‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 129 sur 445 · DES NOMS DE BAPTÊME · texte numérisé non relu

DES NOMS DE BAPTÊME

Le nom de baptême est une sorte de nom propre viager, emprunté ordinairement à l’hagiographie, destiné à précéder le nom transmissible de famille, et qu’on impose au baptisé dans le sacrement de la régénération spirituelle. Nous disons qu’il est ordinairement emprunté au calendrier des saints, attendu que les siècles primitifs de l'Église nous offrent à cet égard de nombreuses exceptions et que, dans les temps modernes, trop souvent on s’est affranchi des prescriptions de la liturgie,qui veut mettre chaque nouveau chrétien sous la protection spéciale d’un habitant du Ciel. En ajoutant que le nom de baptême précède le nom de famille, nous indiquons un usage presque universel, sans oublier toutefois qu’il y a eu et qu’il ya encore quelques exceptions à cet égard. En Transylvanie, par exemple, le nom de baptême se place toujours après le nom de famille : ainsi on dit Chimin Janos pour Jean Chimin.

Il ne faut point confondre le prénom, qu’on appelle vulgairement pefit nom, avec le nom de baptême ; le premier est une dénomination purement civile, qui a surtout pour but de distinguer entre eux les membres d’une même famille ; le second a un caractère essentiellement religieux. Il arrive souvent, il est vrai, que le prénom est en réalité la même chose que le nom de baptême: c’est alors une seule et même appellation ayant une double origine, l’une civile, l’autre ecclésiastique; mais parfois il peut être différent, car on peut donner à la mairie, pour les actes de l’état civil, un prénom, soit à un

enfant qui sera soustrait au baptême, soit à un enfant qui a reçu ou qui recevra un autre nom sur les fonts baptismaux.

Outre les noms de baptême proprement dits, qui devaient à la longue remplacer le prænomen emprunté aux Romains, on pourrait distinguer chez les anciens Chrétiens les 70msde naissance et les noms d'adoption. Alors que le baptême était ordinairement conféré tard aux enfants et seulement aux vigiles de Pâques et de la Pentecôte, on comprend qu’il n’était point possible de différer jusque-là l’imposition d’un nom et qu’on dut continuer, comme par le passé, à accomplir ce rite intime de famille, le septième ou le huitième jour après que l’enfant était entré dans la vie. C’est là ce qu’on pourrait appeler un 0m de naissance, car il ne deviendra que plus ou moins tard un nom de baptême, alors qu’il sera consacré par les augustes cérémonies de la religion.

Quant aux noms d'adoption inspirés par de pieux sentiments, ils sont assez fréquents dans l’antiquité ecclésiastique. Il nous suffira d’en citer quelques exemples. Prisca, femme d’Aquila, est aussi nommée Priscilla dans le Nouveau Testament. Selon M. Davin (r), elle aurait pris ce nom en signe de pieuse clientèle, parce qu’elle aurait contribué à la conversion de Priscille, mère de Pudens. Saint Cyprien, élevé au sein de l’idolâtrie, ajouta à son nom celui de Cœcilius, parce que ce saint prêtre l'avait initié aux mystères de la foi chrétienne (2). Eusèbe de Césarée ajouta à son nom celui de Pamphile, en raison de l’étroite amitié qu’il avait liée avec ce saint martyr (3). Cet usage, inspiré par une pieuse vénération, s’est perpétué jusque dans le moyen âge: au x° siècle, nous voyons Pierre Damien emprunter son second nom àun frère tendrement aimé qui lui avait servi de père.

On pourrait encore établir une autre catégorie, celle des noms posthumes qu’il est d'usage d'imposer aux corps saints des Catacombes dont aucune inscription ne révèle le nom propre. On sait qu’on leur donne des appellations qualificatives qui conviennent également à tous les saints, comme Justus, Candidus, Felix, Victor, Adéodat, Victoria, etc.

Mais les noms qui doivent attirer ici notre attention spéciale sont ceux qu'on donne au baptême, et la première question qui s'impose naturellement à nos recherches est celle de l’origine de cette pieuse

(1) La Capella Greca, ap. Revue de l'Art chrétien, n° d'Avril-Juin 1876, page 266. (2) Pontius, Passio S, Cypriani; Hieron., Cat. script. (3) Eusèbe, De Mart. Palæst.,lib. XI.

Page 1