RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES DE L'ADMINISTRA- TION DU BAPTÊME
Les cérémonies baptismales ont pour but de sanctifier celui qui en est l’objet, de le rendre plus digne d’un si auguste sacrement, d’exprimer le changement opéré dans son âme. Ce sont aussi des symboles qui, par leur sens spirituel et leur solennité, doivent exciter la foi et la dévotion des fidèles.
Les théologiens conviennent que les cérémonies n’appartiennent pas à la substance du sacrement et que leur suppression ne saurait atteindre la validité du baptême ; mais ils enseignent en même temps qu’il n’est point permis de le conférer sans ces cérémonies, à moins d’un cas de nécessité.
Au xvi° siècle, des missionnaires des Indes ont cru pouvoir suppri-
mer les cérémonies dans les baptêmes collectifs qu’ils administraient
à de nombreuses foules subitement converties; au xvr°, quelques missionnaires de la Chine et du Tonkin, pour ne point porter ombrage aux susceptibilités qui règnent dans l'extrême Orient, retranchaient certains rites, dans le baptême des femmes, tels que l'insalivation et les onctions. Mais les Congrégations romaines n’ont jamais approuvé ces retranchements; à toutes les questions qui leur ont été posées à cet égard, elles ont invariablement répondu qu'il n’est point permis d’omettre aucune des cérémonies prescrites par le Rituel,
Des écrivains protestants ou rationalistes ont fait remarquer que certains rites baptismaux ont été empruntés aux Pélasges, aux Égyptiens, aux Perses, aux Indiens, aux Grecs, aux Juifs ou à la philosophie
platonicienne. Nous avons déjà examiné ces assertions en parlant des purifications des Gentils (1). Ces analogies, qu’il serait puéril de nier, mais qu’il faut se garder d’exagérer, s'expliquent par la nature des choses, par l'universalité du symbolisme et par l’unité des lois primitives. L'Église a fait passer dans l’ordre moral chrétien des institutions purement humaines et des rites généralement admis; bien souvent elle n’a fait que restituer à leur première destination des cérémonies profanées par les païens et pratiquées antérieurement par les adorateurs du vrai Dieu.
Il est un certain nombre de ces rites baptismaux dont il est impossible de préciser l’origine et dont l'institution doit remonter aux temps apostoliques. Le Nouveau Testament, ilest vrai, n’en a rien dit; mais Jésus-Christ, outre son enseignement public qui procédait surtout par paraboles, avait un enseignement secret qu’il réservait à ses disciples et qui ne fut répandu qu'après sa mort. Il ne serait donc pas raisonnable de prétendre que telle ou telle institution n’appartient pas aux temps évangéliques, par cette seule raison qu’il n’en est pas question dans les Évangiles. C’est la tradition qui seule a transmis ces enseignements d’abord secrets, et l’on ne saurait nier que les Pères des premiers siècles n’aient eu l’autorité nécessaire pour affirmer ces traditions. Leur silence même ne saurait être invoqué comme une preuve de la date plus récente de certaines cérémonies, car aucun d’eux n’a donné un rituel complet du baptême ni des autres sacrements. La loi du secret leur faisait d’ailleurs un devoir de ne point trop divulguer les particularités des mystères, et ce ne fut qu’au iv° siècle qu’on se relâcha de cette sévère discipline. Les Constitutions apostoliques sont l'ouvrage qui nous fournit le plus de détails sur les cérémonies sacramentelles ; le compilateur de ce recueil paraît avoir vécu à la fin du 1v° siècle; mais par là même qu’en ce temps-là, on attribuait cette œuvre à saint Clément, disciple et successeur de saint Pierre, c’est qu’on était persuadé que les rites prescrits dans ces Constitutions remontaient aux âges apostoliques : or la croyance de cette époque et l’attestation de plusieurs Pères des 1v°, v® et vi siècles, sur l’apostolicité de diverses cérémonies baptismales, nous semblent des témoignages autrement concluants que les hypothèses des écrivains protestants, uniquement basées sur l'absence de renseignements liturgiques, absence qui s'explique, nous ne saurions trop le répéter, par la
(1) Voir le livre I, chap. vi, art, 11, p. 50,