CHAPITRE HUITIÈME
55.918 pas (55 kil.) en ponts aqueducs qui s'élevaient, en certains endroits, jusqu'à la hauteur de 109 pieds, et enfin 50.240 pas (45 kil.) en canaux construits k fleur de terre. Frontin évalue la quantité d'eau qu'ils fournissaient à 24.415 quinaires1, quoique, avant lui, on ne comptât que 14.028 quinaires dans les registres de distribution, et seulement 12.585 dans ceux de recette*. Près des trois quarts (soixante-et-onze centièmes) de cette eau entrait dans la ville où, après avoir servi à divers usages, elle se jetait dans les égouts, qui la portaient au Tibre, chargée des immondices dont elle les avait délivrés. La moitié environ des 0,29 restants était utilisée hors de la ville pour le public ou pour les maisons de campagne de l'Empereur ; l'autre moitié était distribuée à des particuliers. Les concessions en faveur de l'agriculture ne pouvaient être tirées que de cette dernière partie ; et même le plus grand nombre des prises d'eau qu'elle alimentait, avait pour destination les villas des Grands, situées aux environs de la capitale. Les concessions cessaient d'avoir leur effet par la mort du concessionnaire ou par la vente de la propriété, tandis que celles des bains publics étaient perpétuelles : en changeant de maître, le privilège devait être renouvelé. Il existait dans le Code romain un grand nombre de dispositions sur les cours d'eau et les dérivations pour les usages publics et privés, qui ont fait et font encore loi chez presque tous les peuples. On ne saurait, toutefois, en conclure que l'irrigation des terres, en Rit le principal objet : tout prouve, au contraire, que l'emploi des canaux concernait plus généralement l'embellissement des villes et des
1 0n appelait ainsi la quantité d'eau qui coulait par un tuyau de 5/4 de doigt de diamètre, à peu près 0,02322 de mètre; ou 0,80 en pouces de Paris. 2 Osl-à-dire qu'uu huitième était compté pour le» pertes ou les accidents.
palais. Le diamètre des orifices de distribution, n'excédait que bien rarement la vicénaire, réduite d'un demi-doigt, ou 5 pouces 09 : dimension bien insigniQante pour des arrosages de quelque importance. Souvent, on y adaptait, pour l'écoulement , un tuyau long de 50 pieds. Tous ces détails, dont l'exactitude nous est garantie par le caractère de Frontin et la charge qu'il avait exercée, prouveat combien peu les Romains avaient songé à favoriser l'agriculture en construisant ces ouvrages somptueux. Hais, s'ils n'utilisèrent pas les eaux pour l'irrigation dans leur propre pays, à la porte de la capitale, l'auront-ils bit dans les Gaules, en Espagne? C'est tout-a-fait improbable. Et certainement les Barbares établis dans ces provinces, à la décadence de l'Empire, n'auront pas entrepris une amélioration agricole négligée par les Romains.
La conclusion naturelle de tous ces faits , c'est que l'art de fertiliser des terres arides au moyen de l'irrigation, était peu pratiqué en Espagne et dans la Narbonnaise avant l'invasion des Arabes. Cet art, comme nous l'avons vu plus haut, n'était pas toutefois complètement ignoré de ces peuples. La conquête de la Syrie et de l'Egypte les familiarisa avec les travaux nécessaires pour la construction et l'entretien des grands canaux d'irrigation. Malheureusement pour l'Espagne, les soldats de Tarik et de Mousa , et surtout les renforts qui leur venaient d'Afrique , comptaient peu d'Arabes dans leurs rangs : ils étaient composés en grande partie d'aventuriers de toutes les nations, Juifs, Musulmans, Chrétiens même, que l'espoir du pillage avait enrôlés sous les drapeaux du Calife et des Maures, entrainés par le fanatisme de la nouvelle religion. Ces hommes, bien inférieurs sous la rapport de la civilisation aux conquérants de l'Asie, se jetaient sur l'Occident pour le piller ou le soumettre a la loi du Pro-