DE SALSES
L'immense avantage qui résulterait du dessèchement N*29, de l'étang et des marécages, entre Salses et Leucate, a (p*§*uq)suggéré l'idée de tenter l'opération par le colmatage, en y introduisant les eaux troubles de l'Agi y, lors des crues. Le canal aurait vingt mètres de largeur sur deux de profondeur. La surface totale, y compris les marais, est de 8.000 hectares ou 80.000 mètres carrés. La coupe du canal, réduit de 5 mètres au fond, serait de 37 mètres cubes. Accordant aux eaux une vitesse de 2 mètres par seconde, on introduirait journellement 6.393.600 mètres cubes d'eau. En les supposant chargées de */ioo de terre, comme on les a trouvées, dans les expériences faites avec soin et précision , pour des atterrissements projetés dans les maremmes de Toscane, il en résulterait 191 .808 mètres par jour : il faudrait donc, pour combler l'étang, que les crues de l'Agly eussent annuellement une durée de huit jours et demi pendant cinquante ans.
Il existe, au sujet de la possibilité d'exécution, une opinion vulgaire, qui mérite d'être discutée. On prétend que jadis l'Agly se jetait dans l'étang. Parmi les auteurs anciens, Pline est le seul qu'on pourrait croire avoir voulu faire mention de l'Agly; mais il ne dit pas un mot de son embouchure. Serait-ce le Sordus de Festus Aviénus? Mais ce géographe ne parle que de sa sortie de l'étang; or, ne faut-il pas croire que, sur la foi des navigateurs, il aura pris son déversement dans la mer, au Grau, pour l'embouchure d'une rivière? Au moyen-âge, une seule charte , en 961 , parle de l'Agly , qu'elle nomme flumen
aquilinum. Son cours était alors le même qu'aujourd'hui, passant auprès de. la chapelle de Saint-Saturnin , et formant une forte connexité vers le sud. Plusieurs actes du XVe siècle établissent ses confrontations avec des champs des territoires de Pia, Claira, Torrelles. Ainsi, avant le IIe siècle, point d'indiee que ce cours différât de celui d'aujourd'hui; depuis, certitude qu'il n'en a pas dévié. Examinons si le terrain offre des indications de la direction qu'on prétend lui attribuer à une époque, que, d'ailleurs, on n'assigne point. La pente, entre le canal de Claira et la rivière, qui ne peut la surmonter que lorsque ses crues excèdent cinq pieds, rend, en quelque sorte, impossible la direction naturelle vers l'étang; mais, dira-t-on , il existe un fossé que, de temps immémorial, on appelle la Gly vella. Ce misérable fossé commence au point où le canal de Claira tourne au sud, pour se jeter dans la rivière, à 900 mètres de distance. On y voyait, il n'y a pas long-temps, une écluse en pierre de taille, indiquant une prise d'eau de dérivation. Des actes anciens le constatent : nous pouvons en citer un de 1661, qui donne la confrontation occidentale d'un champ : cim alveo de Clayra, nommât la Gly vella. Ainsi donc, ce n'est que le reste d'un ancien canal d'arrosage , ou la trace du déversement d'une forte crue de l'Agly.
Nous ferons connaître , au sujet de l'étang de Salses , qu'en 1716 on approuva un projet de canal de communication entre le Languedoc et le Roussillon , dressé par M. de Niquet, savant ingénieur. Il y eut même un commencement d'exécution , comme on en voit l'amorce k la Nouvelle, ainsi qu'une partie dans le territoire de Saint- Hippolyte, à la sortie de l'étang de Leucate. Il est à regretter qu'on n'ait pas donné suite a rincontestable utilité d'une opération, qu'on croit avoir été jadis tentée
par les Romains et les Goths. On n'eût, toutefois, obtenu un succès réel , qu'en prolongeant la communication jusqu'au canal du Midi.