CHAPITRE TROISIÈME
stations qui y sont mentionnées en des points où l'on découvre encore des vestiges d'anciens sites romains, soit en faisant accorder, au moyen de circuits plus ou moins vraisemblables, les distances marquées par les itinéraires entre ces stations, avec celles que l'on observe aujourd'hui entre les lieux où ils les ont placées. Mais, quel que soit le mérite particulier de leur travail, sont-ils bien certains de ne point s'être écartés de la vraie direction de la voie qu'ils ont voulu retrouver? Nous ne le pensons point; et l'on peut craindre qu'un premier pas fait hors de cette direction, ne les ait entraînés loin de la réalité. A notre avis, toute la question consiste à déterminer la direction de ces routes, en fixant, avec toute la précision possible, d'après les documents dont nous pouvons disposer, la situation des principales stations. Celles-ci nous serviront de jalons, entre lesquels il sera, sinon facile, du moins peu important, de placer les autres. Nous allons essayer de résoudre, en suivant cette marche, un problème qui a souvent donné lieu à de vives et longues dissertations.
Le premier fait historique nous indiquant une route à travers le Roussillon pour aller d'Espagne dans les Gaules, est le passage d'Annibal, qui eut lieu 217 ans avant Jésus* Christ (Tite-Live, liv. 21). Ce grand capitaine, après avoir franchi les Pyrénées, campe à Illibéris ; les Gaulois l'attendent à Ruscino, sans doute parce que ces deux villes étaient situées sur le chemin que l'on suivait alors; et la position du Carthaginois, dont le principal objet, pendant qu'il traitait avec les Gaulois, devait être de couvrir ses communications avec l'Espagne, dénote assez que la route qu'il avait suivie pour venir a Illibéris ne devait pas s'éloigner de la côte. Environ un siècle après cet événement, Polyhe (liv. S) nous apprend qu'une belle roule conduisait
d'Empurias au Rhône ; que les distances y étaient marquées de huit stades en huit stades ( de mille en mille ) , et qu'elle avait 1.600 stades (200 milles romains) de développement. Cette mesure s'accorde fort bien avec les distances marquées sur les itinéraires, et avec celles que nous- donnent les cartes actuelles. Polybe étant mort à quatre-vingt-deux ans, et au plus tard trois ou quatre ans après la conquête de la Narbonnaise par les Romains, il est infiniment probable que la route dont il parle était, pour la partie comprise entre les Pyrénées et le Rhône, l'ouvrage des Gaulois. A cette époque, Illibéris et Ruscino étaient les seules ou du moins les principales villes du Roussillon; elles se trouvaient sur la ligne la plus directe que l'on pût suivre pour aller d'Empurias au Rhône, en passant par Narbonne. Les montagnes, moins élevées aux approches de la mer, offraient un passage plus facile que partout ailleurs. La civilisation du pays avait commencé sur les côtes : c'était donc là qu'on avait plutôt senti le besoin d'une route, et qu'on avait eu plutôt les moyens de l'entreprendre. Tout, en un mot, doit nous faire présumer que le chemin dont parle Polybe, était celui qu'avait suivi Annibal , et qu'il passait par Illibéris et Ruscino, traversant les montagnes dans le voisinage de la mer. Nous avons déjà vu (Strabox, liv. 3) que Pompée plaça ses trophées à l'extrémité des Pyrénées, sur la route qui conduit d'Italie en Espagne, ce qui indique, pour cette route, soit au temps de Pompée, soit au temps de Strabon, la même direction qu'on peut lui assigner d'après Polybe et Titc-Livc. Cette route est suivie par Pomponius Mêla dans sa description du pays des Sardons. Il la fait entrer par Salsulis, va de là à Ruscino, à Illibéris, nous montre en passant le Portus-Pyreiuri, et sort des Gaules par Cervaria. Pline el Plolémée, on décrivant celte contrée, ne