‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 47 sur 282 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Tandis que le Roi franc, poursuivant avec chaleur les débris de l'armée défaite, est arrêté par la forte place de Carcassonne, où les Goths avaient enfermé tous les trésors de la Couronne, la division se met parmi les vaincus : les uns se déclarent pour Âmalaric , fils légitime du dernier Roi , et emmènent cet enfant en Espagne ; les autres, proclament Gesalic, fils naturel d'Alaric. Ce nouveau Roi cherche à justifier le choix de ses partisans, en opposant quelque résistance aux ennemis de sa nation ; mais vaincu par Gondebaud, roi des Bourguignons, alliés de Clovis, il est obligé de fuir au-delà des Pyrénées, abandonnant au vainqueur Narbonne , qu'il livre au pillage. C'en était fait de la monarchie des Visigoths, ou du moins elle eût perdu pour toujours les provinces gauloises, si le grand Théodoric n'eût fait marcher à son secours une armée d'Ostrogoths. Ibas, son général, arrache aux Francs et aux Bourguignons la Provence , qui Ait annexée au royaume d'Italie, et les pays entre le Rhône et les Pyrénées, qui, avec l'Espagne, lorsque Gesalic en eût été chassé, furent gouvernés par Théodoric, aïeul maternel du jeune Amalaric. Obligé de fuir de l'Espagne, Gesalic se réfugia en Afrique, chez les Vandales. Ayant reçu quelque argent de leur Roi, il rentre dans les Gaules. Parvenu à y lever une armée, il traverse le Roussillon et pénètre jusqu'à quatre lieues de Barcelone , où il est défait par les généraux de Théodoric. Échappé de ce combat, il repasse les Pyrénées; mais poursuivi chaudement par un gros de cavalerie, il est atteint et tué au-delà de la Durance.

Délivré de ce rival, le petit-fils de Théodoric régna sur les Visigoths. Après la mort de son grand-père, arrivée en 526, il resta maître, par le traité qu'il fit avec son 520. cousin Athalaric, de la partie de la Narbonnaise soumise aux Goths sur la rive droite du Rhône. Le nom de Sep-

timanie, qui paraît avoir été donné primitivement à un pays plus étendu , fut alors exclusivement affecté à cette contrée, que l'on nomma aussi Gaule-Gothique. Amalaric fixa sa résidence à Narbonne. Les mauvais traitements qu'il faisait éprouver a Clotilde, sa femme, fille de Clovis, irritèrent Childebert, frère de cette princesse. Le Roi franc

!>"i . pénètre dans la Septimanie, en 551 , bat Amalaric, prend et pille Narbonne, avec plusieurs autres places, emmène sa sœur, et finit par abandonner un pays qu'il avait dévasté. Ces désastres engagèrent Theudis, successeur d'Amalaric, à transporter au-delà des Pyrénées le siège de la monarchie, en laissant dans la Septimanie un Gouverneur, chargé de la défendre contre les entreprises des princes français. Théodebert, l'un d'eux, réussit, en 353, à enlever quelques places aux Goths. L'an 567, Liuva, gouverneur de la Septimanie, fut proclamé Roi, à Narbonne, et y fixa son séjour. Un ou deux ans après, s'étant associé son frère Léovi^ilde, il lui abandonna l'Espagne, ne se réservant que la Gaule-Gothique, qui fut de nouveau réunie à la monarchie par sa mort, arrivée en 572. C'est sous le règne de Liuva qu'on trouve le premier Évêque d'Elne, dont l'existence soit bien prouvée. Il s'appelait Donnus, et jouissait d'une grande réputation de science sacrée et

:>G8. de sainteté : il occupa ce siège de l'an 568 à l'an 580. On ignore l'époque de J'érection de cet évéclté; mais on est certain qu'il n'existait pas en 506 , puisque le nom de l'Évêque d'Elne ne se trouve pas sur l'état des Pères du Concile, tenu à Agde cette année, Concile où tous les Evêques des provinces gothiques en-deçà des Pyrénées assistèrent en personne ou par députés.

Les Rois francs convoitaient toujours la Septimanie. En 588, Contran fit un armement considérable pour s'en emparer; mais le duc Glaudt», général de Recarède, ayant

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