III. K^IEN-LONG À NANKIN
Les îles du lac Heou hou étaient alors fort fréquentées par les oisifs en quête de divertissement. Ces promenades en bateau sont restées dans le goût chinois, surtout au sud du Yang-tse. Tchong chan @ [[j, notre «Mont S. Michel», jouit également alors d'une grande célébrité ; ses nombreuses pagodes et les magnifiques sépultures impériales brillaient encore de toute leur splendeur. Aujourd'hui, c'est un des points les plus sauvagement ravagés.
En 1763, à sa 3' visite, K'ien-long examina lui-même les candidats aux degrés littéraires. On sait que cet empereur, dilettante épris de littérature et fort érudit en la matière, décora d'élégantes inscriptions tout le Kiang-nan et Nankin, fier d'en posséder encore plusieurs (1).
Il y revint en 1766, puis en 1781.
Venu à Nankin en 1785 (3* 1.) le vieux monarque s'acquitta des sacrifices habituels au Hoang ling, présida les examens au Tchong^chan chou-ynen, et dans son voyage de retour, s'arrêta à Si-hia chan #| S lll- ^^ ^'^^ célèbre, au bord du Yang-tse, à 20 kilom. à l'est, en aval, conservait alors en bel état sa riche pagode bouddhique et ses précieuses antiquités délabrées aujourd'hui. Amateur d'archéologie et d'épigraphie, il ne voulut point sans doute laisser échapper cette occasion tardive de visiter l'un des plus curieux centres bouddhiques de la région, vers lequel le guidaient plus ses préférences de lettré que sa dévotion personnelle. Les chroniques nous apprennent du reste qu'il s'y était fait construire, la 22' année de son règne (1759), un palais, fj*^, un pied-à-terre, une sorte d'Hôtel de passage, à l'extrémité nord de la rue' Hoa-p^ai-leou, au nord du Long-hoang miao.
Le 2 juin 1768, deux jésuites, le P. Collas :& îl ^ et le P. Bourgeois |^ |K # firent une courte apparition dans Nankin, où quelques chrétiens se tenaient cachés. Les Pères visitèrent surtout la Tour de porcelaine. Les Mévioires concernant les Chinois (VIII, 291, et IX, 438) nous offrent deux lettres du dernier missionnaire relatives à ce voyage. Elles dénotent, chez le voyageur et dans le public, une singulière préoccupation au sujet de l'étendue et de la population de Nankin, «la plus grande ville du monde.» La partie habitée, écrit le P. Bourgeois, ne représente qu'une ville de trois lieues de circuit. «L'erreur vient de ce qu'on n'a pas assez distingué la prodigieuse enceinte de Nanquin, d'avec la partie de Nanquin habitée. A force de dire: la ville de Nanquin a 16 lieues de circuit, on s*est accoutumé à croire que Nanquin remplissait tout Tespace contenu entre ses murs.»
La lettre est datée de Pékin 1777.
Nankin fut une dernière fois favorisé de la visite impériale en 1789 (3*1.). K'ien^long, sept ans avant sa mort (1796), y reparut
(l) A Ts'iug-liang cftan [1757). T'chao-t'ien-kottg {17B2 et 1780) et à un eudroit horfi du Han-si men (1757) on trouve de ces stèles de K^ien-long, A Koan-yn men (1751, 1757, 1762), au Kong-yuen pas de date.
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et se rendit aussi bien au Hiao ling qu'au Tchong-chan c/iou-t/uen. Le programme de oes visites traditionnelles ne changeait pas. Mais les mœurs chinoises se sont modifiées. Les Empereurs mandchous étaient, il y a cent ans, moins sédentaires, moins obstinément casaniers que ceux de notre époque. Quel émoi, dans l'Empire et en Europe, si Koang-siu ^ ^, le souverain régnant, annonçait soudain sa détermination de faire un pas hors des chemins familiers de sa Capitale ! tnKHen'long, ai-je lu, interdit à ses descendants les voyages dans les provinces chinoises, à cause des dépenses énormes qui en résultent, et qu'il avait constatées par lui-même.» Ordre trop obéi, désir trop respecté ! Les hauts satrapes, qui maintiennent leur souverain en tutelle, veillent, pour des raisons inavouables, à ce qu*il n'y soit point dérogé.
L'an 1787, mourut à T'ang^ka hang ^ ^ ^, non loin de Chang-hai, M^^ de Laimbeckhoven ^ ^ Ê ^ flS> jésuite autrichien, évêque titulaire de Nankin.
La capitale tombée s'efface, s'éclipse de plus en plus aux yeux de l'historien. Elle ne conserve guère qu'une vie pâlie dans les souvenirs historiques et littéraires de l'époque. Ainsi, le roman Jowlin 'wai^che ^ ^ ^ & contient une description de notre cité à la fin du siècle dernier, où se passent des scènes de jeux, d'examen et de sorcellerie. Quelques ouvrages révèlent des habitudes de luxe assez licencieux dans le Nankin d'alors (1).
(1) Nous prenons dans le N. C. D. N. du 4 sept 1896 la traduction, par M. E. H. Parker, des lettres de K^ien-long (sept. 1793) à Georges III d'Angleterre, pendant que l'ambassade de Lord Macartney se trouvait à Jehol (222 kil. au N.E. de Pékin). Le noble lord et sir George Staunton, l'historiographe de l'ambassade, furent admis à l'andience impériale le 4 du mois cité. Dix-neuf jours après, l'Empereur fit paraître "un ordre au roi anglais."
"So then, thou King, far away over many océans, thou hast inclined tbine hesu:^ towards civilisation, and hast made a point of despatching envoys to respectfully bear a submissive address. Crossing the seas, they hâve arrived at Court, and bave ofifered theîr devout prayers for our Impérial welfare, besides submitting articles of local production, by way of evinoing thy heartfelt sincerity. We hâve opened and perused the address, the language of whioh is sufficiently honest and earncst to bear witness, O King, to the genuineness of thy respectful submission, and is hereby right well commended and approved. As to the ohief and assistant envoys, bearers of the address and the tribute, in considération of the fatigue they bave undergone in carrying out the duties of their distant mission, We, in the exercise of our grâce and courtesy, bave already commandcd our Ministers to iutrodnce them to the privilège of audience; hâve bestowed a banquet upon them ; and bave conferred upon them repeated gratifications, in order to raake manifest our love and tendemess. As to the six hundred or more of officers and menials in charge of the ship who bave retumed with it to Chusan^ though they hâve not been to the metropolis, we hâve also bestowed libéral présents upon them, so that they also may bave a rich share in our gracions kindness, and one and ail be equal récipients of our benevolence."
Having thus begun in a tone of magnificent superiority which the Emperor's advisers to-day would be only too glad to adopt if things had not gone badly with China in the last half-oentury, the Emparer deals with the request of England to be allowed to bave a résident Envoy at Peking. "This," be says, "is qoite oontnury to the policy of tbe
t III. LKTTU PS K^IBN^LONa À aSORGBS III, 1743. 251
Le regretté C. Imbault-Huart a donné, dan9 le journal de la Soc. asiatiq. de Chang-hai, une étude sur Yuen Tse^is'ai ^ 'f ^ 1716-1798, «Un poëte chinois du XVIIP siècle.» On l'appelle aussi Yuen Mei ^ i^, Yuen Kien-^tchai ^ Ifi H, ou g| g 5^ ^ Soei^ yuen sien^cheng à cause de son célèbre jardin de Nankin.
Celestial Court, and positively cannot b« allowed." He explaius that some foreignars (mùsionariee) hâve be«n allowed to residje in Peking, in the Impérial service (tbe JeauUs aud other priests imparted geographical, mathematical and astronomical knowledge), bttt tbey were confinjed to the Mission Hall, and never allowed to retom to their own coimtries. An Envoy would not &ccept sach termg, and his présence in Peking woold be useless "as it wolild be impossible to allow him to move froely to and fro, and to commnuicate information witb regularity." Moreover, his langua^e and his costume would be incompréhensible to the people, for he could not be expected to wear Chiuese clpthes %b the missionaries do, and there were no quarters in Peking suitable for him. "Besides, thfi countries of Europe are very numerons, thy kingdom not being by any means the only one ; if ail of tbem were to pray, as thou dost, Kîng, for permission to députe a man to remain in the metropolis, how would it be possible to grant such permission to each one of them in tum ? This matter it is most positively impossible to allow." The Bmperor tben points out that it is unnecessary as far as trade is concemed, becanse foreign traders hâve alw^ays been treated in China with every considération ; and a man residing at Peking would be nearly three thousand miles away from the commercial centre of Macao* As to the suggestion that the Envoy proposed would be able to study the arts of civilisation at Peking, the Emperor points out that "thy kingdom naturally possessos customs and régulations of tts own, and would never be able to foUow those of China ; so tb*t even supposing the person really understood the knowledge thus acquired, he would be unable to make any proper use of it." The Emperor adds that he does not want the King's présents, as there is nothing that he does not already possess, but he accepta them "in considération of thine honest heart and the great distance they hâve been cftrried," but the King is not to send any more, and he is to accept with déférence the présents the emperor sends in retum.
A farther command deals with the preposterous request of Bngland for the opening of more ports. China, aays the Emperor, does not require any productions of outer barbarians ; but as the tea, silk, and porcelain of China are indispensable to Europe, "We hâve in our grâce and commisération established the foreign hongs at Macao." Now England asks to be allowed to trade at Ningpo, Chusan, Tientsin, and Canton. But there are no hongs and no interpreters at thèse ports, aud the request can in no sensé be entertained. The next request of England is to be allowed to establish a commercial dépôt at Peking, af ter the manner and précèdent of Hussia. This is impossible ; "the metropolitan city is the cynosure of the empyrean for alT parts of the world ; its étiquette is as severely exact as its laws are of striking majesty; never bas there been such a thing there as the establishment of mercantile hongs by foreign dependencies." Macao is quite snificient for the purpose; Bussia had a temporary dépôt at one time at Peking, but it has since been removed to Kiaohta, and the position of Eliachta is analogous to that of Macao. Thirdlyt England cuksfor a lUtle island in the ChMsan graup, for « dépôt. This is also impossible ; Chusan has no con veulent facilities ; there is no précèdent for giving away Chinese territory ; and if England got an island, every kingdoBB of the «uter barbarians would want one. Fourthly, England would like a little place near Canton for a settlement, or tbe right of traval betweeo Maoae and
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Originaire de Ilang-'tcheou il devint sous-prëfet de Li^choei îï ^î Chou-yang \jl^ ^ etc. puis se retira à Nan-kin pour cultiver la poésie dans le jardin qu'il racheta et einbelllt, dont il fit un nouveau jardin d*Académus, où Ton se réunissait pour lire des poésies en buvant le vin.
Son tombeau est à la descente des 100 pas de Ou-t'ai c/ian. Les fragments de lions en pierre qui restent sur ce plateau sont peut-être des restes de ses jardins. Il avait fait promettre à ses fils de conserver 100 ans cette propriété à laquelle il tenait tant! Je ne résiste pas à la tentation d*emprunter à M. Huart la traduction d*un extrait de ses Essais : Siao-ts^ang-chan-fang -wen^isi ij>
it lU ^ i Ife» o'^ ^^ décrit son cher jardin.
<cA deux li à Touest du pont de la porte septentrionale de Nanking, je trouvai le Siao-ts'ang chan i]\ j^ llj, la Colline du Grenier. Se détachant de la montagne Ts'ing-liang chan ^ $^llj cette hauteur formait deux pics et venait mourir au pied du pont : longue et étroite elle faisait mille zigzags. Au centre était un étang limpide entouré de champs humides : son nom vulgaire était Kan-ho ]|g fff (Rivière sèche). Le Ts^ng-liang chan était jadis la résidence d*été des empereurs des T'ang méridionaux (1). Du sommet de la Colline du Grenier on aperçoit tous les lieux et sites renommés de Nanking et de ses environs : au nord-est le Ki-ming se H ^^, Temple du chant du Coq ; au sud-est le Mo-tch^eou hou ^ jl^, Lac sans chagrins; au nord le Tchong chan m ^J,
Canton. This alao is contrary to précèdent ; foreign trade has been very profitable ai Macao, and the restrictions as to travel imposed on foreigners hâve prevented disputes with the natives, and thero must be no change now. Fifthly, tho English deniand for a réduction of taxation (probably on re-exports or unsold cargoes) is quite inadmissible. In his sixth parngraph the Emperor shows that thero is no necessity for a tariff of duties, that tixed by the Canton IIoppo being ail that is wanted ; and that it is more impossible than anythiiip elso to allow barharian men to preach their faith in China. "The Sacred Emperors and lUustrioiis Kings of the Celestial Court hâve, ever since the création of the vvorld, handed down the teachings which they hâve instituted froni tinie to time ; the (îarth's millioîis hâve a standing guide provided for them to follow herein, and would iiot venture to hefool theniselves with outlandish doctrines." The Emperor adds that the Jeauits and others who are allowed to réside in Pcking in the Impérial service, *'are not allowed to form connections with the people of China, or to wantonly propagate their faith.
This summary is enough to show the tone which the Emperor of China felt bimself able to assume towards the King of England a hundred years ago. Thèse letters were intended, of course, to finally check foreign encroachment ; but the âood from the West was not to be kept out by such a breastwork of sand as this. Meantime, they are very interesting as showing what the views of the then Emperor of China were ; views which no doubt his présent successor still cherishes in his heart ; and we hâve to thauk Mr. Parker for making them so accessible.
(1) A l'époque des 5. ftî Ou-Val ou cinq dynasties, les f^ S ■^'^^"^ T^ang ou T'ang méridionaux ont régné de 923 à 930 de notre ère.
§ m. DESCRIPTION DU SOEI-YUEN. 253
Mont de la Cloche; au sud le Yu^hoa l'ai M ^ S« Terrasse des fleurs qui tombent en forme de pluie, etc., etc. Là, au temps de l'empereur K'ang-hi, un certain Soei pg, directeur de la fabrique impériale des soieries, avait élevé un pavillon sur le pic septentrional de la colline, avait planté autour des arbres, des arbustes, et avait circonscrit le tout d'un mur. Tous les habitants de Nankin venaient se promener et admirer la nature dans cet endroit : on l'appelait Soei-yuen |f§ y, jardin de Soei, du nom de son propriétaire.
Trente ans plus tard, lorsque je fus nommé Tche-hien à Nankin, ce jardin était presque entièrement détruit et le pavillon s'était transformé en un vulgaire cabaret où les charretiers et les porteurs de chaises se disputaient tout le jour. Les oiseaux ne voulaient plus résider en ce lieu, les fleurs elles-mêmes, malgré les zéphyrs du printemps, se refusaient à fleurir. A cette vue j^eus le cœur serré ; je pris ce jardin en pitié et demaiîdai le prix du terrain : il était de trois cents taels. Il m'en coûta un mois de mes appointements ; je devins acquéreur du jardin que je fis incontinent entourer d'un nouveau mur. Sur les hauteurs j'élevai des pavillons : dans les bas-fonds je plaçai des kiosques entourés d'eau ; dans les parties resserrées je fis faire des ponts ; là où l'eau coulait, je mis un bateau ; puis je disposai des grottes çà et là, etc., etc. En somme tout fut fait selon la disposition naturelle du sol : d'où j'appelai ce parc Soei-yuen SIBB* jardin de Soei (1).
«Lorsque le jardin fut achevé, je me dis en soupirant :-^—<( Si je restais fonctionnaire à Nankin, je viendrais ici une fois par Oiois ; si je demeurais à Nankin, j'y viendrais tous les jours. Or, comme cela ne peut être, je vais donner ma démission et prendre le jardin $ ||.» Dans la suite, je demandai un congé pour cause de maladie, puis avec l'aide de mon frère cadet Hiang^t'ing § ^ et de mon neveu Mei-kiun ^ ;&, je transportai au Soei-yuen
ma bibliothèque j'échangeai donc ma place contre ce jardin :
on peut voir par là combien celui-ci devait être beau» (2) !
(1) Yuen-tsp-ts'ai ajouta lo radical ^ an caractère cl n nom de l'ancien propriétaire (kB) et forma ainHi nn nouveau mot dont le sens est "selmi^ suivant^ aunrrr,'* d'après Ini; H| H BÎpnifiprait donc "jardin construit suivant la disposition des lieux." Quarante ans plus tard, Vuen découvrit dans une inscription poétique du temps des Minp, que ce nom d^ Bh BB ^tait véritablom'^nt l'ancioii nom du jardin du directeur VS* Chose étrange, dit-il dans le m W W ^ Chehoa pnu-i, Supplément i ses notes, livre I, le nom que j'avais donné au jardin était le mAme que celui qu'il avait autrefois.
(2) De Mailla XI p. 88-89. — du Halde I, 480 et seq. donnent la liste des calamités plus remarquées.
10 sept. 1679. Tremblement de terre à Pékin. 400000 victimes. 4 janv. 1680. Incendie du palais à Pékin.
11 juin 1720. Tremblement de terre à Pékin. 1000 personnes périssent.
Incendie général du palais à Pékin.
30 nov. 1731. Tremblement de terre à Pékin.