‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 134 sur 282 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

malheureux prince. Pierre n'était pas homme k céder sur le premier article. H crut ne pas devoir refuser le second au Pape , dont il avait obtenu tout ce qu'il avait demandé ; mais, pour que sa sœur ne traversât pas le Roussillon , il fit armer a Collioure des galères qui, ayant été la prendre au port de Llança , la débarquèrent k Leucate. Le Nonce fut la recevoir, et la conduisit k Montpellier, où elle mourut en 1346. Cette précaution n'était peut-être pas inutile; car il se tramait une conspiration pour rendre Majorque k son Roi, et se défaire, k Perpignan, de celui d'Aragon. Le complot était-il réel? ou bien était-ce une invention de Pierre? L'histoire, k la vérité, offre souvent des conspirations dans les premières années d'un nouveau gouvernement; mais ces complots, réels lorsqu'ils sont dirigés contre des princes faibles et inhabiles, sont ordinairement supposés par des usurpateurs adroits, et Pierre doit être rangé dans cette dernière catégorie. Contentons-nous de rapporter les faits, tels que les écrits du temps nous les ont transmis. Us disent que, vers la fin d'octobre 4546, 4346. une femme découvrit au Roi que son mari était instruit du projet formé de le tuer d'un coup de flèche, lorsqu'il se promènerait dans les rues de la ville. Les scélérats chargés de commettre ce crime, se retiraient chez un certain François de Caldés; on devait, en même temps, s'emparer de plusieurs forteresses, et entr'autres du château de Perpignan, dont on s'était procuré de fausses clefs. Pierre fit arrêter ceux qu'on accusait d'avoir pris part a cette conspiration. Les principaux étaient: François d'Oms, Jean de Saint-Jean, Richelm de Yernet, Guillot de Claira, etc., qu'on envoya k Barcelone, où Us furent enfermés au Château -Neuf, et quelques-uns payèrent de leur tête le crime, vrai ou supposé. Dans le mois de septembre de cette année, le Roi d'Aragon avait reçu, k

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Perpignan , des ambassadeurs de Venise, envoyés pour y faire ratifier le traité d'alliance conclu par cette République avec Don Guillaume de Cerveillon, gouverneur de l'Ile de Sardaigne. Il fut rappelé, quelque temps après, dans ses anciens Etats, à cause des troubles qui s'y étaient élevés. Jacques, voulant profiter de ces circonstances favorables, se présente avec quelques galères, soutenues par une Botte française, devant l'île de Majorque, qu'il espérait foire soulever en sa faveur. N'ayant pas réussi, il assemble le plus de troupes qu'il peut; entre en Roussillon du côté de Vinça, s'empare de cette place, de Villefranche et de presque tout le Gonflent. Arnaud d'Éril, gouverneur du Roussillon, sans attendre les renforts que Pierre s'occupe à réunir autour de Figuères, marche sur Vinça, qu'il attaque précipitamment Il est repoussé ; mais la garnison , fort maltraitée dans le combat, se retire la nuit suivante. Éril profite de ce mouvement pour pénétrer dans la ville , et y faire un grand carnage des troupes de Jacques. Une colonne qui s'échappait par la porte de la Tet, perdit beaucoup de monde noyé dans cette rivière, grossie par une très forte crue. Le reste de la garnison se défendit dans l'église; y fat forcée, et il ne s'en serait pas sauvé un seul homme, si l'attrait du pillage n'avait détourné les vainqueurs de la poursuite des fuyards. Après ce succès, Eril marche sur Codalet; le Roi de Majorque, sorti du château d'Arria, pour lui livrer bataille, change tout-à-coup de dessein et fait une pointe vers Puycerda. Cette opération, dont le résultat immédiat fut de livrer Godalet, Marquixanes et Prades aux Aragonais, ne produisit aucun effet en Cerdagne. Jacques revint dans le Confient, où il pilla Villefrancbe, et se retira de là en France, laissant des garnisons à Arria, Puyvalador, et dans quelques autres châteaux. A la nouvelle du combat de Vinça, le Roi d'Aragon s'était porté.

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