LES TROPHÉES DE POUPÉE
Dans un passage précédent, Strabon avait déjà dit que n<>3, les trophées de Pompée étaient situés à l'extrémité des <i**<j< m). Pyrénées ; mais l'importance de celui-ci nous engage à le rapporter en entier, d'après la traduction de M. Laporte du Theil : « Une portion du pays qui appartient aux Em- « poristes , dans l'intérieur des terres , est assez fertile ; « le reste ne produit que du sparthum , espèce de jonc « qui se plait dans les marais, et qui n'est pas d'un grand « usage : le terrain qui le produit porte le nom de champ « joncairc. Ce peuple possède encore quelques terres, qui
« s'étendent jusqu'à l'extrémité des Pyrénées, où sont les « trophées de Pompée , sur la route qui conduit de l'Italie « dans ribérie. »
Cette description fort claire, convient encore k l'état actuel du pays : la côte basse et marécageuse, depak Ampurias jusqu'aux environs de Roses, est l'antica champ joncaire, où croissait cette espèce inférieure ée sparth, le sparthum ligeum de Linnée. En s'éloignait de la mer, on trouve un pays assez fertile : les terre», qui s'étendent jusqu'à l'extrémité des Pyrénées, formai le canton compris entre Roses et Cerbère. M. de Maita veut , malgré les explications données par Strabon , qie cet auteur ait parlé du véritable sparth , slypa tenacùsimà de Linnée, qui ne croit que sur des terrains secs. Ea conséquence, il place le champ joncaire loin de la mer: et, traduisant par sommets des Pyrénées, les mots qat tous les traducteurs ont, ce me semble, rendus avec plis de fidélité par ceux-ci, l'extrémité des Pyrénées ou autres équivalents, il change un passage clair, et qui indiquait fort bien la direction de la route et la situation des trophées, en un autre qui n'indique plus rien; et supposait, gratuitement, que la voie romaine passait au Perthus, comme y passe la route actuelle, il place les trophées vers ce point.
DÉPENDANCE DES COMTES DU ROl'SSILLON.
\o ; , La seule autorité sur laquelle on puisse se fonder pour
irnrjr on,, assurer que le Roussillon dépendait des Comtes de Barcelone, est celle de l'auteur des gestes de ces Comtes. qui dit, que durant sa vie, Vuifred-le-Velu , posséda seul le Comté de Barcelone, depuis Narbonne jusqu'au
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pays des Infidèles (Hispaniam). Mais ses États pouvaient s'étendre de Narbonne ad Hispaniam, sans que le Roussillon en fît partie, puisque, par le Fenouillet, le Confient et la Cerdagne, que son (ils Miron posséda à sa mort, ils s'étendaient, en effet, de Narbonne ad Hispaniam. D'ailleurs, le témoignage de l'auteur des gestes, écrivant quatre siècles après Vuifred, et n'appuyant son dire sur aucun document contemporain , ne pouvait être d'un grand poids , puisque son livre n'est qu'un tissu de fables, d'inexactitudes et d'erreurs, et que la charte de 869 et le,jugement d'Isembert, cités plus haut, prouvent suffisamment que le Roussillon ne dépendait pas de la Marche d'Espagne. En outre, on peut voir, dans Bofarull, les testaments des Comtes de Barcelone, Raymond-Bérenger Ier, Raymond-Bérenger III, Raymond-Bérenger IV. Dans ces trois actes, dont l'objet est le partage de la succession du testateur entre ses enfants, on fait une longue énumération des biens délaissés, sans oublier les Évéchés, les Abbayes et d'autres fiefs moins importants, dépendant féodalement de la Seigneurie du testateur. Est-il probable qu'on eût négligé de faire mention du Comté de Roussillon, s'il avait relevé des Comtes de Barcelone, ou seulement s'ils avaient eu cette prétention? Nous voyons de plus, dans la charte 109 de Marca, Gauzfred, comte de Roussillon et d'Ampurias, faire à Saint- Pierre-de-Rhodes un acte de haute administration, en présence de plusieurs Prélats et d'un comte Bord , qui ne peut être que Borel II , de Barcelone, sans que celui-ci y intervienne autrement que pour signer avec les autres témoins, après le comte Gauzfred.
Don Prosper de Bofarull convient que Vuifred-le-Velu et ses prédécesseurs avaient dépendu des Rois de France, dont ils tenaient leur dignité. Il faudrait donc produire
;>()0 AI'I'UNUICE.
le titre qui constate l'indépendance de Vuifred el de ses successeurs : ne le pouvant pas , on allègue , pour le prouver, leurs alliances avec des maisons souveraines. les monnaies frappées k leur coin, les lois promulguées en leur nom, les guerres entreprises, les traités conclus par eux, sans la moindre intervention de nos Rois. Ces preuves sont assez faibles, puisque, durant l'anarchie carlovingienne , des Seigneurs bien moins puissants avaient commis les mêmes empiétements sur l'autorité royale, sans qu'on en ait jamais conclu leur indépendance. Oi a voulu les fortifier par les expressions assez vagues de quelques chartes postérieures. On veut, par exemple, que la vente faite par Borel II d'un aleu, qu'il dit tenir de ses ancêtres, et ceux-ci per vocem precepti Régis Vrancorum , quod fecit gloriosissimus Carolus, de ownibus fiscis vcl eremis terrœ ittorum; on veut, dis-je, que cette vente, à raison du mot fiscis, prouve que Charles avait donné aux ancêtres de Borel la Marche d'Espagne: mais, le mot fiscus, ne veut souvent dire qu'une terre cultivée , appartenant au domaine royal , et les mots iW eremis, dont il est suivi, démontrent assez que c'est dan» ce sens qu'il doit être pris. Nous ne voyous donc là que la cession des domaines cultivés et des vacants possédés par le Roi. Dans certaines chartes, les Comtes de Barcelone désignent les terres vendues par les expressions suivantes ou d'autres équivalentes : quœ nos traximus àt eremo primi hommes sub ditione Francorum. On voudrait inférer de ces expressions, qu'ils avaient été, mais n'étaient plus vassaux des Rois de France. Cette interprétation est un peu forcée. Serait-elle plus naturelle. elle ne prouverait pas l'indépendance de ces Comtes; car, ils ne pouvaient se créer des droits par des actes émanés d'eux-mêmes.
APPENDICE. 50t
Opposons à ces chartes les documents qui prouvent la suzeraineté des Rois de France sur la Marche d'Espagne : 1° Saint Théodat, archevêque de Narbonne, a recours, en 888 , au roi Eudes, pour remédier à certains désordres des Églises de Girone et d'Urgel , et fait confirmer, par ce Prince, les possessions de l'Église de Vich (Ferreras; Marca hispanica); 2° en 891, Servus Dei, évêque de (ïirone, assiste à l'assemblée de Meun-sur-1'Oise , et obtient du roi Eudes la confirmation des privilèges de son Église (Marc, hisp.); 3° Vuifred II donne à l'église de Vich, le tiers de la monnaie de cette ville, et ses exécuteurs testamentaires, en délivrant ce legs, recommandent à l'Évêque de faire confirmer ce don par le Roi de France (Marc, hisp.); 4° Louis d'Outre-Mer termine, en 941, une contestation existant entre le monastère de Saint- Pierre-de-Rhodes et celui de Saint-Étienne-de-Bagnoles (Marc, hisp.); 5° en 972, l'Archevêque de Narbonne eut recours, auprès du Pape, à l'intervention du Roi de France, en qualité de suzerain de la Marche d'Espagne, pour empêcher l'érection d'une métropole dans ce pays (Ferrer as, Bulle du Pape); 6° le fameux Gerbert, devenu Pape, sous le nom de Sylvestre II, avait long-temps habité, quand il était moine, ta Marche d'Espagne, d'où il partit, en 970, pour accompagner a Rome le comte Rorel : il nous apprend, dans sa 71 * lettre, que ce Comte, après sa défaite auprès de Rarcelone, en 985, s'empressa de donner avis au roi de France Louis V, réclamant le secours qu'il lui devait comme à son vassal ; et dans la 112e lettre, il nous dit qu'Hugues Capet écrivit, en 988, à ce même comte Borel , lui promettant de marcher à son secours, lui enjoignant de venir en personne en Aquitaine, soit pour lui donner les assurances de sa fidélité, soit pour servir de guide à son armée. Aux inductions qu'on peut tirer de tous,
ces faits, vient se joindre le témoignage même des Comtes de Barcelone. Ils ne manquent jamais, dans leurs charte*, de faire mention du Roi régnant en France ; et cette mention ne peut être regardée comme un simple signe chronologique, car elle est presque toujours précédée ou sum? d'une date marquée par Tannée de l'ère d'Espagne ou 4e celle de la Nativité ou de l'Incarnation. Souvent même, ils se bornent à nommer le Roi régnant , sans indiquer l'année de son règne. D'où l'on doit conclure qu'ils emploient cette formule , uniquement pour se conformer ï un usage suivi, tant en France qu'en Allemagne, à l'égari du Roi et de l'Empereur, par leurs vassaux. L'observation suivante doit ajouter un degré de probabilité à cette opinion : Le trône des Carlovingiens fut, quelquefois, occupé par des Princes, dont les droits n'étaient pas universellement reconnus alors dans la Marche d'Espagne, comme dans les autres provinces récalcitrantes; on employait cette formule Christo régnante, regem expectante, indiquant la dépendance de la Monarchie française, mais non la reconnaissance du Roi. Le concile de Tarragone, en 1180, ordonna de dater les actes de l'ère de l'Incarnation , supprimant celle d'Espagne, et défendant d'y relater les années des Rois de France. Ceux-ci n'en continuèrent pas moins à se regarder comme les Suzerains des Comtes de Barcelone; et des droits de ce genre sur la Catalogne ri le Roussillon , étaient les seuls que saint Louis pût céder à Jacques-le-Conquérant dans le traité de CorbeiL
DESCENDANCE DE SIMFRED.
v •• Exposons en quelques lignes la situation des Princes
vagr »*.. de la Maison de Sunifred d'Aria, sur laquelle il existe.
dans l'histoire, de l'obscurité et de l'incertitude, que noiiN
croyons être en état de dissiper. L'objet offre d'autant plus d'intérêt, que, presque tous les Princes régnants de l'Europe Méridionale, en descendent par les femmes. Ceux, par exemple, de la Maison de Bourbon , s'y rattachent par Marguerite de Provence, femme de saint Louis,, fille de Raymond-Bérenger IY, comte de Barcelone, qui tenait le Comté de Provence de son père Alphonse II, dont le père, aussi Comte de Barcelone, avait épousé la dernière héritière d'Aragon.
D'après Bofarull, auteur catalan très estimé, la question est résolue. Sunifred fut père de Vuifred-Ie-Velu, premier comte de Barcelone, qui commença à régner en 874 et qui eut cinq fils :
Vuifred II, ou Borel, qui lui succéda;
Miron, qui eut pour apanage les Comtés de Cerdagne et de Bésalu ;
Suniaire, d'abord Comte d'Urgel;
Radulphe, qui mourut moine à Ripoll, après avoir gouverné le Roussillon;
Borel , dont aucun document n'a fait connaître le sort.
A Vuifred succéda Suniaire, troisième fils de Vuifred- Ie-Velu , que remplacèrent ses deux fils : Borel II , et un autre, du nom de Miron , qui mourut sans postérité.
Telle est la branche ainée , que nous ne suivrons pas plus loin.
Miron , comte de Cerdagne, chef de la branche cadette, eut quatre fils, dont le premier, Séniofred , fut son successeur; le second mourut Évêque de Girone; le troisième, Oliba-Cabréta , succéda k Séniofred, mort sans enfants, ainsi qu'à son quatrième frère, Vuifred, comte de Bésalu, qui fut assassiné. Plusieurs auteurs, entre autres Zurita, veulent qu'Oliba ait tenté de réunir à ses États le Comté de Barcelone, après la mort de Vuifred II.
Les Barons s'y opposèrent, dit-il, parce qu'il était bègue, et qu'on le regardait comme un méchant Prince, point catholique. Étranges motifs, difficiles à admettre , attendu que l'hérédité excluait l'intervention des Barons ; en second lieu , comment croire à ces scrupules religieux, lorsque, quelques années après, on voit un enfant de dix ans établi, à prix d'argent, sur le siège de Narbone, qu'il prostitua par la plus infâme conduite.
Borel, fils de Suniaire, transmit le Comté de Barcelone à son fils aine, et donna Urgel et Ausone ou Vich, à son second fils, Ermengaud.
Quant au Comté de Roussillon, Radulphe, qui se fit moine, y fut remplacé par le fils d'un de ses frères, Borel ou Suniaire, comte d'Urgel. Il devint Comte d'Aropurias, ainsi que ses fils , Bencion et Gausbert , et son petit-fils Gauzfred, qui laissa à Hugues, son fils aine, le Comté (l'Amplifias, et à Guilabert, sou second fils, le Roussillon.
LOIS YIS1G0TMQUES.
v <;, Lorsque, au milieu du vnc siècle, Chindasuinde imposa
tpagf /;/• la loi visigothique à tous ses sujets, barbares ou romains1, il ne possédait guère, dans la Scptimanie, que cette portion du Languedoc, composant les départements actuels du Gard, de l'Hérault et de l'Aude, à laquelle il faut ajouter le territoire formant aujourd'hui le département des Pyrénées-Orientales. Cette partie, à cause des passages qu'ils avaient fortifiés dans les montagnes, était très importante pour les Goths, tant pour assurer la communication avec
• Montesquieu assure que <r pmn e «M son fll> ilêfciHliieul <le nier la loi romaine dan* l«\- triltiiiuux. I,e <av<«iil Kussa «mit que |.< loi visi^nllnqur fut <*«lf*|>tto «?n Catalogne ft <ij r.oiKSillon
leurs autres possessions dans tes Gaules, que pour la défense de l'Espagne contre les Français. On n'y trouvait aucune ville romaine, Ruscino même étant détruit depuis plus de deux cents ans. Séparée, par le reste de la Gothie, de la Septimanie française, elle avait beaucoup plus de rapports avec l'Espagne, qui lui était limitrophe, et ne pouvait éprouver de la répugnance k adopter, comme elle, la loi visigothique. Il n'en était pas de même de l'autre portion de la Gothie : elle confinait avec les provinces françaises où régnait la loi romaine, et avait avec elles plus de relations qu'avec l'Espagne ; en outre, on y voyait plusieurs anciennes villes romaines, telles que : Nîmes, Béziers, Narbonne, etc., où cette loi était nationale. Elle dut résister à l'établissement de la nouvelle loi, avec toute "cette force d'une longue habitude, dont le temps seul peut venir à bout, et l'invasion des Arabes ne lui permit pas de produire son effet ordinaire. Ces conquérants permirent aux vaincus de vivre suivant leurs lois. Les Goths cherchèrent à arrêter les Infidèles au passage des Pyrénées , et ils y éprouvèrent une défaite, qui coûta fort cher au Roussillon ; car les historiens arabes racontent que le pays fut ravagé, et que tout ce qui ne put pas se sauver dans les montagnes inaccessibles, fut tué ou réduit en captivité. Quant au Languedoc, après la prise de Narbonne, il devint une arène, où les Sarrasins se battirent trente ans contre les Français de Charles-Martel et de Pépin. Après qu'ils en furent expulsés, l'amour de la liberté et l'attachement a la religion, engagèrent une multitude de Goths à se réfugier dans les Gaules : ils repeuplèrent le Roussillon; il y en eut aussi qui s'établirent dans les environs de Narbonne et de Bé/Jers. Vers la fin du ixc siècle ou au commencement du xe, les Comtes de Roussillon, devenus héréditaires, possédaient également le Comté d'Ampurias.
Pendant tout ce temps, même lorsque ces Comtés devinrent l'apanage de deux branches séparées de la même famille , ils n'eurent que les mêmes juges pour les deux pays, ce qui prouve qu'on n'y suivait qne la loi gothique, Mule en vigueur au-delk des Pyrénées1. Ainsi, tandis que dans les plaids tenus aux diocèses de Narbonne et de Carcassonne, tels que ceux d'Àlsonne, en 948, et de Narbonne, en 953, on voit constamment des juges Gothos, Romanos, eiiam et Salicos*. Le seul document où il soit question , en Roussillon , de la loi romaine, est la rédaction de la coutume de Perpignan, faite, peut-être, en Tan 1162; mais, certainement, bien postérieure à l'ait 1068, puisqu'il y est fait mention des usages de Barcelone, rédigés, pour la première fois, cette année. N'est-il pas naturel de conclure, de tout ce qui précède, que si quelques circonstances favorables permirent aux habitants de la Septimanie , voisins de la France , de conserver la loi romaine ou de la reprendre après la disparition de la Monarchie des Goths, ceux du Roussillon, au contraire, adoptèrent, comme les Espagnols, la loi visigothique , et la suivirent uniquement jusqu'après l'gn 1068?