XXIX.] GOUVERNEMENT INTÉRIEUR
Ce fut lui' qui institua les brigadiers, et qui mit les corps dont la maison du roi est formée sur le pied où ils sont aujourd'hui. Il fit une compagnie de mousquetaires des gardes du cardinal Mazarin, et fixa à cinq cents hommes le nombre des deux compagnies, auxquelles il donna l'habit 5 qu'elles portent encore.
Sous lui plus de connétable; et après la mort du duc
d'Epernon, plus de colonel général de l'infanterie ; ils étaient trop maîtres ; il voulait l'être, et le devait. Le maréchal de Gramont, simple mestre de camp des gardes 10
françaises sous le duc d'Epernon, et prenant l'ordre de ce colonel général, ne le prit plus que du roi, et fut le premier qui eut le nom de colonel des gardes. Il installait lui même ces colonels à la tête du régiment, en leur donnant de sa main un hausse-col doré, avec une pique, et ensuite un 15 esponton quand l'usage des piques fut aboli. Il institua les grenadiers, d'abord au nombre de quatre par compagnie dans le régiment du Roi, qui est de sa création ; ensuite il forma une compagnie de grenadiers dans chaque régiment d'infanterie ; il en donna deux aux gardes françaises ; 20 maintenant il y en a dans toute l'infanterie une par bataillon. Il augmenta beaucoup le corps des dragons, et leur donna un colonel général. Il ne faut pas oublier l'établissement des haras en 1667. Ils étaient absolument abandonnés auparavant; et ils furent d'une grande ressource pour re- 25 monter la cavalerie. Ressource importante, depuis trop négligée.
L'usage de la baïonnette au bout du fusil est de son institution. Avant lui on s'en servait quelquefois ; mais il n'y avait que quelques compagnies qui combattissent avec 30 cette arme. Point d'usage uniforme, point d'exercice ; tout était abandonné à la volonté du général. Les piques passaient pour l'arme la plus redoutable. Le premier régiment qui eut des baïonnettes, et qu'on forma à cet exercice, fut celui des fusiliers établi en 167 1. 35
La manière dont l'artillerie est servie aujourd'hui lui est due tout entière. Il en fonda des écoles à Douai, puis à
^ L'abbé de Saint-Pierre, dans ses Annales, ne parle que de cette institution de brigadiers, et oublie tout ce que Louis XIV fit pour la discipline militaire. 40
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Metz et à Strasbourg ; et le régiment d'artillerie s'est vu enfin rempli d'officiers presque tous capables de bien conduire un sie'ge. Tous les magasins du royaume étaient pourvus, et on y distribuait tous les ans huit cent milliers de 5 poudre. Il y forma un régiment de bombardiers et un de houssards : avant lui on ne connaissait les houssards que chez les ennemis.
Il établit en 1688 trente régiments de milice, fournis et équipés par les communautés. Ces milices s'exerçaient à la
1 G guerre, sans abandonner la culture des campagnes.
Des compagnies de cadets furent entretenues dans la plupart des places frontières : ils y apprenaient les mathématiques, le dessin et tous les exercices, et faisaient les fonctions de soldats. Cette institution dura dix années. On
15 se lassa enfin de cette jeunesse trop difficile à discipliner: mais le corps des ingénieurs, que le roi forma, et auquel il donna les règlements qu'il suit encore, est un établissement à jamais durable. Sous lui l'art de fortifier les places fut porté à la perfection par le maréchal de Vauban et ses
20 élèves, qui surpassèrent le comte de Pagan. Il construisit ou répara cent cinquante places de guerre.
Pour soutenir la discipline militaire, il créa des inspecteurs généraux, ensuite des directeurs, qui rendirent compte de l'état des troupes ; et on voyait par leur rapport
25 si les commissaires des guerres avaient fait leur devoir.
Il institua l'ordre de Saint-Louis, récompense honorable, plus briguée souvent que la fortune. L'hôtel des Invahdes mit le comble aux soins qu'il prit pour mériter d'être bien servi.
30 C'est par de tels soins que, dès l'an 1672, il eut cent quatre-vingt mille hommes de troupes réglées, et qu'augmentant ses forces à mesure que le nombre et la puissance de ses ennemis augmentaient, il eut enfin jusqu'à quatre cent cinquante mille hommes en armes, en comptant les troupes
35 de la marine.
Avant lui on n'avait point vu de si fortes armées. Ses ennemis lui en opposèrent à peine d'aussi considérables ; mais il fallait qu'ils fussent réunis. Il montra ce que la France seule pouvait; et il eut toujours, ou de grands
40 succès, ou de grandes ressources.