‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 99 sur 282 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Guillaume de Moncade, vicomte de Béara. Fort lié d'abord avec ce dernier, ils se brouillèrent pour un motif des plus frivoles, et leur querelle ramena la guerre dans le Roussillon , qui aurait eu besoin de la paix pour réparer des malheurs récents. Une sécheresse extraordinaire y avait en 1219 détruit toutes les récoltes, perte qui fut cause -1219. d'une famine, en même temps qu'une épizootie enleva la plus grande partie des bestiaux. Moncade, peu sensible à ces désastres , assemble ses parents , ses amis , et entre en Roussillon, pour y faire du dégât sur les terres du père de son ennemi. Sancho, pris au dépourvu, s'adresse au Roi , lui représentant que si quelqu'un a des réclamations à élever à raison de sa Seigneurie du Roussillon, de la Cerdagne et du Gonflent, il est prêt k faire décider le sujet de la contestation par les voies ordinaires de la justice ; qu'il donne pour ses garants Don Atho de Four et Don Blasco Maça. Jacques en fit prévenir Moncade, et lui défendit toute voie de fait. Celui-ci, loin d'obéir, entra en Roussillon, k la fin de 1222, prit le château d'Àvalri, appartenant k Raymonde de Gastel-Rossello , et marcha sur Perpignan. Un chevalier, nommé Gisbert de Barbera, sort de la ville, k la tête des bourgeois et attaque Moncade ; mais la fortune trahissant son courage, il est battu et pris au commencement de l'an 1223. La guerre devint bientôt générale, parce que d'un côté, Don Raymond Folch de Cardone, prit les armes en Catalogne, où il était très puissant, en faveur des Seigneurs du Roussillon, et que de l'autre, le Roi, indigné du mépris qu'on faisait de son autorité, marcha, avec ses Àragonais, pour mettre Guillaume k la raison. Jacques, quoique fort jeune, montra, dès lors, ce qu'il serait un jour. Dans peu de mois, cent trente tours ou châteaux sont enlevés à Moncade ou à ses partisans. On prit celui de Cerveillon , près de Bar-

celone, vers la fin d'août 1225; et Guillaume lui-même, assiégé dans son château de Moncade , aurait infailliblement été forcé de se rendre faute de vivres, si, comme le dit Jacques dans ses mémoires, les Seigneurs, craignant l'abaissement du Vicomte, ne lui en eussent fait passer en secret. Sancho et son fils assistèrent k ces deux sièges: mais le père mourut quelque temps après; car nous trouvons un privilège accordé aux habitants de Claira pour h dépaissance de Végariu, le jour des ides de décembre 1225, par Nuiio-Sancho , qui s'intitule Comte de Roussillon el de Cerdagne. Quoique la retraite du Roi eût rendu le Vicomte de Béarn plus audacieux, la paix se fit bientôt entre Moncade et Nuno. Tous deux, réunis à l'Infant Don Ferdinand et k d'autres Seigneurs factieux, formèrent le projet de s'emparer de la personne du Roi et du gouvernement. Nuno, oubliant le secours qu'il venait de recevoir de son Souverain ,. le livra k ses nouveaux alliés. Il eut lieu de s'en repentir; car toute l'autorité fut donnée a l'Infant, et le Comte, quoique membre du conseil, resta 4225. sans influence dans l'État jusqu'en 1225, où Jacques s'échappa de leurs mains. Ce prince, rendu k la liberté, employa les deux années suivantes k détruire les factions, a pacifier les troubles dont il avait été la victime dans son enfance. Il y réussit par son adresse et sa fermeté. Pour consolider son ouvrage, il résolut d'occuper contre les Infidèles le courage inquiet des Catalans. En conséquence , ayant convoqué k Barcelone , pour le mois de décembre 1228, une assemblée générale de la Principauté, où l'on admit, suivant l'usage qui s'était introduit durant sa minorité, non-seulement les Prélats et les Nobles, mais encore les députe» des villes, il y fit statuer qu'il y aurait paix et trêve depuis la Cinca jusqu'k Salses. et que Ton entreprendrait la conquête de l'île de Majorque.

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