‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 13 sur 206 · XXV.] DU RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

XXV.] DU RÈGNE DE LOUIS XIV

libéralités de Louis XIV. Il mit en lettres d'or sur le frontispice : yEdes a Dco datœ : allusion au surnom de Dieudonne, dont la voix publique avait nommé ce prince à sa naissance.

On se figure aisément Tefifet qu'eut dans l'Europe cette 5 magnificence extraordinaire ; et si l'on considère tout ce que le roi fit bientôt après de mémorable, les esprits les plus sévères et les plus difficiles doivent souffrir les éloges immodérés qu'on lui prodigua. Les Français ne furent pas les seuls qui le louèrent. On prononça douze panégyriques 10 de Louis XIV en diverses villes d'Italie; hommage qui n'était rendu ni par la crainte ni par l'espérance, et que le marquis Zampieri envoya au roi. —^

Il continua toujours à répandre ses bienfaits sur les lettres et sur les arts. Des gratifications particulières d'en- 15 "^ viron quatre mille louis à Racine, la fortune de Despréaux, celle de Quinault, surtout celle de LuUi, et de tous les artistes qui lui consacrèrent leurs travaux, en sont des preuves. 11 donna même mille louis à Benserade, pour faire graver les tailles-douces de ses Métamorphoses d' Ovide 20 en rondeaux : libéralité mal appliquée, qui prouve seulement la générosité du souverain. Il récompensait dans Benserade le petit mérite qu'il avait eu dans ses ballets.

Plusieurs écrivains ont attribué uniquement à Colbert cette protection donnée aux arts, et cette magnificence de 25 Louis XIV : mais il n'eut d'autre mérite en cela que de seconder la magnanimité et le goût de son maître. Ce ministre, qui avait un très-grand génie pour les finances, le commerce, la navigation, la police générale, n'avait pas dans l'esprit ce goût et cette élévation du roi ; il s'y prêtait 30 avec zèle, et était loin de lui inspirer ce que la nature donne.

On ne voit pas, après cela, sur quel fondement quelques écrivains ont reproché l'avarice à ce monarque. Un prince qui a des domaines absolument séparés des revenus de 35 l'État peut être avare comme un particulier ; mais un roi de France, qui n'est réellement que le dispensateur de l'argent de ses sujets, ne peut guère être atteint de ce vice. L'attention et la volonté de récompenser peuvent lui manquer; mais c'est ce qu'on ne peut reprocher à Louis XIV. 40

24 SUITE DES PARTICULARITÉS [chap.

Dans le temps même qu'il commençait à encourager les talents par tant de bienfaits, l'usage que le comte de Bussy fit des siens fut rigoureusement puni. On le mit à la Bastille en 1665 à cause d'une chanson où le roi était troj) 5 compromis, et dont alors on renouvela le souvenir pour perdre Bussy, à qui on l'imputait.

Ses ouvrages n'étaient pas assez bons pour compenser le mal qu'ils lui firent. Il parlait purement sa langue : il avait du mérite, mais plus d'amour-propre encore ; et il ne

10 se servit guère de ce mérite que pour se faire des ennemis. Louis XIV aurait agi généreusement s'il lui avait pardonné : il vengea son injure personnelle en paraissant céder au cri public. Cependant le comte de Bussy fut relâché au bout de dix-huit mois ; mais il fut privé de ses charges, et resta

15 dans la disgrâce tout le reste de sa vie, protestant en vain à Louis XIV une tendresse que ni le roi ni personne ne croyait sincère.

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