‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 58 sur 282 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

magne, vers lequel s'étaient réfugiés quelques chefs sarrasins mécontents de la révolution opérée en Espagne, jugeant cette circonstance favorable pour étendre sa domination au-delà des Pyrénées, résolut de porter la guerre chez les Infidèles. L'an 778, deux armées françaises envahirent 778. leur pays, l'une du côté de la Navarre, l'autre par le Roussillon : cette expédition, très célèbre chez les romanciers , mais historiquement peu connue, est très différemment rapportée par les auteurs arabes et dans les chroniques des Chrétiens. Cependant, on peut concilier aisément leurs récits, en disant que si l'armée française éprouva quelque échec en se retirant de la Navarre, il n'en est pas moins certain que Charles resta maître d'une grande partie du pays appelé aujourd'hui Catalogne; qu'il y établit des Comtes ou des gouverneurs dans les villes; qu'à la vérité, il les prit quelquefois parmi les Sarrasins, qui ne hn furent pas toujours fidèles. Ainsi, en 785, celui de Girone se révolta et ht remplaeé par un Comte chrétien. Le Monarque français trouva le Roussillon dans un état déplorable : on n'y voyait rien qui méritât le nom de ville ; la plupart des villages étaient détruits; les monastères, les temples, renversés; les terres, en friche. Il chercha à remédie? à cet état de choses, en construisant quelques monastères ; car, alors , des habitants ne tardaient pas à s'établir autour de ces édifices, comptant sur la protection du Saint auquel ils étaient dédiés. Perpignan ne doit probablement son existence qu'à une fondation de ce genre, faite par ce prince dans l'emplacement où se trouve aujourd'hui le vieux Saint-Jean. La ville d'Arles s'est également formée auprès de l'abbaye construite à cette époque, dans un lieu désert et sur les ruines d'anciens édifices. Saint-Pant-de-Fenouillèdes , Saint-Génis-des-Fontaines , Saint- Andre-de-Sovède , Saint-Estève-suv-la-Tet , etc . ,

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tirent aussi leur origine des habitations qui s'agglomérèrent autour des monastères fondés par ce prince ou ses premiers successeurs. Non content de ces établissements, Charles accorda aux Goths fuyant d'Espagne, des terrains en friche pour les mettre en culture. C'est k ces concessions qu'on doit attribuer le repeuplement du pays, et l'émulation qu'elles excitèrent ranima notre agriculture expirante. Le petit nombre de chartes de ce temps parvenues jusqu'à nous, fait voir, de tout côté, les chapitres des églises comme de celle d'Elne, les moines comme ceux d'Arles, de Saint-Clément, etc., ainsi que plusieurs particuliers, travaillant à l'envi au défrichement des terres qui leur appartenaient, k quelque titre que ce fût, et s'efforça nt ainsi de réparer les maux qui, depuis le commencement du siècle, accablaient le Roussillon. Ils avaient été si grands, qu'il est fort présumable que le Diocèse d'Elne resta sans Pasteur depuis Clarus, qui occupait ce siège vers la fin du siècle précédent : du moins , on ne trouve aucune mention de ces Évêques jusqu'à Vénédurius, qui assista au Concile de Narbonne, en 791, et y disputa infructueusement le Rasés k l'Archevêque de cette ville, si toutefois on ne révoque pas en doute, avec le P. Pagi, l'authenticité du fragment qui nous reste des actes de ee Concile. On ne voit point sur quel fondement Vénédurius réclamait le Rasés, comme faisant partie de son Diocèse. Peut-être, fondait- il ses prétentions sur la délimitation faite par le roi Vamba de ceux de la Septimanie , dans laquelle, comme nous l'avons dit, les Diocèses d'Elne et de Carcassonne paraissaient limitrophes, ce qui ne pouvait être qu'en donnant k l'un ou k l'autre le canton qui les sépare.

Une nouvelle invasion des Sarrasins vint arrêter cet llan vers la culture des terres que Charlemagne avait su

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faire naître. Hescbam ou Issem Ier, Roi de Cordoue, ayant fait publier la guerre sainte dans ses États, assembla deux armées, dont l'une, de 39.000 hommes, attaqua le royaume naissant des Asturies; et l'autre, beaucoup plus considérable, sous les ordres d'Abdallah-ben-Abdelmelec, se dirigea contre les possessions françaises en Catalogne. Suivant les relations toujours emphatiques des Arabes, cette armée mit le siège devant Girone, qui fut prise d'assaut en 792, après une défense opiniâtre. Cette place 792. prise, les Infidèles franchirent les Pyrénées, poussant devant eux les peuples qui fuyaient épouvantés vers les montagnes les plus inaccessibles : la contrée fut ravagée, Narbonne prise de vive force, ses habitants massacrés. Dom Vaissette et M. de Marca réduisent les conquêtes des Sarrasins à la prise des faubourgs de cette ville. De Narbonne, les Musulmans s'avancèrent vers Carcassonne ; mais ils rencontrèrent sur leur chemin saint Guillaume , duc de Toulouse, qui, ayant assemblé toutes les forces dont il pouvait disposer, les attaqua dans les environs de Villedagne. La victoire fut long-temps disputée : Guillaume fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un vaillant soldat et d'un habile capitaine. Si les Sarrasins restèrent maîtres du champ de bataille, ce ne fut qu'après avoir éprouvé des pertes qui les obligèrent a se retirer, n'emportant que le butin qu'ils avaient fait, sans conserver aucune place dans les provinces françaises. En 797, les troupes de Louis, roi d'Aquitaine, entrées sur les terres soumises aux Arabes, les traitèrent comme ceux-ci avaient traité les provinces chrétiennes. Nous nous abstiendrons de donner des détails sur les opérations militaires des Français au-delà des Pyrénées. Les faits sont racontés d'une manière un peu confuse et quelquefois contradictoire par les historiens des deux nations. Il serait possible que, dans

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quelqu'une de ces expéditions, une armée musulmane eut pénétré jusqu'à Narbonne et tout dévasté sur la route, comme l'assurent leurs écrivains. C'est sans doute pour obvier à une pareille entreprise que, lors du siège de Bar- 800. celone, en 800, Louis divisa son armée en trois corps, dont l'un couvrait celui qui faisait le siège; le troisième, qu'il commandait, resta en Roussillon. Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'a la mort de Charlemagne, toute la Catalogne, jusques et y compris Barcelone, était soumise à ce prince, et gouvernée par des Comtes qu'il avait nommés.

La Septimanie, qui comprenait alors la Marche d'Espagne, faisait partie du royaume d'Aquitaine1, que Charles avait créé pour son fils Louis aussitôt après sa naissance. Ce prince succédant à son père en 814, n'oublia point une province qu'il avait long-temps gouvernée. Les Chrétiens fuyant les pays occupés par les Maures , avaient obtenu de la politique généreuse de Charlemagne des terres à défricher, soit dans la Marche d'Espagne, soit dans la Septimanie. A peine monté sur le trône, Louis, non content de continuer a ces fugitifs la protection que leur avait accordée son père, rend une ordonnance pour régler d'une manière certaine leur état, qu'il assimile ea tout à celui des Français libres, ne leur imposant d'autre charge que celle de marcher a la guerre, sous les ordres de leur Comte ; de faire la garde , de loger les Comtes, les Ambassadeurs, et autres gens marchant par l'ordre du Souverain; de leur fournir des montures, des charrois, ce qu'on appelait facere para tas. Tant au civil qu'au criminel , ils devaient être jugés par les Comtes ; mais les

l Distraites de ce royaume , en 817 , pour accroître la porliou de Lothaire , ce* ptevim* lui furent retirées en ,835 pour le punir de ses révoltes multipliées; et avec la pl«s gras* partie de sis Ktat* d'Allemagne et de France , elles formèrent le lot de Cbarto-lt-Cknw.

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