‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 56 sur 206 · XXXI.] DES SCIENCES · texte numérisé non relu

XXXI.] DES SCIENCES

de tous les ouvrages de ce genre dont l'Europe est aujourd'hui remplie, et dans lesquels trop d'abus se sont glisse's, comme dans les choses les plus utiles.

L'Académie des belles-lettres, formée d'abord en- 1663 de quelques membres de l'Académie française, pour trans- 5 mettre à la postérité par des médailles les actions de Louis XIV, devint utile au public dès qu'elle ne fut plus uniquement occupée du monarque, et qu'elle s'appliqua aux recherches de l'antiquité, et à une critique judicieuse des opinions et des faits. Elle fit à peu près dans l'histoire ce 10 que l'Académie des sciences faisait dans la physique : elle dissipa des erreurs.

L'esprit de sagesse et de critique, qui se communiquait de proche en proche, détruisit insensiblement beaucoup de superstitions. C'est à cette raison naissante qu'on dut la 15 déclaration du roi de 1672, qui défendit aux tribunaux d'admettre les simples accusations de sorcellerie. On ne l'eût pas osé sous Henri IV et sous Louis XIII ; et si depuis 1672 il y a eu encore des accusations de maléfices, les juges n'ont condamné d'ordinaire les accusés que comme 20 des profanateurs qui d'ailleurs employaient le poison*.

Il était très-commun auparavant d'éprouver les sorciers en les plongeant dans l'eau, liés de cordes ; s'ils surnageaient, ils étaient convaincus. Plusieurs juges de provinces avaient ordonné ces épreuves; et elles continuèrent 25 encore longtemps parmi le peuple. Tout berger était sorcier ; et les amulettes, les anneaux constellés étaient en usage dans les villes. Les effets de la baguette de cou-

^ En 1609 six cents sorciers furent condamnés, dans le ressort du parlement de Bordeaux, et la plupart brûlés. Nicolas Rémi, dans sa 30 Dcmojiolâtrie^ rapporte neuf cents arrêts rendus en quinze ans contre des sorciers dans la seule Lorraine. Le fameux curé Louis Gaufridi, brûlé à Aix en 161 1, avait avoué qu'il était sorcier, et les juges l'avaient cru.

C'est une chose honteuse que le père le Brun, dans son Traité des 35 pratiques superstitieuses, admette encore de vrais sortilèges : il va même jusqu'à dire, page 524, qite le parlement de Paris reconnaît des sortilèges; il se trompe; le parleinent reconnaît des profanations., des maléfices, mais non des effets surnaturels opérés par le diable. Le livre de dom Calmet sur les vapeurs et sur les apparitions a passé pour 4^ un délire ; mais il fait voir combien l'esprit humain est porté à la superstition.

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drier, avec laquelle on croit découvrir les sources, les trésors et les voleurs, passaient pour certains, et ont encore beaucoup de crédit dans plus d'une province d'Allemagne. Il n'y avait presque personne qui ne se fît tirer son horo- 5 scope. On n'entendait parler que de secrets magiques ; presque tout était illusion. Des savants, des magistrats avaient écrit sérieusement sur ces matières. On distinguait parmi les auteurs une classe de démonographes. Il y avait des règles pour discerner les vrais magiciens, les vrais

10 possédés, d'avec les faux; enfin jusque vers ces temps-là on n'avait guère adopté de l'antiquité que des erreurs en tout genre.

Les idées superstitieuses étaient tellement enracinées chez les hommes, que les comètes les effrayaient encore

15 en 1680. On osait à peine combattre cette crainte populaire. Jacques Bernoulli, l'un des grands mathématiciens de l'Europe, en répondant à propos de cette comète aux partisans du préjugé, dit que la chevelure de la comète ne peut être un signe de la colère divine, parce que cette

20 chevelure est éternelle ; mais que la queue pourrait bien en être un. Cependant ni la tête ni la queue ne sont éternelles. Il fallut que Bayle écrivît contre le préjugé vulgaire un livre fameux, que les progrès de la raison ont rendu aujourd'hui moins piquant qu'il ne l'était alors.

25 On ne croirait pas que les souverains eussent obligation aux philosophes. Cependant il est vrai que cet esprit philosophique, qui a gagné presque toutes les conditions, excepté le bas peuple, a beaucoup contribué à faire valoir les droits des souverains. Des querelles, qui auraient pro-

30 duit autrefois des excommunications, des interdits, des schismes, n'en ont point causé. Si on a dit que les peuples seraient heureux quand ils auraient des philosophes pour rois, il est très-vrai de dire que les rois en sont plus heureux quand il y a beaucoup de leurs sujets philosophes.

35 II faut avouer que cet esprit raisonnable qui commence à présider à l'éducation dans les grandes villes, n'a pu empêcher les fureurs des fanatiques des Cévennes, ni prévenir la démence du petit peuple de Paris autour d'un tombeau à Saint-Médard, ni calmer des disputes aussi

40 acharnées que frivoles entre des hommes qui auraient dû

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