CHAPITRE DOUZIÈME
chute, le 19 mai 1596. Il ne laissait que deux filles : I3 4596. première , née de son mariage avec Marthe d'Armagnac , avait épousé, en 1392, Matthieu, comte de Foix; la seconde, fille d'Yolande de Bar, fut mariée, en 1400, avec Louis II, duc d'Anjou, roi titulaire de Naples. Il avait réglé, par son testament, qu'a défaut d'enfants mâles, son frère Don Martin , duc de Montblanc, serait son successeur. Sans être troubadour, comme plusieurs de ses prédécesseurs, Jean, pour complaire k sa dernière femme, avait formé à sa Cour une école de gaie science. 11 y attirait les poètes , les. musiciens ; on ne s'occupait que de fêtes, de bals, de festins, ce qui n'était pas trop du goût de la Noblesse d'Aragon, qui trouvait que les plaisirs lui faisaient négliger les affaires. Il eut le bon esprit de profiter des remontrances qu'on lui fit à ce sujet. Généralement aimé, il eut des amis très dévoués. De ce nombre fut son premier chambellan , le Roussillonnais Raymond de Périllos, vicomte de Roda, fils de François de Périllos, dont il a été question sous le règne précédent. Gaubert Fabrice de Bagud , moine cistercien et historiographe des Rois d'Aragon dans le xvc siècle, raconte que ce Seigneur, désolé de la mort désastreuse de son maître, et, surtout, craignant pour son salut, entreprit le voyage d'Irlande, pour visiter une caverne connue sous le nom de Purgatoire de saint Patrice, où l'on s'imaginait qu'on pouvait s'instruire de l'état des âmes dans l'autre monde. Il \ passa une nuit, et prétendit avoir vu des choses merveilleuses. Dans la relation qu'il en publia, il affirma que le Roi était condamné à de fortes peines, mais qui ne devaient pas être éternelles. Cette caverne, où le bon chambellan crut voir de si étranges choses, est située dans une petite île du lac de Dearq, sur la frontière du Comté de Fermanag, en Ultonie: le Pape la lit fermer en 1497, dans
254 HISTOIRE NJ BOUSSILLON.
le but de couper court k toutes les superstitions dont elle était l'objet.
Peu avant la mort du roi Jean , il y avait en quelques troubles en Cerdagne. Les communes et les particuliers arrosaient leurs terres, depuis un temps immémorial, des eaux dérivées des rivières, sans autre titre que l'usage. Le Procureur Royal voulut, dans l'intérêt du fisc, les contraindre k prendre des concessions royales, qu'il fallait payer. Cette prétention occasionna des mouvements, que François Batlle , envoyé dans ce pays par le Gouverneur de la province en octobre 1595, réussit k apaiser, en engageant les habitants k condescendre aux demandes du Procureur Royal. Une de ces concessions, accordée 4395. k la commune de Quérol, est du 45 novembre 1305. On en trouve, vers la même époque, quelques autres accordées k des communes ou k des particuliers.
Yolande de Bar, veuve de Jean Ier, mourut le 13 juin 1431, k Barcelone, où elle avait fixé sa résidence. La ville de Gollioure lui avait été donnée par son mari. On trouve un acte passé k Perpignan, le 27 avril 1396, dans lequel elle permet aux habitants de cette ville, de recevoir dans leur port les pirates et les corsaires; de leur vendre des vivres, et d'en acheter les marchandises, quelle que soit leur origine, pourvu qu'elles ne proviennent pas de prises faites sur ses sujets.
Matthieu, comte de Foîx, mari de la fille aînée de Jean Ier, prétendit en vain succéder k son beau-père. Repoussé par les États des trois provinces, il voulut soutenir ses prétentions par les armes. Les sages mesures prises par la femme de D. Martin, et l'attachement des peuples pour le nouveau Roi , firent échouer toutes ses tentatives. Il mourut sans postérité en 1398, après avoir perdu toutes los terres qu'il possédait en Catalogne.