CHAPITRE SEPTIÈME
comme le dit Gérard lui-même dans son testament. Le Comte ne manquait point de parents, et Hugues III, Comte d'Ampurias, descendait, comme lui, des premiers Comtes de Roussi lion. Mais Gérard voyait son héritage fort convoité par le Roi d'Aragon; il ne pouvait en disposer en faveur d'aucun de ses parents, assez puissant pour le défendre contre les entreprises d'Alphonse. Il craignait que s'il venait à s'en emparer par Jes armes, les dispositions auxquelles il tenait le plus restassent sans exécution. Il préféra donc, en suivant les conseils d'une sage politique, déclarer le Roi d'Aragon son héritier, lui recommander ses parents, ses amis, et le charger de l'exécution de ses dernières volontés. Quant au château de Mèze, qu'il tenait du chef de sa mère, il en disposa en faveur de Béatrix, sa cousine1. Les nombreuses restitutions ordonnées par Gérard, restitutions dont on trouve de fréquents exemples dans les testaments de cette époque, nous prouvent que si les Seigneurs d'alors, en cela semblables aux hommes puissants de tous les siècles, commettaient des injustices, ils songeaient du moins souvent à les réparer au moment de leur mort. La politique qui dicta le testament de Gérard s'accordait heureusement avec le véritable intérêt des peuples ; et si le Roussillon vit rompre les liens, devenus bien faibles, qui l'attachaient à la France depuis plus de quatre siècles, il eut du moins l'avantage de faire partie d'un État mieux gouverné que ne Tétaient & cette époque la plupart des monarchies de l'Europe.
Les Comtes de Roussillon, depuis Miron, étaient bien loin de posséder la province entière qui, dans la suite, porta
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ce nom. Leur puissance ne s'étendait guère que sur les deux cantons actuels de Perpignan, ceux d'Argelès, de Thuir, de Millas, de Rivesaltes, et sur quelques villages limitrophes. Le reste, devenu, après la mort de Miron, la propriété des Comtes de Barcelone, fut annexé aux Comtés de Cerdagne et de Bésalu, apanages de deux branches cadettes de cette illustre maison. Les Souverains de ces deux Comtés ayant possédé une partie aussi considérable du département, nous ne pouvons nous dispenser de consacrer quelques pages à leur histoire. Nous le ferons en prenant pour guide Don Prosper de Bofarull . Ce savant , en débrouillant la suite mal connue, avant lui, des Comtes de Barcelone, a jeté un grand jour sur celle des premiers Comtes de Cerdagne1.