CHAPITRE DEUXIÈME
La contrée située au pied des Pyrénées eut peut-être moins à souffrir que les autres parties de la Gaule, des malheurs qui avaient affligé l'Empire d'Occident; mais, /|09 vers l'an 409, les Barbares (Vandales, Suèves et Alains) après avoir ravagé la Narbonnaise, s'étendent jusqu'au pied des montagnes qui la séparent de l'Espagne, et cherchent à pénétrer dans celte province. Les habitants, à leur approche, s'étant emparés des défilés, les défendirent avec courage, sous la conduite de deux seigneurs du pays, nommés Didime et Vérinien. Les Barbares, repoussés, se rejetèrent sur le Roussillon et les pays voisins, où ils commirent les plus épouvantables atrocités. Ilelena dut peut-être son salut aux fortifications dont on l'avait entourée. M. de Marca conjecture, avec assez de vraisemblance, que les Vandales, qui ne manquaient pas de ruiner les villes situées sur leur chemin , détruisirent alors Ruscino, dont l'importance s'était accrue par la décadence dillibéris. Elle avait acquis, suivant Pline, les droits du Latium, et même était devenue une colonie, d'après Mêla, dont l'opinion parait confirmée par quelques médailles, si, toutefois, les mots Col. Rus., qui y sont inscrits, suffisent pour les attribuer à Ruscino.
Cependant les Barbares, attendant une occasion favorable de franchir les Pyrénées, dévastaient les provinces voisines. Ils n'attendirent pas long- temps. A la faveur des discordes civiles, un simple soldat, nommé Constantin, avait pris la pourpre dans la Grande-Bretagne. Reconnu dans les Gaules, et voulant joindre l'Espagne à son Empire, il y avait fait passer son fils Constant, avec Géronce, l'un de ses généraux. Celui-ci défit et prit dans un combat les deux frères Didime et Vérinien , qui soutenaient le parti de l'empereur Honorius, leur parent. Ces deux généreux citoyens payèrent de leur tête leur
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fidélité au souverain légitime, et les services qu'ils venaient de rendre à la patrie. Après leur mort, la défense des Pyrénées fut confiée aux Honoriaques, troupe probablement composée de mercenaires de toutes les nations, dont la faiblesse ou la trahison livra aux Barbares les défilés de la Navarre, vers la fin de l'an 409. La Narbonnaise n'en fut pas plus heureuse : elle devint le théâtre de la guerre civile. Géronce, révolté contre Constantin, y avait pénétré ; et, après avoir pris et fait périr, dans la ville de Vienne, Constant, fils de ce dernier, il assiégeait le père dans Arles. Cependant Constance, général d'IIonorius, attaque Géronce; le rejette vers l'Espagne, où il est massacré par les siens ; bat une armée de Francs et d'Allemands, venue au secours de Constantin, et prend par capitulation ce tyran, avec la ville où il s'était ren- 4H. fermé. Ces victoires de Constance, remportées Tan 411, ne rendirent point la paix à la Narbonnaise. Dès l'année suivante, on voit Jovin, qui s'était fait proclamer empereur à Mayence, occuper Valence, tandis que son frère Sébastien s'emparait de Narbonne. Ataulphe, roi des Visigoths, s'était jeté dans les Gaules, chargé des dépouilles de l'Italie, et emmenant parmi ses prisonniers la célèbre Placidie, sœur d'Honorius. Son dessein avait été d'abord de se joindre a Jovin contre l'Empereur; mais changeant de vues, il s'était lié avec Dardane, préfet de la Gaule, contre Jovin, qu'il assiégea et prit dans Valence, ta roi Visigoth, ne pouvant s'accorder avec Honorais, songe a faire un établissement dans la Narbonnaise; battu devant Marseille, il marche sur Narbonne, qu'il réussit à surprendre en 415; il s'étend ensuite le long des Pyrénées et de la Garonne. L'an 414, il épouse Placidie, fille du grand Théodose, et sœur de l'Empereur qui avait refusé l'alliance d'un roi barbare. Ce mariage,