CHAPITRE QUATORZIÈME
les deux Rois n'avaient guère songé aux moyens de l'exécuter. Jean, n'étant pas en mesure de se défendre, avait voulu gagner du temps, et Louis faisait déjà ses préparatifs pour envahir le Roussillon. Les Ambassadeurs envoyés par le Roi d'Aragon s'en aperçurent aisément dès leur entrée en France. La conduite des Français, dans les deux Comtés, décelait également les intentions de leur maître; car, non contents d'augmenter les fortifications du château de Perpignan, de raser un mamelon qui masquait a leur artillerie un certain quartier de la ville appelé Matatoro, ils poussèrent leurs entreprises jusqu'à enlever le château de Saint-Jean-Pla-de-Corts , et à empêcher les vivres d'entrer dans la capitale, où l'on commençait à éprouver la disette. Pour couper à cette ville sa communication avec la mer, du Lude, gouverneur du château et général des troupes françaises, tenta un coup de main sur Canet; mais la femme de D. Pedro de Rocaberti fit de si bonnes dispositions dans cette forteresse, que, quoique du Lude y eût d'abord pénétré, il échoua complètement, Pierre d'Ortafla, lieutenant du gouverneur aragonais, ayant eu le temps d'arriver cette nuit même au secours de Canet. Les sages mesures prises par cette femme intrépide, conservèrent cette place. Mais deux galères provençales, stationnées sur cette plage, empêchaient le débarquement des vivres : le hasard conduisit dans ces parages, deux galères catalanes revenant de Sicile ; elles chassèrent la croisière française, et rouvrirent les communications. Les Espagnols parvinrent à les maintenir, quoique les Français, maîtres de Salses, eussent fait passer dans la Salanque, les troupes qu'ils avaient sur la frontière du Languedoc.
En entrant en France, les Ambassadeurs aragonais trouvèrent les routes encombrées de troupes , d'artillerie,
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de convois, se dirigeant vers les frontières : si on leur donnait toujours des assurances de paix, ils voyaient partout des préparatifs de guerre. Arrivés k Paris, on les empêcha, sous divers prétextes, de voir le Roi ; on arrêtait les courriers chargés de leurs dépêches; ils ne pouvaient ni recevoir des nouvelles d'Espagne, ni écrire à leur gouvernement. Fatigués de cet état de choses, ils prirent le parti de se rendre chez le chancelier d'Ojiole, où s'assemblait le conseil du Roi ; et la , en présence de Thomas Thaqui, ambassadeur du roi Ferdinand de Naples, ils donnèrent une note, où, après avoir exposé les principales conditions du traité conclu à la suite de l'entrevue de Sauveterre, ils ajoutaient, qu'en accomplissement de ces conditions, Charles et Rérenger d'Oms avaient été autorisés par Jean a prêtrer hommage a Louis, l'un pour le château de Perpignan , l'autre pour celui de Collioure, en s'engageant a garder ces deux places pour les deux Rois, jusqu'à ce que Jean eût payé les sommes stipulées dans le traité : ils ajoutaient qu'il était notoire que Louis n'avait pas été aussi iidèle a remplir ses engagements, puisque ses troupes, dans le peu de temps qu'elles avaient été au service de Jean , n'avaient presque jamais obtempéré à ses demandes; qu'ensuite, elles avaient combattu contre lui en faveur du Duc de Lorraine; qu'en conséquence , le Roi très chrétien devrait se contenter d'avoir retiré pendant longues années les revenus des deux Comtés, comme s'ils lui avaient appartenu en propre, et rendre ces pays au Roi d'Aragon, sans exiger les (rois cent mille écus; que, cependant, leur Maître, ne se refusait pas à payer cette somme, si le Roi de France l'exilait absolument. Le conseil demanda jusqu'au il mai pour répondre à cette note. Ne pouvant pas soutenir que les conditions du traité eussent été remplies, ils