‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 157 sur 282 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

sorties. Dans un des nombreux combats qu'elles occasionnèrent, Jean d'Armendarés, l'un des plus braves chevaliers catalans , fut massacré par les soldats qui venaient de le faire prisonnier. Jean, indigné, ordonne qu'on saisisse à l'instant les plus distingués des prisonniers français, et qu'on les conduise au supplice. Heureusement, le Comte de Bresse, en étant prévenu, envoya faire des excuses , attribuant la mort d'Armendarés à un funeste malentendu. Cette démarche calma la colère du Roi, et sauva ces malheureux.

La famine se faisait sentir dans la place, quoique \ 'administrateur de l'Axchevéché de Saragosse, fils naturel de Jean, ne négligeât aucun moyen d'y faire passer des vivres d'Elue, où il s'était porté avec quelques compagnies. Une nuit, les assiégeants furent introduits, par un conduit souterrain , dans une maison voisine du rempart, dont le propriétaire leur était dévoué. Le Roi , qui en fut averti , prit quatre cents hommes des troupes toujours prêtes a marcher partout où le besoin les appellerait; il attaqua les Français, et, avant le jour, tout le détachement entré dans la ville, obligé de l'évacuer, laissa la plus grande partie de son monde mort ou prisonnier. Ferdinand ne voyait pas sans inquiétude les dangers de la position de son vieux père; il mettait tout en œuvre, en Aragon, en Castille, en Catalogne et dans le Royaume de Valence, pour lever une armée capable de le délivrer. Y étant enfin parvenu, il franchissait le col de la Massana le 24 juin 1473, résolu de marcher droit a Perpignan, lorsqu'il reçut l'importante nouvelle du succès obtenu la veille par le Roi d'Aragon, presque sous les murs de la ville. Un convoi parti d'Elne arrivait aux assiégés. Dulau, l'un des capitaines les plus estimés de l'armée française, et le Sénéchal de Beaucaire , eurent ordre de l'enlever :

ils l'attaquèrent avec un gros corps de cavalerie ; et l'auraient indubitablement pris, si une forte sortie de la ville ne fût venue à son secours. Dulau et le Sénéchal , pria entre deux feux, virent leur troupe détruite ou dispersée, et tombèrent eux-mêmes entre les mains des assiégés. Cet événement, et plus encoreTapproche du Roi de Sicile, décidèrent les Français à lever le siège. La cavalerie légère de Ferdinand les poursuivit jusqu'à Salses; enleva un très grand nombre de traînards, et leur aurait fait un plus grand mal , si les cuirassiers de Don Dionis de Portugal n'avaient protégé leur retraite. Ferdinand n'entra à Perpignan que le 28 juin, son père ayant voulu pouvoir lui préparer une brillante réception. Après cette cérémonie, Jean congédia les troupes castillanes, aragonaises, valenciennes , ne gardant que cinq cents cavaliers et la vieille infanterie navarraise. On croyait pouvoir d'autant mieux prendre ce parti, que Philippe de Savoie avait demandé une trêve à laquelle Jean avait consenti. Le Comte de Prades fut chargé de cette négociation. Les plénipotentiaires signèrent la trêve k Canet, le 14 juillet, et le Roi la ratifia le même jour, à Elne : elle devait expirer le 1er octobre suivant. Pendant sa durée, chaque parti avait la faculté de ravitailler ses places, d'en renforcer les garnisons : tous, bourgeois et militaires, pouvaient parcourir librement le pays , communiquer les uns avec les autres , entrer dans les diverses places avec l'agrément du Gouverneur. Antoine de Cardone et Matthieu de Moncade, pour l'Aragon; le Bailli de Gisors et le Sénéchal de l'Angoumois, pour la France, furent nommés conservateurs de cette trêve. Malgré cette précaution, Jean, connaissant combien Louis désirait rester maître do Roussillon , ne comptait guère sur la solidité de l'arrangement : il ne voulut point s'éloigner, alin de pou noir

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