saint-Martin de Tours. Sa veuve avait épousé Jacques d'JSxérica avant le 27 janvier 1326, jour où, k sa requête, le tuteur du jeune Roi ordonna qu'on lui payât tous les ans , sur le produit de la leude de Collioure, la somme de deux mille cinq cent cinquante-cinq livres barcelonaises, pour l'intérêt de dix mille marcs d'argent, qui, k soixantetreize sols le marc, faisaient trente-six mille cinq cents livres barcelonaises, montant de sa dot et de son douaire.
Le testament de Sancho n'était nullement du goût du monarque aragonais, qui prétendait être le véritable hé* ritier en vertu de la substitution faite par Jacques-le- Conquérant. Pour examiner la validité de ses droits, il convoqua une assemblée & Lérida , et donna ordre à son fils Alphonse de se saisir de Perpignan. L'assemblée jugeant apparemment ses prétentions peu fondées , et ne voulant pas prononcer de peur de lui déplaire, se sépara sans rien décider. En effet , si le titre invoqué devait exclure le jeune Roi de la succession de son oncle, il aurait dû précédemment exclure le Roi d'Aragon de la succession de son frère Alphonse. Pour conjurer l'orage, Philippe, oncle et tuteur du Roi de Majorque, crut devoir aller trouver le Roi d'Aragon à Saragosse , et réussit, après plusieurs conférences, à le convaincre de la légitimité des droits du mineur. Dans une transaction du ^525. 25 septembre 1325, le Roi d'Aragon renonça* en laveur de son jeune parent et de ses descendants, a ses prétendus droits. Philippe, de son côté, renonça, an nom de son neveu, à une somme de vingt-cinq mille florins que le roi Sancho avait prêtée à l'Aragonais. Il convint, en outre, que son pupille irait lui prêter foi et hommage, et l'on arrêta le mariage du jeune Roi avec Constance, fille de l'Infant Don Alphonse. Comme il ne pouvait encore avoir lieu vu l'âge des fiancés , on se donna réciproquement des châteaux en gage : Philippe remit celui de Quérol en Cerdagne. L'observation du traité ftat jtqte par le Roi , son fils Alphonse , l'Infant Don Philippe , et par plusieurs Seigneurs dont le seul Roussillonnais était Aymar de Mosset. Les Syndics de Majorque et de Puycerda la jurèrent aussi; ceux de Perpignan ne prirent aucune part k cette affaire, à cause des troubles survenus en Roussillon, dont les habitants, au moment même où