CHAPITRE QUATORZIÈME. 2W
gonais firent tous les efforts possibles pour y introduire des secours; mais ils furent toujours repoussés. Une nouvelle tentative, faite le 29 novembre, fut infructueuse comme les précédentes : elle eut les résultats les plus, funestes, le découragement s'étant mis parmi les assiégés. La démoralisation commença par le corps napolitain, dont lé commandant, Julien de Pise, donna l'exemple de l'insubordination et de la mauvaise volonté. Les choses en vinrent au point, que D. Bernard d'Oms se vit contraint à capituler le 5 décembre. Les Italiens et la cavalerie valencienne eurent la permission de se retier où ils voudraient. Don Bernard et quelques Gentilshommes roussillonnais furent retenus prisonniers, et conduits au château de Perpignan , où plusieurs d'entr'eux furent décapités, avec leur chef, comme traîtres; les autres, transportés en France, y restèrent dix ans prisonniers. L'histoire nom-, me, parmi ces derniers : Jean Jou, Jean Du Vivier, Galceran Cantar Le supplice de ces malheureux fut au moins un acte bien rigoureux , un cruel abus de la victoire : les historiens aragonais le considèrent comme une horrible violation du droit des gens. Certains auteurs français, pour disculper Louis XI, veulent voir dans la mort de ces infortunés la juste punition de leur révolte. Si on leur demande d'où Louis tenait le droit de les traiter en rebelles, ils invoquent en sa faveur la conquête, sans faire attention que le droit qui en dérive, variable comme les succès pendant la guerre , ne commence à exister en réalité qu'après avoir été reconnu et sanctionné par le traité qui la termine. Nous examinerons dans une note particulière, si les Roussillonnais étaient vraiment rebelles à Louis XI , et si Don Bernard d'Oms se trouvait dans une position plus défavorable quç ses compatriotes.
Après la prise d'Elne, Figuères se rendit, et le blocus de Perpignan, commencé le 17 juin, fut converti en siège régulier. Jean fit vainement tous ses efforts pour introduire dans la place des secours indispensables en vivres et en hommes. Me pouvant la secourir, il chercha k exciter le courage des habitants en louant leur constance, en leur faisant entrevoir un avenir plus heureux, et en accordant à la ville le titre de très fidèle, par un privilège daté de -1473. Girone le 21 janvier 1475. Dans l'état déplorable où se trouvaient ses finances, ce Prince ne pouvait rien faire de mieux. On raconte qu'il fut, k cette époque, obligé de mettre en gage une fourrure de marte, qui, k son âge et dans la saison où l'on était, lui devenait fort nécessaire. Cependant, les Français poussaient vivement le siège ; et quoique épuisés par les fatigues et la faim , les assiégés se défendaient avec vigueur, et faisaient quelque-* fois des sorties heureuses. Faute d'aliments plus convenables, ils mangeaint les chevaux, les rats, les vieux cuirs, les cadavres des ennemis tués dans les combats : on vit même une mère faire cuire les chairs d'un de ses enfants mort de faim, pour conserver les jours de celui qui lui restait. Les assiégeants, maîtres du château, et s 'étant fortifiés avec intelligence dans les ruines de Notre-Damedu-Pont et du couvent démoli des Augustins , serraient la ville de près. Ayant ouvert une brèche très considérable a la place, ils tentèrent un assaut le 6 mars. Quoique les assiégés fussent parvenus à le repousser, ils avaient acquis la conviction qu'une plus longue défense leur était impossible, surtout par le manque absolu de vivres. Pressés par ces fatales circonstances, les Consuls et le conseil de ville entamèrent le 10, avec du Lude et du Fau, une négociation pour capituler. Le roi Jean ayant autorisé la reddition de la place, elle ouvrit ses portes