CHAPITRE QUATORZIÈME. SOI
temps avant sa mort, arrivée le 19 janvier 1479. Le 12 4479. septembre de cette année, la paix fut conclue entre Louis et Ferdinand : ils convinrent, au sujet des deux Comtés, de nommer chacun deux arbitres, et de se soumettre à la décision de ces quatre juges, qui, en cas de partage, auraient le droit d'en nommer un cinquième. Toujours fidèle à sa politique tortueuse, Louis XI, en se soumettant à un arbitrage illusoire, songeait uniquement à prolonger la durée de l'occupation des Comtés par ses troupes, afin d'en tirer parti, la considérant comme un moyen de parvenir à lui en assurer la possession définitive. De .son côté , le jeune rival , déjà capable de lutter avec lui «de ruse et de finesse, espérait, en laissant la question indécise , trouver un jour, dans la vieillesse de Louis ou la jeunesse de son fils, une conjoncture plus favorable pour faire valoir ses droits. Les prétentions des Rois de France et d'Aragon étaient jugées d'une manière fort différente des deux côtés des Pyrénées. Si les Français considéraient le traité de Saragosse comme un engagement réel de la propriété de ces Comtés fait par Jean à Louis, et dont ce dernier aurait rempli exactement toutes les conditions, les Catalans, au contraire, soutenaient que Jean n'avait pu ni voulu engager que les revenus royaux de ces Comtés, et que d'ailleurs Louis n'avait point rempli les conditions de cet engagement. l>lon doit convenir que la lettre du traité et la conduite de Louis semblent favoriser leur opinion. Dans cette divergences.de manières de voir, ne nous étonnons pas de lire dans Zurita, que Louis XI , k sa mort, recommanda de restituer les Comtés au Roi d'Aragon; et que les Ambassadeurs de Ferdinand ayant insisté sur l'accomplissement des dernières volontés du Monarque français , il leur fut répondu que cette restitution ne pourrait se faire qu'k la majorité de Charles VIII ,
tandis que certains historiens français prétendent que les Confesseurs de Charles et de la dame de Beaujeu, gagnés, par l'argent de Ferdinand, contribuèrent fort k cette restitution par les scrupules qu'ils firent naître dans les consciences de leurs pénitents. Quoi qu'il en soit, après le traité de 1479, le Roussillon Ait plus tranquille et moins malheureux : on le traita comme une province française. En effet, ses Députés assistèrent aux États-Généraux tenus k Tours en janvier 1484. Sous le règne de Charles VIII, on reprit k Perpignan la construction de l'église Saint- Jean, qu'avait fait interrompre la domination tyrannique de Louis XI. Cette ville, ayant obtenu de Charles VIII, 4488. le 29 août 1488, la propriété du ruisseau de las CanaU, presque hors de service, s'occupa k le réparer, et k rétablir des moulins, dont la proximité des fortifications avait rendu la destruction nécessaire dans les dernières guerres. Le gouvernement despotique de Louis avait fait place k une administration douce et paternelle, qui, secondée par rétablissement de plusieurs familles françaises dans le pays, avait changé les dispositions des habitants k l'égard des Français. Ceux-ci comptaient, surtout k Perpignan et dans la partie nord de la province , un grand nombre de partisans. Les généraux du Roi de France et les officiera, tant civils que militaires , employés sous leurs ordres en Roussillon, mus par l'amour du bien public et par h crainte de perdre leurs emplois, ne pouvaient voir avec indifférence la restitution d'un pays regardé comme le plus ferme boulevard du Languedoc. Aussi, dès le premier soupçon que les conférences tenues k Narbonne, entre les commissaires des deux nations, étaient relatives k cet objet, si, d'un côté, ces rumeurs vagues furent accueillies avec satisfaction par la majeure partie de la population , d'un autre côté, le parti français, ayant