CHAPITRE NEUVIÈME
à l'émancipation des habitants de ce pays; les Rois d'Aragon les imitèrent. Devant consacrer un article à la ville de Perpignan , nous entrerons dans quelques détails au sujet du régime municipal qui y fut établi en H 97 par Pierre II. Mais, pour faire mieux apprécier les changements opérés à cette époque, nous croyons devoir donner un extrait de l'acte d'affranchissement de Saint-Laurentde-la-Salanque ' :
«Le 22 février 1213, Pierre second, du conseil et 1215. consentement de son très cher cousin Nuno, Seigneur particulier de ce lieu, affranchit les habitants de cette commune de tous droits et servitudes auxquels ils étaient tenus; accorde la faculté de vendre, d'échanger leurs biens, et d'en disposer par testament. Il assure aux plus proches parents, jusqu'au quatrième clegré, la succession de ses sujets morts intestats. Il règle, qu'à défaut de parents de ce degré, on fera trois parts de l'héritage, dettes payées : le Bailli royal, assisté de trois prud'hommes du lieu, recevra et distribuera en bonnes œuvres le premier tiers; le second appartiendra au Roi; le troisième aux parents jusqu'au septième degré, et, & leur défaut, au Roi. Les habitants sont exemptés de tout péage, droit ou service, hors celui d'host ou chevauchée. Chacun pourra faire du sel pour les besoins de sa famille, ou l'acheter au même prix que le Roi. Il est défendu aux Baillis ou Viguiers de forcer les habitants d'assister à des plaids tenus ailleurs que dans leur village ou son territoire. » En 1242, Jacques Ier confirma ce privilège, toutefois en se réservant le droit d'établir des leudes ou péages.
Pierre, zélé catholique, avait chassé de ses États les Albigeois et leurs fauteurs. Par dévoâment au Pape, il
l Communiqué par M. de Saiot-Malo.
15(i HISTOIRE DU ROUSSILLON.
avait mécontenté ses sujets, en soumettant son royaume à un tribut de deux cent cinquante marmodins en faveur de la Chaire de Saint-Pierre. Beau-frère du Comte de Toulouse, parent ou ami de plusieurs autres Seigneurs attaqués par les Croisés, il ne leur avait donné aucun secours. A la vérité, une garnison catalane avait défendu pendant près de quatre mois le château de Termes, contre Simon de Montfort;* mais le Roi n'avait pris aucune part à cette défense. Raymond de Termes, maître de ce fort, et mari d'Erméninde de Corsavi, fille d'un des principaux Seigneurs du Roussillon , avait recruté parmi les vassaux des parents de sa femme1, la majeure partie de cette valeureuse troupe, devant laquelle auraient échoué les Croisés, si elle avait pu se défendre aussi aisément contre les maladies que contre leurs attaques. Loin d'être l'ennemi de Montfort, Pierre lui avait confié son fils, âgé de trois ans, pour être élevé sous ses yeux, en attendant qu'il pût se marier avec sa fille. Cependant, il crut devoir arrêter cet ambitieux, qui , sous prétexte de religion, ne visait qu'à s'emparer des États du Comte de Toulouse. 11 marcha donc au secours de ce prince; mais, ayant imprudemment livré, auprès de Muret, un combat aux Croisés, 1215. il y périt le 17 septembre 1213. Si, moins fougueux, il avait suivi les conseils de son oncle Sancho et de quel-, ques autres Seigneurs, qui l'engageaient à ne rien tenter avant l'arrivée des renforts qu'ils lui amenaient, il aurait pu jouer le rôle glorieux de pacificateur, et l'Aragon ne se serait pas trouvé dans la situation la plus critique. En
l Cette dame ont deux fils : Olivier de Termes , l'aîné , Tut un des plus braves chevaliers de son temps. Après avoir suivi Jacques I" d'Aragon a la conquête de Majorque , H aeconpagua saint Louis dans ses deux croisades . et mourut le 43 août 1775 , dans la Terre-Saiutr. ou il avait été en\oyé en avril 1273 , par Philippe-le-Hardi . :ï la tiHc de vingt-cinq rhevilierset cent arbalétriers. Raymond de Serralonguc , qui portait ce nom d'une terre de i«j iiH-ir située en IloussilloD , fut le second fils d'Krmlninde de Corsavi.