CHAPITRE QUINZIÈME
Roi ayant reçu divers renforts, fournis par les milices du pays, et voulant reconnaître l'armée française, envoya vers Estagel un corps de troupes, pour attirer de ce côté l'attention des ennemis. Il fit passer, en même temps, par le grau , un parti de mille cavaliers et cinq cents hommes d'infanterie. Ce détachement rencontra la cavalerie française entre la Palme et Roquefort; la poussa jusque sur l'infanterie , qu'il reconnut à son aise , et revint par le même chemin, emmenant une centaine de prisonniers. Des barques, parties de Leucate, venaient, par l'étang, faire des signaux aux assiégés, et tentaient de leur apporter des vivres. On réussit à leur donner la chasse, et même on en prit quelques-unes, en armant des barques du pays. Cependant, on avait appris, par la reconnaissance dont nous venons de parler, que l'armée française avait une infanterie nombreuse ; et le 23 octobre , on eut avis qu'elle voulait attaquer les lignes , pour jeter du secours dans la place. S'étant assuré de cette nouvelle, le Marquis de Torrecasa , commandant le siège , fit brûler les baraques de son camp, pour mieux se disposer à recevoir l'ennemi, qui se présenta, en effet, le 26; mais une pluie extraordinaire, survenue au moment où il allait attaquer, dispersa ses troupes, et l'obligea à abandonner, dans sa retraite, quelques pièces d'artillerie. Il revint à la charge le 2 novembre , et lut repoussé avec une perte de deux cent cinquante tués et cinq cents blessés : celle des Espagnols fat moindre. Après cet échec, les Français se retirèrent sur Narbonne, et les assiégeants, ainsi que les assiégés, restèrent fort tranquilles jusqu'au 28 décembre, jour où il fut convenu, entre le Vice-Roi et le commandant de Salses, <pie ce dernier rendrait la place le 6 janvier, si elle n'était secourue. En conséquence, la garnison, forte de douze cents hommes, sortit ce jour-la du fort, avec les
honneurs de la guerre, emmenant deux chariots pour les malades, vingt-sept pour les munitions, une pièce de canon , vingt-et-un drapeaux, dont, dix seulement devaient être déployés : la capitulation leur accordait ces conditions honorables. Le Vice-Roi fit un accueil très distingué à M. d'Espenan, gouverneur de la place, et l'invita à visiter avec lui les tranchées : les batteries les saluaient à leur passage. La défense faite par cet officier méritait ces honneurs ; mais il n'est pas doutera que la mésintelligence qui existait entre Santa-Coloma et Tonrecasa, depuis le commencement du siège, en prolongea beaucoup la durée. Si nous en croyons un mémoire du temps, les fréquentes querelles des deux Généraux, finirent par une scène des plus scandaleuses. A la suite d'une discussion très vive, le Vice-Roi s'emporta jusqu'à frapper le Général en présence de plusieurs personnes. Le Duc de Saint-Georges, fils de Torrecasa, voyant son père traité aussi indignement, coumt, l'épée a la main, contre le Comte de Santa-Coloma, qui le blessa, fit arrêter le père et le fils, les envoya prisonniers à la citadelle de Perpignan, et rendit compte au Roi de tout ce qui s'était passé.
Les malades et les blessés de l'armée assiégeante étaient dirigés sur Perpignan. Les hôpitaux ne pouvant les contenir, on prit, pour y suppléer, plusieurs maisons voisines de l'hôpital militaire, des bergeries auprès de la porte d'Elne. les couvents des Cordeliers, des Jacobins, des Cannes, des Minimes; on plaça jusqu'à huit cents malades dans chacune de leurs églises. II résulta de cet encombrement dans une ville de médiocre étendue, une contagion pire que la peste, qui fit périr, depuis le M septembre 1657 jusqu'au 9 jan- 4G.o. vier 1640, plus de 7.000 habitants et autant de militaires1
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