‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 10 sur 205 · K'ANG-WANG · texte numérisé non relu

K'ANG-WANG

Le nouveau roi, fils aîné du précédent, de son nom propre s'appelait Tchao B3; celui de K^ang J| lui fut donné à la mort, selon l'usage ; et c'est sous ce dernier qu'il est inscrit dans l'histoire.

En 559, au printemps, le roi de Ou ^ ayant averti de sa défaite le roi de Tsin ^, celui-ci réunit ses vassaux à Hiang |pj (1), pour délibérer sur les moyens de réparer ce désastre et d'abattre le pays de Tch*ou. Dans cette assemblée, Fan-siuen-tse ?Ê â "?» premier ministre de Tsin, humilia terriblement le pauvre roi de Ou; il le traita de sauvage, qui ne savait ni pratiquer la vertu, ni même observer i'équité naturelle; pourquoi n'avait-il pas respecté le deuil national de Tch'ou? lui seul était la cause de son malheur; enfin on finit par l'expulser de la réunion. En même temps, on fit saisir le prince de Kiu ^, nommé Ou-leao fU^ ^, accusé d'avoir des relations amicales avec le pays de Tch'ou ; puis on se sépara sans autre conclusion.

En automne, K*ang-wang voulut revenir à la charge contre le royaume de Ou ; la victoire de Yong-p'ou J|F ^ ne lui semblait pas une vengeance sulTisante. Tse-nang ^ ^, généralissime comme auparavant, se mit en marche avec ses troupes; il parvint bientôt à la ville de T*ang ^ (2), et y établit son camp; mais Tarmée de Ou refusa de livrer bataille ; Tse-nang fut donc obligé de retourner sur ses pas ; lui-même commandait l'ar ri ère-garde ; persuadé que les gens de Ou n'oseraient pas l'attaquer, il négligea les précautions nécessaires, et fut bel et bien battu dans les défilés de Kao-tcheou ^ ^ (3), sans que le reste de ses soldats pussent venir à son secours ; le prince Y-kou 5|[ ^ fut fait prisonnier.

(1) BUang= était à 50 ly sud-ouest de Wei-che-hien &t R JffLi qui est à 90 li au sud de sa préfecture K'ai-fong-f ou Pq îf fn^ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. -1).

(2) T'aiig= c'est LoU-ho-hien •x ^ j|^9 à 130 li au nord de sa préfecture Kiaugiiiiig-fou te K Jn ou Nan-king re S» [Kiaug-sou]. (p. Fa., vol. 4, p. 14). — (g. Fa., vol. 20, p. 60).

(3) Les défilés de Kao-tcheou=devaieut se trouver entre Ngan-k^iug 3C JS^^ Liu-tcheou-fou JK jH| Jn^ [Ngan-hoei] ; c'est ce qui ressort du récit; car l'armée, partie de T'ang, et marchant depuis plusieurs jours, devait à peu près se trouver dans ces parages.

Tse-nang mourut à la fin de cette année ; est-ce de chagrin ? est-ce de maladie ? peut-être des deux causes à la fois. Comme testament, il laissa à son successeur, le prince Tse-keng ^ ^, la recommandation de finir à tout prix les fortifications de la capitale Yng ^ (1) ; elles avaient été commencées depuis longtemps; Tse-nang lui-même voulait les achever; mais il en avait toujours été empêché par ses multiples occupations, et surtout par ses campagnes continuelles. Il fallait cependant mettre la capitale à Tabri d'un coup de main.

Le commentaire fait observer que Tse-nang s'était montré un serviteur fidèle. Il avait honoré son maître défunt d'un nom glorieux; et lui-même, avant de rendre le dernier soupir, pensait encore au bien public; ne sont-ce pas des preuves de loyauté? un homme fidèle est l'appui de son peuple; c'est ce que nous enseigne le livre des Vers [Che-king fj gf], par ces paroles : «retourner à la grande route (c'est-à-diro suivre l'homme loyal), c'est le désir de tout le peuple» (2).

En 558, le prince Tse-keng ^F j^? dont le nom propre était Ou ^, devenait premier ministre; il avait pour l'aider le prince Kong-tse-pi-jong 5^ •? ^ 3^; le ministre de la guerre fut Koeitse-ping Jl -7 <S|; il avait pour assesseurs les princes Kong-tset*ouo-che ^ î^ 1^ gjî et Kong-tse-tcheng ;^ 4^ jft ; lui-même était petit-fils de Chou-ngao :^ |jc, dont nous avons tant parlé autrefois ; le ministre qui portait le titre de Mou-ngao ^ gc» fut Kiué-tao J^ pj ; le censeur du royaume fut le prince Kongtse-tchoei-chou 5^ ^ âl ^' autrement nommé Tse-nan ^ ^, fils du roi Tchoang-wang ^ J; il avait pour adjoint Kiué-t*ang JS âtPr le fameux archer Yang-yeou-ki ^ ^ ^ fut intendant des écuries royales. L'historien fait l'éloge de ces choix divers; l'homme sage, dit-il, remarquera que le roi de Tch'ou avait cherché des hommes éminents pour tous ces postes ; de bons ministres, voilà surtout ce qui est nécessaire pour un état ; une fois trouvés, le peuple ne se laisse pas emporter par des désirs déréglés; le livre des Vers nous l'enseigne encore par les mots suivants: «hélas! je ne fais que penser à l'homme de mérite; j'oublie là-dessus toute autre occupation !» (3).

En 557, liî baron de Hiu f^ voulant quitter le vassclagc de Tch*ou, avait demandé à émigrer au pays de Tsin Ç ; les princes confédérés s'olTrirent aussitôt pour l'aider à transférer son peuple

(1) Yn^' — était II 8 li nord-est d«- Kinp-tclif^ou-fon Wi /M /fT' II<^ii-pô . L«.'S foriiticatioiis n'en furent t«niniiiécs que sous le roi P'inj; ^ (.''i28-.*)l(»), par 1«» mini«ître Nang-wa iS S' — (p- i'a-, vol. 21, p. 20). — oi;. Fa., vol. 78, p. 0).

(2) Zottoli, III, p. 217, ode 71, — Couvreur, p. 30(î.

(3) Zottoli, III, p. 7, ode 3 — Couvreur, p. S. — C'était la coutuiut-, ;i la cour de Tch'oo, de donner le posto de premier ministre .1 l'onde du roi; du reste, autant que possible, toutes leri hautes dignités étaient occupée!» par deb membre*i de la famille royale.

dans le territoire qui lui avait été assigné ; mais les grands officiers de Hiu étaient absolument opposés h cette émigration. Le roi de Tsin renvoya les princes chez eux, tout en gardant leurs troupes pour protéger le transfert: seul le comte de Tcheng m^, ancien suzerain de Hiu, fut admis à suivre l'armée dans cette opération.

Quand elle fut terminée, les généraux Siun-Yen 1^ fg et Loiani ^ ^, de Tsin, conduisirent leurs troupes contre le pays de Tch'ou; il s'agissait de venger l'invasion de Bong JfJ, accomplie en 564. Le prince Kong-tse-ko ^ ^ ij^ ^nt chargé de repousser l'ennemi; mais il fut vaincu à Tchen-pan f^ jJg (1); fiers de ce succès, les gens de Tsin pénétrèrent jusqu'à la fameuse forteresse de Fang-teheng JSf JjJ; ils n'essayèrent cependant pas de la prendre; ile retournèrent au pays de Hiu, rappelés par des complications; puis ils rentrèrent dans leurs foyers.

A l'année 556, il n'y a rien d'inscrit. — En 555, Tse-K'ong "? ?L premier, ministre de Tcheng ^, homme intrigant et ambitieux, voulut éloigner tous les grands dignitaires, afin de rester seul maître du gouvernement; sachant que le roi de Tsin ne se prêterait pas à cette manœuvre, il résolut de ramener le comté sous la domination de Tch'ou; il espérait qu'en reconnaissance de ce service K'ang-wang lui accorderait des troupes et l'aiderait dans son dessein. Il s'adressa doric au premier ministre Tsekeng ^ ^ ; mais celui-ci refusa sa connivence. K'ang-wang n'en fut pas content: il envoya Y ^, gouveneur de Yang-t'oen ^ ^, (2) lui porter ce billet: le peuple dit de mon humble personne que j'ai peur de conduire une armée, qu'à ma mort je n'aurai pas les mêmes honneurs que mes prédécesseurs; me voilà donc inutile; je suis sur le trône depuis cinq ans, je n'ai pas encore fait une campagne; on me dit adonné à la vie molle et paresseuse, oubliant les hauts faits de mes ancêtres; que votre seigneurie y refléchisse et y remédie !

Le premier ministre gémit de cet ordre: hélas! dit-il, voilà que le roi m'accuse de paresse! moi qui suis uniquement appliqué au bien de l'état! puis, se prosternant humblement devant le messager, il frappa la terre de son front en disant: les princes confédérés sont maintenant très-attachés au roi de Tsin ; votre serviteur va essayer de faire la guerre, si c'est possible; si je réussis, sa Majesté me rejoindra avec le gros de l'armée; sinon,

(1) Tchfrii-pan — la rivièrf- Tchen n& se trouve îl 3() li au nord de Che-hicn ^ Hp* qui est i 120 li au nord de sa préfecture Nan-yang Fw RB' |Ho-nan^; sa source est dans la montagne yu-tche-clian ^» 0 [11 î elle va vers l'est, puis se jette dans la rivière Jeu ^> j\ 50 li sud-est de Jou-tcheou X>C J^i' — (p. Fa., vel. 12, p. 18). — (pj. Fa., vol. 51, p. 32).

(2) Yang-t'oen = était dans la province actuelle du Hou-pé ; mai& on en ignore l'endroit précis.

je ramènerai nos troupes; le roi n'aura pas la honte d'une défaite. Peu de temps après, Tse-keng conduisait une armée faire des manœuvres à Fen ^ il)

Juste à cette époque, Tse-Kiao ^ Èi et deux autres dignitaires avaient accompagné le comte de Tcheng HP Dans son ex|>édition contre le royaume de Ts'i H; les trois grands seigneurs Tse-k'ong -^ fl, Tse-tchen ^ JH et Tse-si ^ ||f étaient restés à la capitale, pour ta garder. Les deux derniers, connaissant les intrigues de Tse-k'ong, réparèrent au mieux les fortifications de la ville, et firent bonne garde; en sorte que le traître n*osait plus avoir de relations avec Tarmée de Tch'ou. Celle-ci était alors à Yu-ling )B^ |§|; le général de l'aile droite établit un camp fortifié h Chang-ki t Kf' aussitôt les troupes passèrent la rivière Yng ^ et vinrent séjourner près de la rivière Tchen-jan ^ ff^ (2).

Les généralissimes Koei-tse-ping ^ •? ^ et Kong-tse-ko ^ ^f jjiff, avec l'élite des soldats, envahirent le territoire de Tcheng ^: ils prirent les villes de Fei-hoa ^ ^^ de Siu-mi ^ ;$ de Hien-Yu Jp ^ et de Yong-leang ^ ^ (3). Pendant ce temps, le reste de Tarmée, tournant à droite, avait occupé la montagne de Mei-chan ^ llji et s'était avancé, dans la partie nord-est de Tcheng jusqu'à Tchong-lao fii ^ (4)- Eniin, les deux corps s*étant réunis reprirent ensemble le chemin de Tch'ou.

(l) Fcîi = c'e8t-à-dire Fen-k'iou-tch'eug f^ fp J85= était un peu au nord-est de SiHii^'-tclj'eii^î-liiirii ISc Wk Sh Q"i «»t ^^ ^ lî sud-oueHt de sa préfecture Hiu-tcheou pip ^, Ho-iiaii . (p. Fa., vol. 12, p. 59).

(*1) Yu-linK"^c'e8t précisémeut la niontaji^ne Yu-tche-chaii J® ]{Hf lU.» à 50 li Nud- «îMt de Jou-tclieou. — (p. Fa., vol. 12, p. 62). — {^. Fa., vol. 51, p. 80).

(;hRii;:-ki-- était au sud de Yu-tcheou iS jHj^ qui est i\ .TJO li bud-ouest de sa préf«'Clure K'ai-foïi^'-fou m ïl m' l'Ho-nan . la rivière Y nj,' ^ est Ti 2 li au nord de Vn-tchi-ou. {\y. Fa., vol. 12, p. C). — (g. Fa., vol. 47, p. 51).

Tclien-jan = cette rivière a sa source dans la inonta|?ue Sonj?-tchou-chan ^ f^ [||j qui se trouve à 25 li sud-est de K'ai-fonf^-fou. (p. Fa., yol. 12, p. 8). — (^. Fa., vol.

(M) Fei-hoa-étaità201i ausudde Yen-cbe-heiii fg Wi IR» qui est à 7(Hi à l'est de sa préfecture Ho-nau-fou TPj |§ }^* 'Ho-uan!. C'était la capitale de la petite principauté de Hoa î*^«

Siu-nii = était è 40 li sud-est de Yeu-che-hieu. (p. Fa., vol. 12, p. 34). — (^. Fa., vol»

Yon^ç-leang = était ;\ 40 li sud-ouest de Fou-keou-hien ^ jfl f^, qui est à 120 li nord-ouest de s& préfecture Tcli'eng-tcheou-fou Pf[ JT| J^» [Ho-nanJ. (p. Fa., vol. 12, p. 57). — (k- Fa., vol. 47, p. 23).

(4) Mei-chan = cette raontajf ne est à 25 11 sud-ouest de Tcheng- tcheou 5P ffl» qui est a 140 li il l'ouest de K'ai-foug-fou. (p. Fa., vol. 12, p. 7). — (g. Fa., vol. 47, p. 55).

Tchong-lao = était îl 2 li au nord de Fong-k'iou ^ 5B' q"i t^st à 50 11 au nord de sa préfecture Wei-hoei-fou W P^ )^j [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p, 21). — (g. Fa., vol. 47, p. 28).

Quant au premier ministre Tse-keng -? ^, il avait été moins heureux dans ses opérations; il s'était établi sous les murs de la capitale; il avait essayé de prendre la porte occidentale, mais en vain; il finit par se remettre aussi en route; arrivé sans encombre au pied de la montagne Yu-tche jft "jj, il se disposait à passer la rivière Tchen J§, quand survinrent des pluies froides et torrentielles qui firent périr presque toute l'armée.

L'historien dit qu'à l'annonce de cette expédition les gens de Tsin Ç avaient eu peur; mais le grand-maître de la musique les avait rassurés; il n'y aura pas de mal, avait-il dit; car je viens de chanter des airs du nord et du sud; ces derniers ne résonnaient pas d'une manière ferme ; ils semblaient indiquer une grande mortalité, l'armée de Tch'ou ne remportera pas grand avantage (1). De même, le grand officier Tong-chou j| ^ avait dit: le cours du ciel se trouve maintenant incliné vers le nordouest, (c'est-à-dire vers nous, le ciel est en notre faveur) ; l'expédition des méridionaux sera malheureuse pour eux. Le sage Chou-hiang ^ |pj n'approuva pas ces dernières paroles ; le cours du ciel et du bonheur n'est pas dans le ciel étoile, mais dans la vertu du prince; il corrigeait ainsi une erreur, et faisait un compliment très adroit à son maître.

En 554, en automne, le premier ministre de Tcheng ffj, Tse-k'ong ^ ^, malgré ses intrigues, n'avait pas réussi à accaparer le pouvoir; il essaya une révolution; mais on finit par le massacrer; ses partisans intimes, Tse-ko ^ '^ et Tse-leang ^ g, s'enfuirent au pays de Tch'ou, qui avait fomenté ces troubles; Tse-ko y devint aide du premier ministre, c'est-à-dire il eut le titre de Yeou-yng ^ ^.

En 553, Kong-tse-siè ^ ^ ^, grand-seigneur de Ts'ai |§|, et ministre de la guerre, voyant que son pays était accablé, à temps et contre temps, de toutes sortes de contributions par son suzerain, le roi de Tch'ou, essaya de le soustraire à son obédience, pour le soumettre à celle du roi de Tsin, qui avait bien plus de ménagement pour ses vassaux ; mais le peuple eut sans doute peur de s'attirer les représailles de K'ang-wang, car le malheureux ministre fut massacré; son frère utérin, Kong-tse-liu ^ ^ JH s'enfuit à la cour de Tch'ou, pour montrer plus clairement qu'il n'avait aucune part dans ce complot.

La principauté de Tch'en |^ avait aussi sa révolution de palais : les deux grands-seigneurs ministres K'ing-hou H J^ et K'ing-yng J| ^ voyaient avec déplaisir l'influence de Hoang J|, frère du prince régnant; ils le calomnièrent auprès de K'angwang, l'accusant de s'être entendu avec Kong-tse-sié ^ ^ 5?»

(1) Des musiciens prophètes = ils apparaissent assez souvent dans l'histoire. La musique reflète au mieux les mœurs d'un pays, dit Goufucius représentant des traditions chinoises.

pour le même motif. K*ang-wang blâme le prince de Tch'eng; mais le prince Hoang s'enfuit à la cour de Tch'ou, pour démasquer et déjouer le plan de ses ennemis. Sur le point de partir, il 8*écria sur la place publique : les deux seigneurs K'ing n'ont pas de vertu; ils veulent accaparer le pouvoir, et tyranniser le pays; ils se montrent insolents envers leur maitre, et chassent ses parents dévoués ; si dans l'espace de cinq ans ils ne sont pas exterminés, je ne crois plus à la justice du ciel ! Vraie ou supposée, la prophétie s'accomplira, comme nons le verrons bientôt.

En 552, pendant l'été, mourait Tse-keng ^ j^, le premier ministre de Tch'ou. K*ang-wang voulut lui donner pour succèsseur Koei-tse-ping ^ ^ ^\ celui-ci demanda l'avis du sage Chen-chou-yu ^ ^^ ^, qui lui répondit: il y a tant de favoris puissants à la cour, le roi est si faible; il vous sera bien dillicile d'administrer le pays ! Là-dessus, Koei-tse-ping refusa cette dignité ; mais, pour ne pas ofTenser K^ang-wang, il simula une maladie d'une façon assez singulière : c'était à Tépoque des plus grandes chaleurs ; sous son lit, il lit creuser un grand trou et le remplit de glace ; cela lui permit de revêtir deux habits doublés de fourrures. K*ang-wang lui envoya son médecin : celui-ci le trouvant très-amaigri par un jeûne continuel et vêtu comme en plein hiver, ne soupçonna point le stratagème ; il rendit compte de sa visite : Koei-tse-ping, dit-il, est bien faible et bien amaigri; mais il n'a pourtant point de maladie. Sur ce, K'ang-wang nomma premier-ministre Tchoei-chou j(ê*ff, appelé encore Tse-nan -f ^. —

Au pays de Tsin. il y avait depuis longtemps des troubles, causés par la rivalité de quelques grandes familles qui se disputaient le pouvoir. Fan-siuen-tse ?â ^ -^i chef de l'une d'elles, était le premier-ministre tout-puissant; il avait donné sa fille en mariage au seigneur Loan ^ d'une famille rivale; celui-ci était mort, laissant un fils nommé Hoai-tse ^ •^, général du troisième corps d'armée : ce dernier voyait avec un extrême chagrin sa mère vivre en concubinage avec son intendant; mais il ne savait comment faire cesser ce désordre honteux ; sa mère redoutait un éclat; elle se mit à calomnier Hoai-tse auprès de son père. Iç premier ministre ; elle l'accusa de méditer une révolution en faveur de la famille Loan ; en conséquence, il fut envoyé surveiller la construction des fortifications à Tchou ^ ; mais, en automne, il s'enfuit près de K*angwang. Dans sa colère, Fansiuen-tse fit massacrer dix seigneurs de la famille Loan. Quant à Hoai-tse, dans sa fuite il traversa le territoire impérial, et fut dévalisé par des brigands ; il se fit alors connaître, et se plaignit de cette fâcheuse aventure ; l'empereur lui fit restituer tout ce qu'on lui avait enlevé (1).

(1) Fan était le nom du fief ; cette famille descendait du fameux empereur Yao ; et comme lui s'appelait Ki 1p{) i on somprend l'empressement de l'empereur à faire réparer le dommage subi par Hoai-tse.

En 551, en automne, Hoai-tse s'enfuit de Tch'ou et se réfugia à la cour de Ts4 3^. Le fameux Yen-p*ing-tchong ^ 2j5 Ç^ (1) vint trouver le roi, et lui dit: l'an dernier, à la réunion des vassaux qui eut lieu à Chang-jen ^ ft (2), il fut décidé que personne ne recevrait ce transfuge; si vous lui donnez Thospitalité, que ferez-vous de lui? un petit état, dans ses rapports avec les grands, doit surtout montrer de la fidélité; la loyauté disparaissant, aucun gouvernement ne peut subsister; que votre seigneurie veuille bien y penser '

Le roi de Ts4 ^ persista à garder son hôte. Le sage conseiller rapporta sa conversation à Tch'en-wen-tse Bfc jSC "F» et fît une prédiction: le supérieur, dit-il, doit montrer de la loyauté ; l'inférieur du respect ; c'est la loi naturelle ; notre prince vient de se condamner ; il ne durera pas longtemps !

Au pays de Tch'ou, Toflicier Koan-k'i |g jg était en grande faveur auprès du premier ministre Tse-nan ^ ^ ; quoiqu'il n'eût pas une haute dignité, il avait un train de grand prince ; il avait une quarantaine de chevaux ; il lui fallait des sommes énormes pour faire face à tant de dépenses ; il abusait de l'autorité de son maître pour extorquer de l'argent de tous côtés ; on s'en plaignait tout haut. K'ang-wang finit par en être instruit; il résolut de mettre un terme à ces exactions, et de faire un grand exemple. Le fils de cet officier, nommé K'i-tsi ^ J^, était conducteur du char royal; plusieurs fois de ^uite^ K'ang-wang se mit à pleurer en l'apercevant; K'i-tsi finit par lui en demander la cause; votre père ne sait pas remplir son office, répondit K'ang-wang; il va en être puni; après son châtiment vous ne voudrez peut-être plus rester près de moi! KM-tsi était terrifié; le père ayant été mis à mort, dit-il, que feriez-vous du fils? mais rapporter vos paroles serait une trahison; je me garderai bien d'en faire part à mon père!

K'ang-wang fit donc massacrer Tse-nan, en pleine cour; il fit écarteler Koan-k'i^ et porter les morceaux de son corps aux quatre frontières, pour effrayer ceux qui seraient tentés de l'imiter. Quant à K'i-tsi, les gens de sa maison lui demandèrent: voulezvous que nous allions prendre le cadavre de votre père? c'était l'engager à braver le roi ; car ils savaient bien que celui-ci avait ordonné de le laisser ainsi par terre, exposé aux injures, pendant trois jours. K4-tsi leur répondit: les princes et les inférieurs ont des usages à observer; veuillez prendre un peu de patience!

Les trois jours étant écoulés, K*i-tsi alla demander le corps de son père; K*ang-wang le lui accorda sans difficulté. L'enterrement fini, on interrogea K'i-tsi: n'allez-vous pas vous enfuir?

(1) Yen-p'ing-tchong=futà la fois un sage et un grand homme d'état; Se-ma-ts'ien et les autres historiens le nomment comme un rare modèle ; il y a un ou\Tage historique sons son nom ; mais il n'est probablement pas de lui.

(2) Chang-jen = ville inconnue.

Moi*in/''mr, dit. Il, j'ai eu part à la mort de mon père, où pourraiff'Jn m«i n^ndro ! — Alors vous allez reprendre votre office? Non: r'nni ImpoMsible ! après avoir perdu mon père, je ne puis ^^rvir nnu «'iinomi. .Sur ce, il alla se pendre.

K*nMtf-wttnj;f nomma Koeitse-ping f§ ^f ^ premier ministre; cr.Utï'VÏ nn pouvait plus prétexter une maladie; il dut donc ftriîrptrr mite charge, malgré lui. Kong-tse-ki ^ ^ |$ devint mlnliitn^ dr la guerre, et Kiué-kien jg ^ ministre Mou-ngao

Korl-lHii-ping se vit bientôt entouré de huit favoris, qui ithuN/iirnt (Im Hon autorité pour faire fortune, et mener grand train Allant un jour à la cour, Koei-tse-ping rencontra le sage C\wuv\\i3\\yu ifj ^ ^; il lui adressa amicalement la parole; r;<^lui-(i H'rn alla sans lui répondre; Koei-tse-ping le suivit; le nni^i^ Ml* rn^îla k la foule; le premier ministre le suivit encore; l'ohMtiné finit par s'enfuir chez lui ; Koeitse-ping se rendit alors aupr/îM (lu roi. Après la visite, il alla tout droit chez Chen-chouyu: par trois fois, lui dit-il, j'ai voulu vous parler; vous m'avez dédaigné; puis-je vous en demander le motif? si j'ai commis quelque fautes veuillez me le dire; voudriez-vous m'abandonner ! — Je n'ai pas voulu m'impliquer dans votre malheur, lui dit le sagr ; voilà pourquoi je ne vous ai pas répondu. — Mais qu'y a-t-il enlin? dit le ministre. — Il n'y a pas longtemps que Koan-k^i est mort, repartit Chou-yu : votre prédécesseur ayant encouru la disgrâce du roi, le favori fut enveloppé dans le même châtiment; comment n'aurais-je pas peur pour moi !

Koei-tse-ping comprit la leçon ; il en était si impressionné qu'en retournant à la maison, il se trompa de chemin. Arrivé chez lui, il dit à ses favoris: j'ai vu le sage Ghou-yu; ses paroles m*oTit rendu la vie ; quiconque veut être mon ami devra l'être à la manière de cet homme; sinon, qu'on s'en aille! les huit favoris disparurent; K'ang-wang fut grandement réjoui à cette nouvelle.

En 550, au printemps, le prince de Tch'en ^ se rendit à la cour de Tch'ou pour saluer le roi ; son frère, le prince Hoang )|, pouvait donc prouver clairement la calomnie des deux ministres King H. K'ang-wang les fit mander auprès de lui; ils refusèrent de venir; ils savaient trop bien ce qui leur était réservé. K'ang-wang ordonna à K'ing-yo H ^ d'aller les mettre à mort; mais déjà ils avaient mis le pays en révolte; le prince de Tch'en ne pouvait plus retourner chez lui.

En été, K'ang-wang lui donna une armée pour le reconduire; Kiué-kien jg ^ en était le généralissime ; arrivé devant la capitale, il fut obligé d'en faire le siège. Les rebelles réparaient les murs en toute hâte : les deux K'ing étaient sans pitié pour les travailleurs; ils faisaient assommer ceux qui, par maladresse, laissaient tomber les planches dont on se servait pour ce ouvrage. Cette tyrannie révolta les ouvriers ; ceuiç-ci tuèrent d'abord les

chefs des travaux, puis massacrèrent les deux K*ing. Le prince put alors entrer dans la ville; son frère Hoang ne tarda pas à l'y rejoindre, reconduit avec honneur par les gens de Tch'ou.

A propos de ces événements, le commentaire fait une petite morale en ces termes : le sage lecteur observera que ces deux seigneurs K'ing n'étaient pas des hommes justes; ils ne pouvaient pas rester longtemps à la tête du gouvernement ; le livre des annales [chou-king ^ j^] énonce le môme principe en disant: «le mandat du ciel n'est pas irrévocable» (1).

En 549, pendant l'été, K*ang-wang exerça sa flotte, dans le dessein de faire la guerre au roi de Ou ^; mais il oublia, parait-il, les usages militaires qui veulent qu'on récompense le mérite et qu'on châtie la négligence ; la campagne échoua misérablement, et l'on dut s'en retourner sans avoir rien fait du tout. L'historien ne donne pas d'autre raison ; mais on en peut soupçonner d'autres ; car voilà plusieurs fois que nous voyons semblable déception, • ans les entreprises contre le royaume de Ou; celui-ci, quoique à demi sauvage, avait une bonne armée ; son territoire et sa puissance augmentaient de jour en jour; encore un peu, et nous le verrons sur le point d'anéantir le royaume de Tch'ou lui-même.

Quant au roi de Ts^, il avait fait le fier en bravant le roi de Tsin ^ ; mais quand il apprit que celui-ci se préparait à venir avec une armée, il commença à changer de ton ; il demanda une entrevue avec K^ang-wang, pour en avoir des secours ; on lui envoya le grand officier Koei-k'i-kiang Hj^ Si ^ déterminer quand et comment se ferait cette expédition. Quand celui-ci fut arrivé à la cour de Ts'i, on fit un sacrifice solennel; puis on passa en revue l'armée et tout l'appareil de guerre ; on tenait à lui faire voir comment tout était en bon ordre, pour lui donner confiance. Le sage Tch*en-wen-tse g^ 3^ ^ dit à ses amis: la révolution ne tardera pas à éclater dans ce pays; car on m'a autrefois enseigné ce principe : quiconque ne tient pas bien cache son attirail de guerre provoque son propre peuple à la rébellion ! (2).

On était alors en automne; l'armée de Tsin approchait; le roi de Ts'i députa Tch*en-wen-tse nommé aussi Tch'en-siu-ou 1^ ^ |B£ pour accompagner l'ambassadeur, s'excusant de ne pas aller lui-même, à cause des préparatifs de défense. Le général Tsoei-chou >g ^ était aussi du voyage; il devait servir de guide aux troupes de Tch^ou; il avait une escorte considérable, il

(1) Zottoli, III, p. 410. — Couvreur, p. 244.

(2) Naturellement, cette prophétie s'accomplira i\ la lettre ; car elle fut faite aprèscoup par l'historien, qui la mit dans la houche d'un homme célèbre, pour lui donner pl)js de crédit auprès du lecteur; nous avons déjà vu bien des fois ce a stratagème» littéraire; nous le rencontrerons encore souvent; il plaît aux lettrés chinois, toujours un peu sauvages, plus encore qu'aux gens d'Europe. Cette fois, c'est la famille Tch'en ffH qui se chargea de rftccompliisement ; cur elle était plus puissante que la famille royale elle-xnèxne,

s'en servit en chemin pour réparer la « face » de son maître ; il se jeta tout-à-coup sur la ville de Kia-ken ^ ;R (l)^ qui appartenait au prince de Kiu :§[ ; celui-ci avait imposé un traité de paix au pays de Ts'i, après Tavoir vaincu deux fois; le général voulait prendre la .revanche de cette humiliation infligée par un si petit état (2).

Pendant ce temps, les princes confédérés, au nombre de douze, avaient une réunion à Y-i ^ ^H, (3), pour s'entendre sur les secours à accorder au roi de Tsin ^ ; mais il y eut des inondations telles que toute entreprise fut impossible.

En hiver, K'ang-wang, avec ses alliés les princes de Ts'ai I de Tch'en ^ et de Hiu H^, se mit en marche contre le pays de Tcheng Hp ; après avoir établi son camp à Ki-tche j|t[ ^ (4), il se rendit sous les murs de la capitale, et attaqua la porte de l'est. Le lecteur est un peu étonné de cette expédition inattendue ; c'était un stratagème assez ordinaire : K'ang-wang força le roi de Tsin de venir défendre son vassal, au lieu d'aller attaquer le pays de Ts'i; c'était donc un bon moyen de secourir celuici. D'ailleurs la diversion eut un plein résultat, sans presque causer de mal à personne, comme nous allons le voir.

Le roi de Tsin étant arrivé, il envoya deux fameux guerriers, Tchang-ko ^ ^ et Fou-li f| J|, provoquer l'armée de Tch'ou. Ceux-ci demandèrent pour guide de leur char un homme de Tcheng, connaissant parfaitement les chemins. On jeta les sorts, pour savoir si Kong-suen-kiuen S* î^ I^ serait heureux dans cet office; la réponse fut favorable. Le sage Tse-t'ai-chou -^ >fc ^ lui fit un petit sermon avant son départ: vous allez vous trouver, lui dit-il, en compagnie de guerriers d'un grand royaume; n'allez pas vous imaginer être leur égal ! — Peu importe de quel pays soient ces messieurs, répondit l'autre ; je ne connais que les dignitaires pour mes supérieurs ! — Ne parlez pas si fièrement, reprit T*ai-chou ; vous savez bien que sur Les petites buttes de terre il ne vient ni grands pins ni grands cyprès !

(Il Kia-ken -était îi h li sud-oupst de Kiao-tcheou 15 )f\ i qui est ù 220 li au Kud de Ba préfecture Lai-tcheou-foii ^ jf\ Jff> [Chan-tong]. (p. Fa., vol. 10, p. 36). — (g. Fa., vol. ?6, p. 11). Au moment où nous écrivons ces lignr s. Kiao-tcheou est devenu pos- Ression allemande.

(2) L'année précédente, le roi de Ts'i avait voulu s'emparer de la petite princ ,]muté de Kiu ; d'abord vaincu et blessé à la cuisse, il recommença le combat, le lendemain, et fut encore vaincu : il fut forcé de signer un traité de paix. (Voir Histoire de Ts'i, année 549).

i'A) Y-i tétait à 140 lia l'ouest de Choen-te-f ou Hj ^ )^, |Tche-lvl. (p. Fa., \T>1. 2, p. 45).

(4) Le lac de Ki-tche = était au sud-est de Sin-tcheng-hien ^ ff^ f^, qui est

l'ancienne capitale du comté, j\ 220 li sud-ouest de K'ai-fong-fou ^ ^ jjj^ fHo-nan].

(p. Fa., vol. 12, p. 6). — (g. Fa., vol. 47, p. 33).

Pendant le voyage, les deux guerriers de Tsin se montrèrent bien fiers à l'égard de leur guide ; ils le considéraient comme un domestique; ils se tenaient sous la tente ensemble et le laissaient dehors ; ils ne lui donnaient à manger qu'après s'être bien régalés eux-mêmes; ils le laissèrent préparer son lourd chariot de guerre et partir tout seul ; eux le suivaient sur une voiture légère et commode; c'est seulement quand on approcha du camp de Tch'ou qu'ils montèrent sûr le char; ils s'y assirent tranquillement, et se mirent à jouer de la guitare. Le conducteur était furieux; il résolut de se venger; il lança ses chevaux à toute vitesse sur l'ennemi, mais il se garda bien d'avertir les deux messieurs qu'on était si près. Quand ceux-ci s'en aperçurent, on était déjà dans les retranchements ; vite ils saisirent leur casque et sautèrent du char; frappant à droite et à gauche, ils abattaient les gens de Tch^ou et les jetaient sur le char; ils apportaient même chacun deux prisonniers sous leurs bras, quand ils s'aperçurent que le conducteur avait tourné bride, et s'en retournait au galop; malgré leur lourde charge, ils le rattrapèrent à la course; saisissant leur arc, ils lancèrent leurs flèches sur les gens de Tch^ou qui les poursuivaient; la bravade était des mieux réussies ! Une fois hors de danger, ils se contentèrent dédire: «Monsieur Suen-kiuen, étant sur le même char, nous sommes frères ! Mais pourquoi nous avoir joué deux fois un si mauvais tour?» — «D'abord, répondit le malin, mes pensées m'emportèrent au milieu de l'ennemi; ensuite c'est la peur qui me fit tourner bride.» — «Monsieur Suen, vous êtes bien vif!» répliquèrent en riant les deux guerriers; puis ils reprirent leur guitare comme auparavant.

Malgré cette éclatante provocation, il n'y eut pas de vraie bataille. Les alliés de Tch'ou étant repartis chez eux, K*angwang reprit aussi le chemin de sa capitale ; il députa Koei K'ikiang ^ St S ^^^^ ^^^ troupes légères, pour reconduire en toute sûreté l'ambassadeur Tch'en Ou-yu ^ JB^ ^ à la cour de Ts'i. Ainsi fut terminée cette singulière expédition. De part et d'autre on n'avait rien fait.

Cependant, le roi de Ou ^ avait sur le cœur la tentative navale entreprise contre lui; il cherchait h s'en venger; il pressa le prince de Chou-kieou ^ i^ de se soustraire à la suzeraineté de Tch'ou. pour se ranger sous la sienne. Aussitôt K*ang-wang arriva avec une armée ; il campa à Hoang-p*ou 5t iSi (^); de là, il envoya Cheou ^, gouverneur de Chen

(l) noang-p'ou = était ù l'ouest df Chou-kieou; on ne sait A quelle distance.

Chou-kicoti, Chou-yong, Chou-liao= Voyez à l'année 574. où il est dit que ces 3 petits éiuts formaient le territoin" actuel de Cliou-tcli'en^,' liien pf* j^ Hp^ dans la préfi( ture (!«' Liu-tcbeou fou ^ tH )^t Xtran-hoei . i Voyez surtout année 015).

JJt (1), avec Che Ki-Ii Q$ j|f $, blâmer le rebelle. Celui-ci alla solennellement à la rencontre des deux délégués et leur montra la plus grande vénération, protestant qu'il n'avait jamais eu la pensée de quitter le roi de Tch^ou et qu'il était tout prêt à renouveler les anciens traités de paix et de soumission.

Les députés rapportèrent à K^ang-wang ce qui s'était passé. Celui-ci persistait à vouloir punir le coupable ; mais le premier ministre Koei Tse-p*ing ^ -f ^ prit sa défense en ces termes : «Une plus grande répression n'est pas nécessaire! Ces gens affirment leur fidélité ; ils veulent renouveler leur alliance ; les attaquer serait poursuivre des innocents ! Retournons chez nous ; laissons nos soldats se reposer; si ces gens ne se révoltent pas, que voulous-nous de plus ? S'ils se révoltent de nouveau, ils n'auront plus d'excuse, et nous aurons la gloire de les punir!» 8ur ce, K*ang-vrang donna le signal du départ.

Pendant ce temps, le prince de Tch*en ^ continuait à sévir contre les amis ou les partisans des deux seigneurs K4ng ||; C'est pour cette raison que le grand officier Kien I-kieou H^^ s'enfuit à la cour de Tch'ou.

En 548, vers la 7è»n« lune, mourut Koei Tse-p'ing j^ ■? ^ le premier ministre ; K*ang-wang lui donna pour successeur Kiué Kien JH J^; et nomma Kiué T'ang ^ ^ ministre Mou-ngao ^^.

Sur ces entrefaites, le petit État de Chou-kieou ^ j^ se révolta ouvertement. Le nouveau premier ministre, appelé aussi Tse-mou -^ 7|c, conduisit une armée pour le ramener h l'obéissance. Déjà il était parvenu à Li ^ (2), quand le roi de Ou ^ se présenta pour secourir son protégé. Aussitôt Tse-mou fit avancer son aile droite ; mais les cinq officiers Tse-kiang ^ |g, Si-hoan ,g, ]g, Tse-tsié ^p ^, Tse-p'ing ^ îgj et Tse-yu ^ ^ ne s' étant pas hâtés de rejoindre Tse-mou, rencontrèrent les troupes de Ou, et durent reculer à une certaine distance. Ainsi l'armée de Tch*ou se trouvait éparpillée en plusieurs endroits, tandis que celle de Ou était fortement campée en un seul point, au milieu de ces tronçons dispersés. La bataille était inévitable, et semblait devoir être désastreuse pour les gens de Tch'ou. On était en présence depuis sept jours, sans avoir rien fait de part et d'autre; il fallait à tout prix sortir de cette situation ; le général Tse-kiang manda à Tse-mou: «Si nous restons plus longtemps, les pluies surviendront : nous serons réduits h la détresse, et nous serons obligés de nous rendre: il vaut mieux livrer bataille ! Permettez-moi

(1« Chen = c*e«t Chen-k'ieon, ZKi H'-» J^ 110 li fïiid-ost de sa préfecturo T (b'onfon tt V\ fflF-» 'Ho-nan'. (p. Fa., vol. 47, pp. 40ot41.) i2t Li=viUe de cctU* petite principauté de Chou-kieou=était un peu au sud-est de kieoii ; mais on i^ore l'endroit exact.

de commencer Tattaque à ma façon ; si je réussis, vous pourrez avancer ; sinon, vous verrez les circonstances, et vous jugerez si vous pouvez me porter secours ; ainsi nous pourrons échapper à une ruine honteuse, ou à une reddition plus déshonorante encore!» Tse-mou approuva ce conseil. Les cinq officiers engagèrent le combat avec une telle fureur et une telle habileté que Tarmée de Ou fut mise en déroute ; mais les fuyards, en passant une colline, s'aperçurent que les attaquants n'étaient soutenus par personne en arrière ; ils revinrent ëur leurss pas, et reprirent l'offensive : les cinq officiers furent rejetés jusque sur les premiers retranchements de Tse-mou ; celui-ci s'élança avec l'élite de ses troupes, et écrasa l'armée de Ou. Ainsi se trouvaient vengés les échecs précédents.

Après cette victoire, Tse-mou se rendit sous les murs de la capitale et en prépara le siège ; il était décidé à faire un grand exemple, pour effrayer les autres petits vassaux qui seraient tentés de se révolter ; mais il n'en eut pas la peine ; les gens de Chou-kieou s'enfuirent presque tous, et se dispersèrent en différentes contrées. K'ang-wang s'annexa purement et slthplêment ce territoire.

Koei-ycn ^ ^, fils de l'ancien premier ministre Koei Tsep'ing ^ -^ ^, devint ministre de la guerre. Tse-mou lui recommanda de dresser un état exact des ressources de chaque province, avec le chiffre des subsides de guerre qu'elle pouvait fournir ; en même temps il devait faire le relevé de tout l'appareil militaire que l'on avait alors sous la main : les hommes, les munitions, les chars, les chevaux ; en un mot, tout devait être vériiié avec grand soin. Bien plus, il feut h refaire le cadastre du pays tout entier. Il se mit à l'œuvre ; il nota l'étendue et la valeur du territoire dfe chaque circonscription, l'étendue des montagnes et des forêts, ce qu'elles pouvaient fournir de ressources ; il nota de même les marais, les lacs, pouvant servir à la pêche et à la chasse ; il défendit au peuple de les combler; il nota les collines où l'on pouvait placer les tombeaux, les salines, les terrains stériles, les contrées exposées aux inondations, afin d'y établir un impôt équitable; les régions récemment émergées furent protégées par des digues et séparées entre elles par de bons talus, sans avoir cependant la rectitude et la régularité des anciennes terres; il veilla à la conservation et à l'entretien des pâturages; les bonnes terres furent divisées selon la méthode établie par les empereurs de la dynastie Tcheou ^ : six pieds formaient un pas ; cent pas, un arpent; cent arpents, le lot d'une famille; neuf familles formaient un hameau; elles cultivaient ensemble mille arpents, dont la réunion s'appelait un tsing ^, et avait la forme de ce caractère; les cent arpents du centre servaient à solder les impôts; les contributions directes et indirectes furent exactement déterminées ;

il fixa le nombre de chars de guerre que chaque circonscription devrait fournir; le nombre des chevaux, leur valeur, leur âge et même leur couleur; le nombre des cuirassiers et des fantassins; le nombre des cuirasses et des boucliers. Quand ce relèvement fut achevé, il en remit le catalogue à Tse-mou ; en cela, dit l'historien, il se montra fidèle observateur des rites.

A la 12^"i« lune de cette même année 548, Tchou-fan ^ |||, roi de Ou ^, voulut venger sa dernière défaite ; Il attaqua la ville de Tch'ao J^ (1). Un certain individu, nommé Nieou-tch'en ^ E» dit aux habitants: «Ce prince est d'un courage téméraire; si nous ouvrons la porte, bien sûr qu'il entrera lui-même à la tête de ses gens; moi, caché derrière un petit mur, je lui décocherai une flèche et nous serons délivrés; son armée ne songera plus qu'à s'en retourner.» Les choses se passèrent ainsi.

K'ang-wang avait été enchanté de l'expédition contre Choukieou {S^JIA; il désirait récompenser dignement le premier ministre Tse-mou; mais celui-ci refusa modestement; il attribua ce succès à son prédécesseur et fit un grand éloge de son fils Koeiyen ^ ^, le ministre de la guerre; en conséquence, les faveurs furent accordées à ce dernier. Sur quoi le commentaire fait observer que le royaume de Tch'ou était puissant, grâce à la vertu de ses dignitaires.

En 547, au printemps, K*ang-wang ayant reçu des troupes auxiliaires du roi de Ts'in ^, partait en campagne contre le pays de Ou ^; il croyait arriver à î'improviste, mais il fut bien déçu dans ses espérances. Partout on faisait bonne garde ; il dut revenir piteusement sur ses pas (2).

Pour cacher sa honte, il se jeta sur le comté de Tcheng f||S. A la 5^»"^' lune, il était devant la ville de Tch'eng-k'ing j^ j|| (3). Le grand officier Hoang-kié ^ ^ en avait la garde ; il eut l'audace d'en sortir, et de livrer bataille. Mal lui en prit, car il fut vaincu, et fait prisonnier par le général Tch*oan Fong-siu ^^J^. Ce fut l'occasion d'une*singulière dispute. Kong Tse-wei 5^ -? @, fils du roi Kong ^, et plus tard roi lui-même sous le nom de Ling fS, prétendit avoir fait cette capture. La querelle fut portée devant Pé Tcheou-li {^ ji\ ^, le fameux fuyard de Tsin § dont

(1) Tch'ao-était j\ 5 li nord-est de Toh'ao-hien ^ |R> qui est i\ 180 H à l'est de sa préfecture ;Liu-tcheoa fou JK jHi rn* îN^çan-hoei]. (p. Fa., vol. 6, p. 17). — (g. Fa., vol. 2r, p. 10).

(2) K'ang-Nvang était parvenu jusqu'i\ Yn-leou ^ S' Cette ville était à 80 li sud-ouest de Ho-k'iou bien ^ fp JSf^y qui est à lîK) li sud-est de sa préfecture Yngtcheou fou ^ yf\ m* [Ngau-hoei]. (p. Fa., vol. 6, p. 32).

(.S) Tch'eug-k'ing= était sur le territoire de Tcheng f||S ; mais on ne sait au juste à quel endroit. Kong Tse-\v(â est le m^me que Wang Tse-wei, dont le nom se renconti*e plus tard.

nous avons parlé sous le règne précédant (année 575, 6*™e lune). Celui-ci répondit: «C'est bien simple ! Demandons au prisonnier lequel des deux l'a fait captif?» Ayant fait venir Hoang-kié, il lui dit: «Il y a dispute entre ces deux seigneurs à votre sujet. Qui des deux vous a saisi? Vous devez le savoir!» Puis, élevant la main, il ajouta: «Celui-ci est le propre frère du roi». Baissant ensuite la main: «Celui-lk est Tch'oan Fong-siu, le gouverneur des villes en dehors de la forteresse Fang-tch*eng "jj jy{.» Le captif comprit très bien la réponse qu'on voulait de lui ; il répondit habilement : «Moi, Kié {g, me trouvant devant le prince Kong Tsewei, je fus tout troublé et perdis courage ; c'est lui qui m'a saisi. » Le général Tch'oan Fong-siu était furieux; il saisit une lance et courut sur le prince Kong Tse-wei ; heureusement il ne put l'atteindre. Quant à Hoang-kic, il fut donné à K'ang-wang comme trophée de victoire et emmené à la cour de Tch'ou

Son collègue, le général Yn King-fou 1^ 3Ï ^i avait été pris comme lui ; on le donna en cadeau au roi de Ts'in |^. Les gens de Tcheng mS conseillèrent à la famille Yn ^ de sacrifier une somme considérable pour le racheter : le seigneur Tse T'aichou "î ic 2^ ^"^ chargé de rédiger la requête à présenter au roi. Le fameux lettré et homme d'Etat Tse-tch*an -^ ^ l'ayant lue. fît la remarque suivante : «Vous n'obtiendrez rien; le roi de Ts'in a reçu votre captif comme un présent de la part de K*angwang; le rendre en échange d'une somme d'argent serait regardé comme un trafic indigne. Si vous disiez, par exemple: «Prosternés aux pieds de votre Majesté, qui a daigné venir jusqu'à notre petite ville, nous la remercions de nous avoir délivrés de Tarmée de Tch*ou. » Si vous parliez ainsi, vons pourriez espérer quelque succès dans votre démarche.» On n'écouta pas ce bon conseil ; on envoya aussitôt les députés avec de riches présents ; mais ils revinrent sans avoir rien obtenu. Alors on rédigea la pétition selon la manière indiquée par Tse-tch'an ; on prépara de nouveaux cadeaux plus précieux que les précédents ; cette fois, la cour de Ts*in rendit le prisonnier. Dans l'histoire du comté de Tcheng ^, nous aurons beaucoup à parler de ce Tse-tch'an; c'est peutêtre l'homme le plus éminent qu'ait jamais produit ce pays (1).

Maintenant, nous avons à dire quelques mots de la grande

(1) La fainillo Ou avait, depuis plusieurs générations, un fief à Kan-ki ^ f^> à h li au sud de la ville disparue Tcb*eng-fou JK ^ ' or celle-ci était A 70 li sud-est de Po-tcheou ^Q 7m j [Ngan-hoei;.

Ou-kiu |£ 4^ fut encore appelé Kiao-kiu fft $> du nom de son fief Kiao, qui est la ville actuelle de Tch'ou-tcheou J^ jHj^ [Npan-hoeij. Dans les anciens temps c'était la capitale d'une principauté minuscule ; à l'époque dont nous parlons ici, elle appartenait au royaume de Toli'-iu ; pluR tard \o roi do Ou ^ s'en emparera. Comme elle était sur la frontière de deux farauds états rivaux, il fallait un homme supérieur pour la garder ; c'est pourquoi on l'avait donnée Ti ce seigneur. (Annales de Yug-tcbeon fou |fS t\ M' vol. 8, p. 2). — (Annales de Tch'ou-tcheou K 9H ^ ffi* vol. 1, p. 1).

famille Ou fj ••" Toh^oij, dont le membre le plus illustre fut Ou Tnr-nïu iE'fif' ^^**^ *^^^"' ^^'^^^^ f£ # avait été Tami intimp du trranil pri^ropliMir Tio-lohao ^ ^, de la principauté de T«*ai ^ Hnn p^Tti, lUMUiné Ou-kiu fj j^, fut aussi lié d'amitié AV(«(' (Mp'ntr iNM M, >]pi It^ IH^ de Tse-tchao. Celui-ci lui rendit un »fr\\o0 n\i£Un\ét (MiiniiM^ nouH allons le raconter. Ou-kiu s'était lunvli^ iivni» )h llll»^ du Wanur Tse-meou ï ï^ i^, gouverneur de CUt^u l(l <'•* ilt*rul<'r ayant commis une faute, fut obligé de s'exi- Itir, On HiMMiMH Ou-kiu d'avoir favorisé sa fuite. A son tour, il N'<«iip<4lrl«i *n «M rtmdit à la cour de Tcheng gp; mais ne s'y nmyiiMl \mti e^n «ûreté, il se réfugia auprès du roi de Tsin §. Hon ami riMinn-lNo était justement en chemin pour ce même paytf ; il > «Hall envoyé comme ambassadeur et traversait le iîoJmI*^ dt* Tohnng. H'étant rencontrés sur la route, non loin de la (rapilah', ïIh d«MC<mdirent de leur char, étendirent une natte à lrrr« *n prinMit en»i«mble leur repas. Naturellement la conversalion roula Mur la trintc situation faite à Ou-kiu et sur les moyens lU* n^nln^r dann «a patrie. Cheng-tse lui dit: «Allez tranquillement lÀ-haM ; j<î trouverai bien l'occasion de vous en faire revenir ! »

l/annéi) nuivante, Hiang-siu |pj j^ . fameux lettré de Song çl|, était (envoyé k la cour de Tsin ^, pour essayer de mettre la \mïx <»ntre ce pays et celui de Tch*ou. Cheng-tse l'accompajK^naii, député par le prince de Ts'ai ^, pour le même motif. No» deux entremetteurs ayant fait visite au roi de Tsin, se rendirent pn'*H de K*ang-wang. Le premier ministre Tse-mou -^ 7(c n'entretint familièrement avec Cheng-tse, dont il avait bien vite reconnu la valeur ; il lui demanda plusieurs renseignements sur la cour de Tsin: «Selon vous, lui dit-il, quels sont les grands oflIclerM leH plus éminents? ceux de Tsin, ou ceux de Tch'ou?» — «A mon avis, répondit Cheng-tse, leurs ministres ne valent pas les vôtres : mais vos grands olïîciers ne valent pas les leurs : ceuxci «ont tous dignes de devenir ministres. D'ailleurs, pour la plupart, ils sont originaires de chez vous, comme les bois précieux de chêne vert, de catalpa, comme les peaux et les cuirs sont cxj)ortés de chez vous. Le royaume de Tch'ou produit des trésors, mais c'est celui de Tsin qui s'en sert.»

«Le roi de Tsin, répliqua Tse-mou, n'a-t-il donc ni parents ni amis k qui il soit obligé de donner des places?» — «Sans doute! répondit Cheng-tse ; mais la plupart de ses dignitaires viennent de chez vous ! Voici ce que m'ont autrefois enseigné mes illustres maîtres: aQuiconque sait bien gouverner, n'excède ni dans les récompenses ni dans les punitions.» S'il excède en récompenses, il est à craindre qu'il n'en accorde k des indignes ; s'il excède en punitions, il est k craindre qu'il n'atteigne des innocents; si, par malheur, il ne peut garder le juste milieu, il vaut mieux excéder en récompenses, plutôt que de perdre des hommes éminents ; il vaut mieux accorder

des faveurs à des indignes ; car si vous n'avez pas de dignitaires remarquables, votre pays court à la ruine. Le livre des Vers [Che-king ||p jg] nous l'enseigne par ces mots: «Si vous n'avez de bons ministres, Tétat afîaibli marche à sa ruine» (1). Les annales de la dynastie impériale Hia ^ nous disent de même: «Plutôt que de mettre à mort des innocents, évitez de marcher sur les chemins battus.» (2) Le livre des hymnes [Che-king, ta-ya ;^ ||] dit encore: «L'empereur Kao-tsong J^^ accorda les récompenses avec justice, et n'excéda point >en châtiments. Il n osa jamais s'abandonner à la paresse, à l'oisiveté ; c'est pourquoi le ciel lui accorda l'empire, et affermit sa puissance » (3). N'est-ce pas ainsi que l'empereur Tch'eng-t'ang j^ ^ (1766-1754) obtint les bénédictions du ciel ? Dans les anciens temps, les grands administrateurs d'Etat exhortaient, excitaient le peuple à la vertu par des faveurs et des récompenses ; ils n'aimaient guère à appliquer les pénalités. Ils étaient infatigables à procurer le bien public. C'est au printemps et en été qu'ils distribuaient les récompenses ; en automne et en hiver, les châtiments, se conformant ainsi aux lois du ciel. Quand ils se préparaient à répandre les faveurs, leur table était copieusement servie, afin que tout le monde pût avoir part à leurs largesses; quand ils se préparaient à punir, leur table était frugale ; ils se privaient même de la musique en usage pendant leurs repas, montrant ainsi qu'ils avaient peine à appliquer la sévérité des lois ; ils se levaient alors de bonne heure, se couchaient fort tard dans la nuit, sans relâche occupés aux soins de l'administration. Voilà qui s'appelle savoir distribuer faveurs et châtiments, aimer le peuple et lui faire du bien ! Ces trois points sont les plus importants dans les rites ; quiconque observe les rites ne s'expose pas a la ruine !

«Maintenant, le royaume de Tch'ou abuse des punitions; pour échapper à la mort, ses grands officiers s'enfuient aux quatre vents du ciel ; réfugiés à l'étranger, ils deviennent les conseillers des princes qui les ont hébergés ; ainsi vous font-ils grand tort. Malgré cela, votre gouvernement ne sait pas se corriger; c'est ce qui s'appelle ne pas savoir se servir de sujets éminents.»

«Lors de la révolte causée par Tse-i -^ ^, en 613, le seigneur Si Jjgf s'enfuit ainsi au royaume de Tsin ^. Il y devint général de l'arrière-garde ; c'était à lui de prendre les décisions aux moments les plus graves dans les batailles. A Jao-kio ^ ^ (585), l'armée de Tsin allait se débander ; c'est lui qui l'en empêcha en disant : «Les gens de Tch'ou montrent une grande légèreté ; il est facile de les effrayer; battons vigoureusement le tambour;

(1) (Zottoli, III, p. 28y, ode :iO, vers .5). — (Couvreur, p. 415).

(2) Ce texte est maiuteuaut perdu.

(3) (Zottoli, III, p. 325, vers 4*»«). — (Couvreur, p. 468).

poussons de grandes clameurs ; attaquons-les pendant la nuit ; vous allez voir comme ils vont perdre la tête!» On suivit ce conseil ; votre armée décampa cette nuit-là même ; les troupes de Tsin envahirent le pays de Ts'ai ^, puis celui de Chen ^ dont le prince fut fait prisonnier; elles gagnèrent la bataille de Sang-soei ^ 1^, après avoir capturé le seigneur Li ]^ gouverneur de Chen ^. Depuis ce temps, le comte de Tcheng ms ne peut tourner les yeux au sud, vers son ancien protecteur le roi de Tch*ou, qui perdit alors son autorité sur les vassaux chinois. Tout cela fut To^uvre du transfuge Si !

«Autre exemple : le père et le frère aîné de Yong-tse ^ ^ calomniaient ce dernier ; ni le roi ni les grands officiers ne surent distinguer le vrai du faux. Yong-tse s'enfuit encore à la cour de Tsin Ç; on lui confia le gouvernement de Tchou §3 (1), avec Tordre de prendre les mesures nécessaires selon les circonstances. Pendant l'expédition de P'ong-tch-eng ^^ JjJ, votre année rencontra celle de Tsin à Mi-kio Jj| (573). Celle-ci allait encore se débander, quand Yong-tse publia Tordre suivant : «Que les hommes âgés et les jeunes gens retournent chez eux; de même, les orphelins et les malades ; que si deux frères sont à Tarmée, Tun des deux s'en aille dans sa famille ; choisissez les meilleures armes ; réparez les chars; donnez une bonne ration aux chevaux; quant à vous, soldats, mangez assis sur vos nattes : demain nous livrons bataille!» Ainsi fut fait; on renvoya même les prisoniers, afin qu'ils rapportassent au roi cette nouvelle. Pendant la nuit, vos gens décampèrent; ceux de Tsin prirent la ville de P'ongtch*eng, qui fut rendue au roi de Song ^; Yu-che ^^ ^ et les autres exilés furent ramenés dans leur patrie ; votre prince perdit son autorité sur les sauvages orientaux (Tong-i ]^ ^) ; et votre premier ministre Tse-sin -^ ^ fut mis à mort. Tout cela était Touvrage de Yong-tse !

«Autre exemple : Tse-fan ^ g^, ministre de la guerre, et le grand-officier Ou-tch'en ^ g, (584) s'étant querellés à propos de la fameuse Hia-ki J ^, celui-ci s'enfuit à la cour de Tsin §. On le nomma gouverneur de Hing ffl5 (2), poste très-important, avec Tordre do repousser les barbares septentrionaux. C'est lui qui mit le pays de Tsin en relations avec celui de Ou ^ ; lui qui poussa ce royaume à se révolter contre le vôtre : lui qui enseigna aux gens de Ou à se servir de chars et de flèches, et les rendit capables d'attaquer leurs voisins ; lui qui envoya son fils comme

(1) YoiiK-tHO — Qiu'l o8t cet homme ? Notre historien ne le mentionne p<as ; les autn^H uv rneontent pas non phis les détails de son exil.

Teli()n=()n ne connaît pas la position de cette ville.

(2) I fin j.î= capitale d'une petite principauté de ce nom, était tni pm an sud-oui-st de llintr-fai hien ^ S J^^ dans la préfectuie de Clioen-té fou m^M' [Tche- 11 1 . (p. Fa., vol. 2, p. 44). — (p. Fa., vol. 15, p. 3).

ministre des alTaires étrangères. Ce fut alors que le roi de Ou prit vos villes de Tch*ao J^ de Ki j|^, et pénétra jusqu'à Tcheouï^i jW 2Î^* Votre premier ministre put à peine suiFire aux attaques survenues de tous côtés ; votre pays en souffre encore jusqu'à présent. Et tout ce mal, c'est Ou-tch*eng qui vous l'a causé!

«Encore : A l'époque des troubles excités par Jo-ngao ^ |jc (605), le seigneur Fen-hoang ^ ^ s'enfuit de même à la cour de Tsin ^; il y fut nommé gouverneur de Miao "gf, et employé comme grand conseiller. A la bataille de Yen-ling ^ g|, votre armée poussa si vigoureusement les gens de Tsin que ceux-ci allaient lâcher pied ; c'est alors que Fen-hoang fit la remarque si funeste pour vous : «L'élite des troupes de Tch*ou est au centre ; là se trouvent les princes de la famille royale ; comblons nos puits, démolissons nos fourneaux ; nous aurons ainsi de la place pour ranger notre armée en bataille dans notre camp même ; que les généraux Loan-chou HI § et Fan-si ^ 5| changent de place, pour tromper l'ennemi ; alors nos généraux Tchong-hang i:|i fj, Kiué-ki f^p ^ et Kiué-tche :^ ^ sont sûrs de battre les deux ministres Tse-tchong -? Ê et Tse-sin ^ 5^, descendants du roi Mou ^ ; tombons de tous côtés en masses compactes sur le centre, et la victoire est à nous!» On suivit ce conseil, et votre armée fut mise en pleine déroute; votre roi fut blessé à l'oeil, vos troupes anéanties, Tse-fan ^ ]g mis à mort, le comté de Tcheng Hp perdu, le royaume de Ou ^ votre ennemi fortifié, vos alliés de l'est séparés de vous. Et tout cela fut Touvrage de l'exilé Fen-hoang!»

Tse-mou -^ 7(c répondit : «Hélas ! tout cela n'est que trop vrai !» Cheng-tse reprit avec plus d'ardeur. «Or, ce que vous venez de faire est pire encore ! Le seigneur Ou-kiu jj ^ s'est marié avec la fille de Wang Tse-meou î -^ i^, gouverneur de Chen ^. Ce dernier ayant commis une faute, dut s'exiler. Aussitôt vos grands officiers ont accusé Ou-kiù de l'avoir aidé à s'évader. Celui-ci dut aussi se réfugier au pays de Tcheng. Là accablé de nostalgie, les regards toujours tournés vers sa patrie, il s'écriait: «Va-t-on me rendre justice?» Mais vous n'y pensiez môme pas ! Maintenant il est à la cour de Tsin §; on va lui donner un poste de gouverneur, puisqu'on l'estime aussi capable que le fameux Chou-hiang ^ (^. S'il se met à vous faire du mal, n'aurez-vous pas grandement à le regretter?»

Tse-mou fut si impressionné de ce discours qu'il en fit un rapport à K'ang wang. Sur ce, Ou-kiu fut rappelé; son fils Ouming ffi Çll fut chargé d'aller lui-même le ramener ; on l'éleva à une dignité plus haute qu'avant son exil.

Voilà un de ces triomphes glorieux comme les lettrés chinois en savent remporter, dans leurs livres ! Aussi faut-il en rabattre ! Dès qu'il s'agit de se vanter, leur imagination s'échauffe ; leur pinceau vole, plutôt qu'il n'écrit ! La vérité est ordinairement plus

simple et plus sobre ! Mais la pièce littéraire que nous venons de rapporter est des plus belles, et des plus connues; on l'apprend pour la savourer plus à l'aise et plus longtemps.

Pendant ce temps, le baron de Hiu fjp (591-547) s'était rendu à la cour de Tch*ou, demandant des troupes pour envahir le comté de Tcheng §p. Il faisait cette proposition depuis des années, mais en vain. Cette fois, il insista davantage: «Si votre armée ne se met pas en mouvement, disait-il, je ne puis retourner dans mon pays!» Aussi mourut-il à la cour de Tch^ou. K'angwang fut grandement impressioné; il craignait des suites fâcheuses pour lui-même: «Si nous ne faisons pas la guerre au pays de Tcheng, disait-il, comment pourrons-nous retenir les autres princes sous notre autorité?» Ainsi, en hiver, à la lO^^'^^*^ lune, il partait en campagne. Toute la population de Tcheng montrait un grand enthousiasme pour repousser cette agression. Mais le fameux lettré Tse-tch'an ^ ^, dont nous avons parlé plus haut, calma cette eiTervescence : «Les rois de Tsin ^ et de Tch'ou, disait-il, feront bientôt la paix ; tous les princes feront à bref délai un traité d*amitié ; cette expédition est une bévue de K'angwang; nous n'avons qu'à le laisser tranquillement venir.» On suivit ce conseil.

L'armée de Tch'ou, à la 12^"^^' lune, au jour nommé i-yeou 2i H» prenait la ville de Nan-li ^ S (1), dont elle rasa les fortifications; puis elle passa le gué de Yo-che |f| J^ (2), et se rendit sous les murs de la capitale, à la porte appelée Che-tche- Icang ÉSB jè le (^)- L«cs assiégés relevèrent leur pont-levis si juste à temps qu'ils purent faire prisonniers les neuf premiers assaillants qui s'y étaient engagés. K'ang-wang ne continua pas le siège; il repassa la rivière Fan, et retourna chez lui. Ce n'est qu'après avoir donné cette satisfaction aux désirs du baron défunt qu'il osa l'enterrer. Ce dernier se nommait Ling.

En 546, lliang-siu |pj j^, fameux lettré de 8ong ^, était l'ami de deux ministres rivaux, Tchao Wen-tse ^ ^ ^ de Tsin §, et Tse-mou ^^ /f; de Tch'ou. Il entreprit de réconcilier les deux pays, et de se faire ainsi une gloire immortelle. 11 se rendit d'abord à la cour de Tsin, où il exposa son projet. Tchao Wen-tse réunit les grands officiers en conseil, pour savoir quelle réponse il convenait de donner, llan Siuen-tse ^ ^ -? fit la remarque suivante: «La guerre est la plus grande plaie du peuple; c'est un ver qui ronge les ressources d'un pays ; c'est la plus désastreuse calamité d'un petit Etat. Si donc quelqu'un entreprend

(1) Nan-li = était Ti 5 li au sud do la capitale de Tcheng. {{^. Fa., vol. 47, p. 'M). — (Edition impér... vol. 27, p. 42).

(2) Le j^aé de Yo-che -est daus la rivière Wei f^» au sud de la m(*^iue capitale, {a:' Fa., vol. -47, p. 33).

(3) La porte Che-tche-leaiig= ( Voir : g. Fa., vol. 47, p. 31).

de mettre fin à un tel fléau, quand même nous jugerions que c'est une utopie, nous devons nous montrer disposés à le seconder. Aujourd'hui, si nous ne favorisons pas ce projet, le roi de Tch'ou fera sonner bien haut son désir de paix universelle; ainsi il se conciliera l'estime des vassaux et nous supplantera. »

La cour de Tsin agréa cet avis et se montra prête à une entente pacifique. Hiang-siu [pJ j^ se rendit alors auprès de K'ang-wang, qu'il trouva également bien disposé. Il partit aussitôt pour le royaume de Ts'i ^. Là il rencontra de l'opposition; mais il était appuyé par le ministre Tch'en Wen-tse ^ "^ ^. «Si les cours de Tsin et de Tch'ou, disait-il, sont si favorables k ce projet de pacification, nous ne pouvons lui refuser notre adhésion sans encourir le blâme des autres princes et l'aversion de notre peuple.» Sur ce, le roi de Ts'i donna son assentiment.

Iliang-siu fit la même proposition à la cour de Ts*in ^. Elle y fut très bien accueillie. Il la fit de même accepter par tous les petits Etats. On décida de tenir une assemblée générale dans la capitale de Song. (1). En conséquence, à la 5^*"»*? lune, au jour nommé kia-tch'en Ç g, Tchao Wen-tse |g jJt '?i prince ministre de Tsin Ç, arrivait au rendez-vous. Au jour appelé ping-ou p5 4^' arrivait Leang-siao g ^, délégué du comte de Tcheng gp. —

Au jour appelé ting-wei "f ^ (c'est-à-dire le 1*' de la 6^''"*lune), le roi de Song fit une fête solennelle pour la réception de Tchao Wen-tse. Celui-ci avait pour assesseur Choû-hiang ^ |^j . Le ministre de la guerre fit apporter les tables sur lesquelles se trouvait la chair découpée des victimes ; elles devaient servir pour le festin, selon la prescription des rites.

Au jour nommé meou-chen /jj Ç, arrivaient Chou Suen-pao M M fi <ie Lou ^, puis K'ing.fong H ^ et Tch'en Wen-tse Bit $ -^ de Ts'i, et Che-ou Ç ^ de Wei ^. Au jour nommé kia-yng Ç ||, arrivait Siun-yng :^ 3, grand officier de Tsin Ç, comme second assesseur de Tchao Wen-tse.

Au jour ping-tch'en p^ g, c'était le tour du prince Tao «l^, du petit État de Tchou ^-R. Quant à Tse-mou ^ 7(c, premier ministre de K'ang-wang, il était alors à la capitale de Tch'en 1^. Il y attendait qu'on lui communiquât le protocole de la convention. Il envoya cependant, comme son délégué, le seigneur Kong-tse Hé-kong ^ ^ |t ^, qui arriva au jour jen-siu

Au jour ting-mao "f ÇjJ, Hiang-siu se rendit lui-même auprès de Tse-mou, avec le projet de la rédaction du traité. Celui-ci se montra satisfait; mais il fit une demande qui sembla d'abord compromettre tout le succès des négociations : «Mon

(1) Song = sa capitale est la ville actuelle de Koei-té fou f$ iB ^» [Ho-nau]. (p. Fa., vol. 12, p. 11). — (g. Fa., vol. 50, p. 4).

maître, dit-il, désire que les alliés de Tsin § viennent lui faire visite, tandis que les siens iront saluer le roi de Tsin •§.»

Au jour keng-ou j^ ^, Hian-siu communiqua cette demande à Tchao Wen-tse. Celui-ci répondit: «Les Etats de Tsin §, de Tch*ou ^, de Ts*i ^ et de Ts*in ^ sont h peu près égaux. Si K*ang-wang peut obtenir de Ts^in ^ qu'il fasse visite à notre humble capitale, nous ferons tous nos efforts pour persuader au roi de Ts4 d'aller saluer K'ang-wang.»

Au jour jen-chen -^ ^, Hiang-siu rapportait ces paroles à Tse-mou; celui-ci dépêchait à toute vitesse un courrier à la capitale. K*ang-wang comprit que sa proposition aboutirait à un échec ; il manda donc à Tse-mou : «Laissez les deux princes de Ts*i et de Ts'in ^ en dehors de cette question; il suffit que les autres fassent la visite demandée »

En automne, à la 7^»"^ lune, au jour meou-yng j;^ ||, Iliang-siu revenait de la capitale de Tch'en ^. Cette nuit même les délégués de Tch'ou tombaient d'accord sur la rédaction de la convention a proposer. Au jour keng-tch*en j^ jg, Tse-mou se rendait enfin au lieu de la conférence. Avec lui arrivaient les grands officiers K'ong-hoan ^ ^ de Tch'en ^ et Kongsuen Koei-cheng 5^ ^, |f5 ^ de Ts'ai ^, bientôt rejoints par les députés de Ts'ao ^ et de Hiu fji.

Ainsi la réunion était au complet. De simples haies séparaient les camps respectifs, tellement on se méfiait peu les uns des autres. Tsin § était au nord, Tch'ou était au sud, d'après la position géographique de leurs pays. Siun-yng U ^ fît à Tchao Wen-tse, son ambassadeur, la remarque suivante: «Les gens de Tch'ou sont des fourbes; je crains des complications!» — «En cas de difficultés, répondit le ministre, nous n'avons qu'à nous tourner à gauche ; en un instant nous sommes dans la capitale de Song J^ ; qu'avons-nous h craindre?»

Au jour sin-se ^ g^, on était sur le point de jurer solennellement le traité, quand on s'aperçut que les gens de Tch*ou avaient revêtu leur cuirasse sous leurs habits, comme s'ils méditaient un mauvais coup. Pé Tcheou-li fÉf ;lt| ^ les admo nesta en disant : «Tous les princes de Chine sont ici pour une convention pacifique ; est-il permis de montrer devant tout l'em pire une si mauvaise foi ? Les divers vassaux nous supposent de la conscience; c'est pourquoi ils se soumettent à nous. Si nous montrons une telle déloyauté, nous détruisons la base de notre autorité!» Ayant ainsi parlé, il insistait pour qu'on enlevât les cuirasses ; mais Tse-mou lui répondit : «Il y a longtemps que les pays de Tsin ^ et de Tch*ou ont mis la bonne foi de côté! Chacun cherche son avantage, et voilà tout; pourvu qu'on réussisse, à quoi bon la loyauté?»

Pé Tcheou-li ayant entendu cette malicieuse réplique, dit à son entourage : «Avant trois ans Tse-mou sera mort ! Quand on

veut atteindre son but en dépit de la bonne foi, on ne peut songer à réussir. L'intention du cœur se manifeste par la parole; celle-ci est Texpression de la loyauté ; sans quoi il n'y a plus rien de stable. Quiconque se joue de la bonne foi ne peut durer longtemps !»

Tchao-wen-tse était très-chagriné de ce que les gens de Tch'ou eussent revêtu leur cuirasse sous leurs habits . Il en parla à Chou-hiang t^ |pj. Celui-ci lui répondit: «Peu nous importe ! Tout le mal retombera sur eux ! Même un homme vulgaire ne peut éviter les peines qui châtient la mauvaise foi ; c'est la mort qu'il s'attire ! Si dans cette grande réunion de tous les princes, les gens de Tch'ou montrent une telle déloyauté, ils n'en obtiendront rien du tout. Quiconque viole la parole jurée en pâtira! Ainsi, que votre seigneurie ne se chagrine point! Mettons la bonne foi en avant ! Ils ont convoqué tous les princes à cette assemblée ; s'ils se montrent déloyaux, personne ne se rangera de leur côté; quel mal pourraient-ils alors nous faire? De plus, nous avons pour appui la capitale de Song, en cas d'un mauvais coup nous pourrons leur résister à mort, fussent-ils deux fois plus nombreux qu'ils ne le sont ! D'ailleurs, on n'en viendra pas à cette extrémité. Après avoir fait appel à tous les princes, pour chercher les moyens de mettre un terme à des guerres continuelles, s'ils profitent de cette occasion pour se jeter sur nous, les armes à la main, notre avantage sera des plus grands!»

Il y eut dispute à qui se teindrait le premier les lèvres du sang des victimes. Les gens de Tsin Ç disaient: «Jamais prince n'a eu le pas sur nous!» Ceux de Tch'ou leur répondaient: «Vous dites toujours que nos deux royaumes sont égaux ; maintenant vous prétendez que le nôtre est inférieur. Depuis longtemps il a été admis qu'ils auraient la préséance à tour de rôle ; comment voulez-vous aujourd'hui en avoir le monopole?»

Chou-hiang ;j^ |p] , lettré aux lèvres mielleuses, dit h Tchao- Wen-tse : «N'oubliez pas que c'est à la grande vertu de Tsin § que les princes donnent la préférence. Ce n'est pas pour une autre raison qu'ils lui donnent la préséance. Ainsi, que votre seigneurie s'applique à pratiquer la vertu avant tout sans se quereller pour si peu ! D'ailleurs, dans de semblables assemblées, ce sont les petits Etats qui sont chargés de l'exécution des détails. Si les gens de Tch'ou veulent prendre ce soin, il n'y a pas lieu de faire difficulté.»

Sur ce, on laissa la préséance aux gens de Tch*ou, dans cette réunion où quatorze Etats se jurèrent une paix éternelle. Cependant Confucius la donne aux gens de Tsin §. Le commentaire explique cette contradiction en disant que jamais il ne donne à un sauvage le pas sur les états chinois et qu'il estimait la vertu de Tsin § au-dessus de tout. Très bien ! Mais alors, que devient l'histoire ? Ne doit-elle pas raconter les faits

tels qu'ils se sont passés? Autrement, ce n'est plus la vérité qui parle ; c'est un homme qui brode une narration selon sa fantaisie.

Au jour jen-ou ^ 4^, le prince de Song 5(5 donna un dîner solennel, en l'honneur des deux ministres de Tsin § et de Tch*ou. La première place était occupée par Tchao Wen-tse. Dans la conversation, Tse-mbu ne fut pas à la hauteur de la situation, et ne sut pas répondre convenablement. Il avait fait placer Chou-hiang iS |pj à son côté. Il ne fut même pas capable de s'entretenir dignement avec ce fin lettré. Bref, le sauvage fut humilié en présence des Chinois ; cela va sans dire !

Au jour i-yeou 2* S' ^^ prince de Song adhérait au traité de paix en dehors de la porte Mong-men fj^ f^ (1). Il faut savoir que, d'après les rites, la réunion ayant eu lieu dans son pays» il était censé au-dessus des congressistes, et comme hors de pair. Il ne pouvait assister à l'assemblée, mais seulement adhérer à la convention adoptée par tout le monde. Agir autrement eût été déroger à sa dignité.

Tse-mou reçut encore une leçon dans ce fameux dîner dont nous venons de parler. Il avait demandé à Tchao Wen-tse en quelle vertu s'était distingué le célèbre Ohe-hoei -^ 'ff', autrement nommé Fan Ou-tse JE R "P' ^^ '^^*^ "&• ^^ malin lui répondit : «Sa maison était parfaitement réglée. Traitait-il avec le roi? il n'avait rien à lui cacher. Grandement dévot aux Esprits, il n'avait pas besoin de les aduler. Rédacteur des annales du royaume, il ne se souciait que de la vérité; il n'eut jamais un mot à rétracter.»

Rentré à la cour de Tch*ou, Tse-mou rapporta cette parole à K'ang-wang. Celui-ci répondit. «Alors, en effet, Che-hoei a été un homme supérieur, un vrai sage ! Egalement en grâce auprès des Esprits comme auprès de ses concitoyens, rien d'étonnant qu'il ait pu servir glorieusement cinq rois successifs (2), et les placer à la tête des <livers princes!»

Tse*mou dit encore à K'ang-wang: «L'autorité de Tsin § sur les vassaux est solidement établie. Tant que Chou-hiang 7^ [pj sera là pour donner des conseils aux ministres, impossible de rivaliser avec eux!»

Est-il besoin d'avertir le lecteur qu'ici l'historien laisse apercevoir une préoccupation ? Le royaume de Tch'ou avait obtenu la préséance dans une réunion si solennelle ; comment un lettré pourrait-il enregistrer ce fait, purement et simplement? Il s'évertue à prouver que cet honneur a été cédé à des sauvages

(1) La porte Moiif^-inpn était lir porttMlu nonl-ost de la oapitalp de Sonp. fp. Fa., vol. 50, p. 3).

(2) Ce sont les rois Wen JJt ' «iang iS» Li»fî 18» Tch'enp J^ et Kin^ ^ (C3Ô. 581).

dans l'intérêt de la paix ; mais combien ils en étaient indignes ! Malgré toute sa puissance, un barbare ne sait ni parler ni pratiquer la vertu comme un Chinois. D'ailleurs, cette vertu des lettrés fut, est, et sera toujours un objet d'envie pour les sauvages. Ils ont beau y viser, ils ne sauraient y atteindre. Quelle conscience de son propre mérite !

Mais revenons à notre récit: Siun-yng ^ ^, grand officier de Tsin Ç, se rendit à la cour de Tch*ou, pour la ratification du traité, sans doute aussi pour la visite réciproque dont on était convenu. Il fallait bien montrer qu'on était devenus amis !

Quant à l'empereur, la seule grande autorité nominale dans la constitution des Etats chinois, il n'en est même pas question. II n'a pas figuré dans cette réunion solennelle ; personne ne s'occupe de lui. De plus, il est officiellement reconnu que les vassaux ont deux chefs, les rois de Tsin § et de Tch'ou, contrairement à l'antique usage, qui n'en reconnaissait qu'un qu'on suppose désigné par l'empereur. Pour ce qui regarde la soumission à ces deux chefs, les rois de Ts'in ^ et de Ts'i ^ en sont dispensés, puisqu'ils ont été reconnus comme leurs égaux et qu'ils sont de taille à leur tenir tête. Sur quoi le commentaire s'écrie tristement: «Un grand changement s'est opéré

en Chine Ji f tC ^ M 4- • î»

A la fin de cette année (546), Wei-pi ^ H , autrement nommé Tse-t'ang -^ ^, seigneur de Tch'ou, se rendit à la cour de Tsin §, pour la visite amicale. On fit un grand festin en son honneur. Sur la fin du repas, il chanta l'ode «Ki'tsoei Il Bf *> W • «Vous nous avez fait boire le vin à pleines coupes, et nous avez comblés de bienfaits; prince, que le ciel vous accorde dix-mille ans de vie, et un accroissement de prospérité !» Le compliment fut fort goûté ; Chou-hiang Jî jpj fit aussitôt une prophétie : «Il n'est que trop juste, dit-il, que le seigneur Wei-pi ait de la descendance dans le royaume de Tch'ou ! Chargé par son prince d'une ambassade, il a montré une grande intelligence. II aura bientôt le gouvernement de l'Etat; habile comme il est au service de son roi, il saura soigner son peuple. A quel autre pourrait mieux être confiée la charge de jiremier ministre?»

K'ang-wang, d'ailleurs, savait aussi inviter les sages étrangers à venir dans son pays. C'est ainsi qu'à la fin de cette même année il envoyait un officier chercher Chen Sien-yu ^ f^ Jlf de Ts'i ^. Celui-ci, pendant la révolution de 548, s'était expatrié et s'était réfugié dans le duché de Lou ^.. Il vivait pauvrement dans un des faubourgs de la capitale. C'est là que les honneurs vinrent le trouver. K'ang-wang lui donna aussitôt la charge de Yeou-yn ^ ^ auprès du premier ministre, dont il était en quelque sorte le bras droit.

(l)l(Zottoli, m, p. 249, ode IS»»*). - (Couvreur, p. 355).

A la fin de son récit, l'historien relate une éclipse de soleil ; c'était, selon lui, le présage de grands malheurs. En effet, l'empereur Ling-wang Ï£ J (571-545) mourra Tannée prochaine; et K*ang-wang, si jeune encore, ne tardera pas à le suivre dans la tombe.

En 545, en automne, Mong Hiao-pé 3; ^ f^j, grand seigneur de Lou ^, se rendit à la cour de Tsin §, pour avertir que son maître, en conséquence de la convention de Song ^, allait bientôt faire sa visite à K*ang-wang. Le prince de Ts^ai ^, allié de Tch'ou, alla saluer le roi de Tsin ^, Quant au comte de Tcheng ^, il ne voulait pas se rendre en personne à la cour de Tchou ; il envoya à sa place le seigneur Yeou-ki j^ "§. Celui-ci était déjà arrivé au fleuve Han ^, quand on le pria de rebrousser chemin. « D'après la convention, lui dit-on, c'est le prince lui-même qui doit faire cette visite ; retournez donc chez vous; nous allons expédier à toute vitesse un courrier à la cour de Tsin §, demander s'il y a quelque changement à ce sujet.»

Yeou-ki, autrement nommé Tse T'ai-chou •? >Jc ^K, répondit: «La convention, a été faite pour aider et soulager les petits Etats, leur permettre de régler en paix leur administration, de soigner leurs peuples, de les instruire dans les rites, de les disposer à recevoir les bénédictions du ciel. C'est là le sublime dessein de votre illustre roi, l'unique espoir des vassaux. Pour le remercier, mon humble prince m'a envoyé lui offrir quelques chariots de fourrures [de peaux?] et quelques rouleaux de soie. Ayant à lutter contre la famine dans notre pays, il n'a pu venir en personne ; il m'a député vers vos seigneuries. Maintenant, vous me donnez une réponse bien dure ; vous dites: «Vous, officier d'une petite principauté, vous n'entendez rien h l'administration d'un grand royaume ; il faut que votre prince lui-même se présente ! qu'il laisse son peuple dans la détresse ! qu'il affronte la rosée, la gelée blanche, par monts et par vaux, pour satisfaire le bon plaisir de notre roi ! Les petits Etats n'ont que votre illustre maître pour toute espérance ; comment oserions-nous désobéir? Mais je crains bien que telle ne soit pas l'intention du traité ! De plus, cette manière d'agir nuira grandement à la réputation de vertu de votre illustre roi. Enfin, que gagneront vos seigneuries, si les vassaux rebutés par cette rigueur se retirent de vous? Voilà quelles sont les préoccupations de nous autres, pauvres principautés minuscules ; ce n'est nullement que notre maitre craigne aucune fatigue pour le bon plaisir de votre roi . »

Malgré cette harangue fleurie, Yeou-ki ne put continuer sa route ; il retourna dans son pays raconter sa mésaventure. Lui aussi était un prophète (comme d'ailleurs tout ces messieurs les lettrés; rien ne leur est caché, leur génie perce tous les voiles); 11 dit donc au ministre Tse-tchen -J- Jg. : «K*ang-wang va bientôt

mourir ! il ne sait pratiquer ni la vertu ni un bon gouvernement ; il s'entête à forcer les vassaux à se rendre en personne à sa cour, pour satisfaire sa gloriole ; il ne durera plus longtemps ! Le livre des mutations [i-king ^ jg] Tannonce très-clairement (1) ; que notre prince aille donc à la cour de Tch'ou, puisque cela fait plaisir à messieurs les ministres ; il assistera à Tenterrement du roi avant de rentrer chez nous ; il se passera ensuite des dizaines d'années avant que les gens de Tch'ou puissent s'occuper des vassaux, tellement les malheurs vont fondre sur eux; alors nous aurons le temps de soigner notre peuple!

Pi-tsao ^ ^. lui aussi un grand oHicier, était en même temps un astrologue : il vint à son tour consoler le cœur du comte de Tcheng ^: C'est maintenant, dit-il, que l'empereur et K'ang-wang vont mourir; car la planète Jupiter a quitté sa position et a pris celle qui ne lui conviendrait que Tannée prochaine (2) ; elle exerce ainsi sa mauvaise influence sur la constellation niao-nou J^ ^, protectrice du territoire impérial et du royaume de Tch*ou ; de grandes calamités vont fondre sur ces deux pays (3).

A la 9^"^^' lune, Yeou-ki {{$ ^ se rendait à la cour de Tsin §, annoncer que son maître, le comte Tcheng, allait partir très prochainement pour le pays de Tch^ou. De fait, le prince ne tarda pas à se mettre en route; il était accompagné de Tse-tch'an •? M» ï^ fameux lettré homme d'État dont nous avons parlé naguère; nous allons avoir un spécimen de son génie. Arrivé à l'un des ffiubourgs de la capitale, il s'y arrêta, y fixa sa demeure, et fit construire une chaumière, au lieu d'iîn (4) autel en forme de tertre, comme c'était la coutume. Son entourage li^i en fit la remarque, disant que cela n'était pas convenable pour sa dignité. Voici la réponse du sage ; c'était naturellement un soufflet moral appliqué sur la face des sauvages, pour compenser l'humiliation

(1) Le prophète cite ici les deux hexagrammes 2Î*"'*' et 27*""; nous en faisons grâce au lecteur; nous en avons donné plus haut quelques eximples similaires.

(2) Naturellement, le ciel est aux ordres des lettrés, pour l'accomplissement de leurs (prophéties !

(3) Les explications astronomiques du commentaire sont dans T*ou-liri Çfc W' vol. fe, p. 4; nous en faisons grâce au lecteur; elles ne sont guère scientifiques ! Si le fait indiqué par l'astrologue était réel, cela prouverait que son calendrier était en retard d'un an sur le ciel et voilîk tout. On appelait étoile ou constellation ^annuaire» celle qui exerçait son influence, pendant un an, sur les événements célestes et terrestres.

'4) Dès qu'un ambassadeur approchait de la capitale, le souverain députait un ministre au-devant do lui, pour le saluer et lui offrir un présent de soieries ; c'était la bienvenue ordinaire. (Couvreur, li-ki, vol. 2, p. QSS). Le tertre, en forme d'autel, qu'un grand État érigeait, quand il en visitait un petit, servait aux sacrifices et aux saluts de bienve-

nue; c'était comme un mémorial des bienfaits accordés par ce grand Etat, une exhortation permanente^à la vertu, si la fidélitéj^adressée au petit.

qu'ils imposaient par cette visite personnelle des princes chinois: «Quand un grand Etat vient en saluer un* petit, on bâtit un autel pour les saluts de bienvenue ; quand un petit État en visite un grand, on se contente d'une chaumière en paille. Moi, Kiao j^, j*ai appris ceci de mes anciens maîtres : quand un grand pciys vient en saluer uu petit, il en résulte pour celui-ci cinq avantages: on montre de l'indulgence pour les olTenses reçues; on pardonne les manquements et les erreurs ; on le sauve des malheurs qui l'accablent; on approuve les bonnes lois qu'il a établies ; on lui enseigne ce qui dépasse sa capacité ; ainsi il n'a point îi souffrir d'une telle visite ; aussi se montre-t-il attaché à son protecteur comme un enfant à son père : alors on bâtit des palais, pour perpétuer le souvenir de ces bienfaits, et exciter le peuple à pratiquer la vertu. Quand un petit Etat va en saluer un grand, il a cinq charges à subir: il doit s'accuser des olTenses commises: demander pardon de son incapacité, pour prévenir les blâmes: demander les ordres pour la conduite à tenir; offrir le tribut et des cadeaux, se conformant aux ordonnances qui règlent les visites et les réunions des divers Etats à différentes époques ; sinon il doit doubler les présents qu'on a coutume d'offrir; il lui faut enfin féliciter son protecteur des événements heureux, ou prendre part à ses deuils. Tout cela pèse lourdement sur ses épaules! A quoi bon alors bâtir des autels, pour publier sa honte, la faire connaître aux générations futures? cela n'est nullement nécessaire !

Comme le duc de Lou ^, avec les princes de Song ^, de Tch'en |!^ et de lliu f^^ se rendaient à la cour de Tch^ou, pour la même visite obligatoire, ils traversèrent le pays de Tcheng^: là, ils apprirent que le comte était déjà parti. En son absence, le seigneur Liang-siao g ^, autrement nommé Pé-yeou fg ;^, était chargé de faire les honneurs de la cour; pour recevoir les nobles étrangers, il alla au-devant d'eux sur les bords de la rivière Hoang ^ (1), à vingt li de la capitale; mais il ne montra pas assez de courtoisie et d'humilité dans son olîice ; le lettré Mou-chou 3®îS, de Lou, lui fit aussi sa prophétie: si cet homme, dit-il, ne reçoit pas la peine de mort qu'il a méritée, certainement le pays de Tcheng jJB verra de grandes calamités ; le respect est un point essentiel de la vie sociale; quiconque y manque ne pourra jamais conserver sa maison telle qu'il Ta reçue de ses ancêtres; si les gens de Tcheng ne punissent pas cet homme, ils vont assumer sur leur tête de grands malheurs! Les lentilles d'eau et le potamot, recueillis dans les bas-fonds formés par les inondations, sont offerts par les jeunes filles des paysans, dans

(1) La rivièro HoanîX = 8e trouve à 20 li Rud-est do Sin-tcli«n^' M W^> l'jiiH'icimo capitale du comté ; elle a sa source dans la montagne T'ai-chan '/^ llj> et se réunit il la rivière Wei ^ (p. Fa., vol. 12, p. 6). - (g. Fa., vol. 47, p. 33).

le temple de leurs ancêtres : c'est leur humble tenue et leur révérence qui font agréer ces pauvres dons par les Esprits.

Parvenus au fleuve Han ;^, les princes apprirent la mort de K'ang-nang; le duc de Lou voulait aussitôt s'en retourner, mais le seigneur Chou-chen Tchao-pé ^ {^ B3 fè lui dit : «Nous sommes venus pour visiter le royaume de Tch'ou, non pas pour saluer un homme; continuons donc notre chemin!» T'n autre seigneur, nommé Tse-fou Hoei-pé ^ M M iÙ^ ^^^^^ ^'^^ ^^^s contraire: «Un homme sage, disait-il, pense à Tavenir, tandis que le vulgaire voit seulement ce qui frappe les yeux ; celui qui ne tient pas compte de la faim et du froid que nous avons endurés en route, peut-il penser à l'avenir? Il vaut mieux nous en retourner tout de suite!» Mais un troisième seigneur, Chou-suen Mou-tse ^ S S •?' préféra le premier avis: «Chou-chen, dit-il, est un homme capable, et de bon conseil ; Tse-fou commence tout au plus à aller à l'école!» Un quatrième seigneur, nommé Yong Tch'eng-pé |6 JSR fÔ^ ^"' aussi d'avis qu'il fallait aller jusqu'à la capitale de Tchou : sur ce, on continua le voyage.

Le prince de Song ^ avait ^uivi d'autres conseils ; H était reparti immédiatement pour son pays. C'est surtout Hiang-siu |p;j J^, l'utopiste, le promoteur de la prétendue paix universelle, qui Tavait exhorté à rebrousser chemin: «Nous sommes venus pour K*ang-nang, lui disait-il, et non pour son royaume; rentrons de suite chez nous, et tâchons de soigner notre peuple ! Attendons l'avènement du nouveau roi, et nous aurons encore le temps de faire les préparatifs nécessaires!»

Le grand seigneur K'iu-kien J^ J^t de Tch'ou, un des signataires de la fameuse convention, étant mort, Tchao Wen-tse ^ '^ •^, premier-ministre de Tsin §, se mit à porter le deuil, à titre de co-signataire. Le commentaire ajoute qu'ainsi le voulaient les anciens rites.

Quant à K'ang-vvang, sa mort eut lieu à la M^^u^ lune. Confucius dit que ce fut au jour appelé i-wei 2* ^ î mais le commentaire observe que ce jour n'existe pas dans cette lune ; il est probable que c'était une lune «intercalaire». D'ailleurs l'historien ne donne pas d'autres détails.

Le tombeau de K'ang-wang fut placé à l'ouest de la capitale Yng-tch'eng gj JjJ.

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